L’Assassin du roi

Auteur : Robin Hobb
Traducteur : Arnaud Mousnier-Lompré

Saga : L’Assassin Royal – Tome 2 sur 13

Date de parution : 1996

Résumé : Fitz, le bâtard royal, a survécu à sa première mission meurtrière, mais son contact avec la mort lui a laissé d’inaltérables séquelles. Revenu à Castelcerf, il retrouve celle qu’il a aimée, mais ne peut lui déclarer sa flamme sous peine de la condamner irrémédiablement. Car autour de lui, la Cour fourmille d’intrigue, les menaces se resserrent, la mort rôde. Il a pourtant quelques alliés dans la place : un prince qui lui fait découvrir les mystères d’une magie toute puissante, un maître assassin qui lui veut malgré tout du bien, et un loup, avec qui il partage lien étrange et périlleux… (Source : Amazon)

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Enfin. Ca faisait très longtemps que je n’avais pas eu entre les mains un livre qui me fasse complètement perdre la notion du temps.

J’ai relu, juste avant, le premier tome de l’Assassin royal, histoire de me remettre dans le bain. Le pauvre a été avalé en un rien de temps. Le deuxième tome n’aura, lui, duré qu’un après-midi. Est-ce seulement humain d’écrire des histoires tellement immersives que la seule façon d’en sortir est un estomac hurlant sa détresse ou… la fin ?

Une saga comme celle-ci me fait comprendre pourquoi j’aime tellement les séries télévisées et les sagas de fantasy. Quel point commun ? La possibilité de côtoyer un univers et ses personnages durant un temps long. D’autant qu’avec L’Assassin du roi, par exemple, la fin n’en est pas une. On est plus dans une fin de chapitre débouchant sur l’obligation de replonger tête la première dans le tome 3.

Allez, j’aborde la critique de l’Assassin du roi… (et autant que vous soyez prévenu, des spoils pourront être faits)

On retrouve Fitz dans la situation où on l’a laissé à la fin du tome 1 : mal en point, très malade. Une bonne partie du tome 2 est donc consacrée à son lent rétablissement. Rétablissement tellement lent qu’on se demande s’il arrivera à pouvoir continuer son boulot. Cette faiblesse physique laisse le temps de se focalsier sur des activités moins brutales mais tout aussi mortelles. D’autant que niveau caractère, le petit Fitz commence à bien s’affirmer.

Car au-delà de tout événement géopolitique, ce tome fouille particulièrement la psychologie et les rapports humains (et la place discrète mais essentielle de la magie ainsi que des "zombies" ajoute à la puissance de la saga). Car bizarrement, on ne trouve aucun événement vraiment majeur dans ce tome (dans le sens de bataille ou de mort de personnage illustre,…). Des relations changent et des personnages évoluent, mais ce qui reste c’est l’impression que les pièces du puzzle se mettent en place.
Malgré l’hiver qui fait que les attaques de pirates stoppent laissant le temps à Castelcerf de renforcer ses défenses, on ne s’ennuie pas. De plus, l’affaire des zombies/"forgisés" prend une tournure intéressante puisque ceux-ci semblent avoir pour but de se diriger vers la capitale… Affaire à suivre. Ce huis-clos de château-et-ses-environs n’empêche pas notre héros d’avoir affaire à une galerie de personnages étendue le laissant toujours en activité.

Une des grandes forces de l’Assassin Royal c’est son réalisme et sa complexité (oui, ça fait deux. Mais du deux en un. Comme du shampoing. Bref…). Robin Hobb aurait pu traiter la convalescence de son "héros" en quelques chapitres et repartir sur les chapeaux de roues. Et bien non, ce serait trop facile. A l’image du tome 1, on est de nouveau immergé dans ce réalisme moyenâgeux, pris dans les intrigues politiques, dans les stratégies guerrières visant à se défendre contre les Pirates Rouges et leur redoutable stratégie de "forgisation" (en clair, transformer en zombie ceux qu’ils ne tuent pas. Charmant, n’est-il pas ?), on assiste aussi à la violence crue de quelques combats,… Bref, on s’immerge totalement dans la richesse du récit.

Le tome 1 mettait la situation en place, avec une phase d’initiation très importante qui se concluait par une mission finale. Ce tome 2, en plus du rétablissement du héros, développe les relations entre Fitz et son mentor, entre Fitz et son oncle Vérité le roi-servant, entre Fitz et Molly, entre Fitz et Oeil-de-Nuit,… Bref, le tout prend de l’épaisseur. Le Vif, sorte de lien mental entre l’Homme et l’animal, est aussi beaucoup plus développé avec l’introduction du loup. Et, à travers ces situations de crises, de longues discussions et de non moins longues réflexions, notre petit assassin royal grandit et passe de garçon à jeune homme.

Apparemment, les tomes 2 et 3 forment un seul tome dans l’œuvre originale. Ce qui expliquerait la phase psychologique intense/mise en place des événements dans ce tome-ci et le sentiment de fin abrupte. Un tome 3 avec plus d’action est sans doute à prévoir.

Bon… je ne suis pas sûr d’avoir bien rendu compte du déroulement du tome de L’Assassin du roi... Mais pour décrire correctement la richesse du livre il faudrait beaucoup plus qu’un article, et un poil plus d’organisation. Frustrant. Mais tant pis, j’en ai déjà écrit une bonne tartine. Rendez-vous au prochain tome !

- Dans les épisodes précédents… -

T-1 L’apprenti assassin


Sur petit Ecran – 16

Au cours de la semaine passée, j’ai vu :

  • Le monde de Charlie
  • Tucker & Dale fightent le mal
  • Joyeuses funérailles
  • Dure journée pour Maggie (Court-métrage)
  • The Big Shave (Court-métrage)

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  • Le monde de Charlie (The Perks of Being a Wallflower) Bien meilleur titre si je puis me permettre

Réalisateur : Stephen Chbosky – Genre : Comédie dramatique – Sortie : 2012

Mince, je ne pensais pas que j’aimerais autant le monde de Charlie… Je partais avec l’idée de regarder un énième teen-movie se passant au lycée, mais le trio de personnages est terriblement attachant, le personnage de Charlie a une telle part d’universalité en lui que l’identification force l’immersion (je ne sais pas si je suis très clair là…). Bref, le monde de Charlie,c’est avant tout une histoire qui parle, des personnages qui touchent et trois acteurs qui portent le film sur leurs épaules.
Bons bonus : une bonne BO et une bonne place au génial Rocky Horror Picture Show

  • Tucker & Dale fightent le mal (Tucker & Dale vs. Evil)

Réalisateur : Eli Craig – Genre : Comédie horrifique – Sortie : 2011

Et 1 film de plus dans le camp des comédies horrifiques réussies. L’angle adopté par Tuck & Dale est particulièrement original. Pour faire court : deux autochtones à l’air péquenot rafistolant leur cabane dans les bois, sont accusés par un groupe d’étudiants en vacances d’être des serial killers. Quiproquo est le maître mot du film et donne lieu à des situations et des répliques hilarantes. Bref, un super concept, de l’humour gore et un duo d’acteurs particulièrement efficace. On peut éventuellement regretter que le film n’aille pas plus loin, mais ce serait vraiment chipoter.

  • Joyeuses funérailles (Death at a Funeral)

Réalisateur : Frank Oz – Genre : Comédie – Sortie : 2007

Comédie noire délicieusement anglaise (ou l’inverse). Scénario très simple : On enterre le patriarche de la famille et bien évidemment tout part en sucette lors de l’enterrement. L’un n’arrête pas de perdre ses pilules de drogue, l’autre a pris par inadvertance une des dites pilules et part en vrille, un maître-chanteur s’invite,… Situations acadabrantesques, personnages survoltés s’enchaînent et se croisent. Un début un peu lent peut-être, et quelques situations qui perdent de leur intensité à force de temps, mais globalement, le film est quand même une sacrée bonne comédie. C’est aussi l’occasion de revoir l’excellent Peter Dinklage (Tyrion Lannister pour les amateurs de Game of Thrones), Alan Tudyk (Wash dans Firefly), Kris Marshall (Love Actually) ou Matthew Macfadyen (MI-5)

Réalisateur : David Silverman – Genres : Court-métrage, Comédie – Sortie : 2012

2e sortie sur grand écran pour les Simpson, cette fois dans un court-métrage centré sur Maggie.  En 5 min. pas de temps mort, et puis ça fait bien plaisir de voir un développement sur ce personnage en particulier. D’autant que le court-métrage est agréable et dynamique.

Réalisateur : Martin Scorsese – Genres : Court-métrage, Drame – Sortie : 1967

Court-métrage de Martin Scorcese sur un homme se rasant jusqu’au sang. Voilà, voilà… Esthétiquement rien à dire, c’est très bien mis en scène et le sang sur la porcelaine, ça rend plutôt bien mine de rien. La scène joue bien plus sur l’imagination du spectateur que sur le gore, ce qui est plutôt appréciable. Après, niveau intérêt… je n’ai pas vraiment été tourneboulifié. Peut-être un argument de plus pour le club des barbus.


Le Passé

Réalisateur : Asghar Farhadi

Acteurs : Bérénice Béjo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa,…

Synopsis : Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d’Ahmad pour tenter d’améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé. (Source : Allociné)

Bande-annonce

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Le Passé fait regretter les films qu’on adore ou qu’on déteste. Des avis extrêmes mais qui au moins ont le mérite de déclencher une réaction nette.

Le Passé, ici, n’est pas simple et empoisonne les relations d’une famille recomposée. Des non-dits, principalement, qui empêchent d’avancer. Il faut l’arrivée d’un ex-mari (l’excellent Ali Mosaffa. Belle barbe aussi) pour que petit à petit les langues se délient. L’arrivée d’Ahmad n’est au fond qu’un prétexte pour avoir un médiateur, car le personnage est bien réduit à ce rôle. Une fois que des voiles se sont levés, le personnage est doucement poussé vers la sortie par Asghar Farhadi. Dommage, moi je l’aimais bien.

En fait, c’est même le seul personnage pour lequel j’ai vraiment eu de la sympathie. Frustrant quand on sait que le film entier repose uniquement sur ses personnages, leurs relations, leurs non-dits, leurs frustrations et leurs sentiments. Sentiments bien refoulés, puisque le tout manque parfois d’émotion et pour certains de conviction.

Il faut reconnaître au Passé d’avoir un scénario qui prend le temps de dérouler l’intrigue et d’amener des révélations au compte-goutte. Et en 2h il y a le temps (bon j’ai regardé ma montre une fois, au bout d’1h30). Asghar Farhadi maîtrise son scénario et ça se sent. Au risque peut-être de parfois paraître trop maîtrisé. Le monsieur est taquin, et, comme pour Une séparation, prive le spectateur d’une fin nette laissant une situation mi-résolue, mi-à résoudre. Bon, moi j’aime ça, et puis ça colle bien avec cette ambiance  de réalisme qui enveloppe tout le film.

L’autre point appréciable c’est la réalisation elle-même : des scènes longues, qui prennent le temps de faire ou dire les choses et qui ne vont pas nécessairement droit à l’essentiel. Pour équilibrer, on a "heureusement" des personnages parfois tête-à-claques (Marie est excédée, certes, mais ya-t-il vraiment besoin de gueuler sur monsieur son chéri parce qu’il ne trouve pas les clés ? C’est quand même pas sa faute d’abord) et compliqués. Je ne développe pas cet aspect, chacun se fait sa propre idée en fonction de l’écho que trouve l’histoire en chacun.

Au niveau de leurs interprètes, de la justesse. Toutefois, le couple Bérénice Béjo / Tahar Rahim m’a laissé indifférent, au point que n’importe quel (hypothétique ! :p) accident/rupture/etc. ne m’aurait pas spécialement dérangé. A titre personnel, toutes ces scènes à l’intérieur d’une voiture en train de rouler m’ont toujours fait craindre le pire. En même temps, avec cette caméria braquée sur le profil du conducteur ou du passager, je suis désolé, dans les séries TV c’est souvent annonciateur d’un accident imminent ! Allez je ne vais pas être de mauvaise foi, la relation Ahmad/Lucie (la fille à problèmes de Marie) fonctionne, elle, très bien. Le courant passe entre celle-ci et l’ex-beau-père et ça, ça fait plaisir.

Bref, un bon film tout de même et qui est surtout l’occasion de montrer qu’un film français d’Asgar Farhadi c’est bien aussi même si moi je préfère quand ça se passe en Iran.


Prochainement sur vos écrans

Une fois n’est pas coutume, j’ai décidé de parler de deux films qui sortiront en octobre 2013. Deux films qui ont un point commun de taille : ce sont des adaptations de romans que j’ai adoré.

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Au bonheur des ogres et Malavita.

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Une adaptation est un exercice toujours délicat, un équilibre à trouver entre l’imagination du lecteur et la vision de l’adaptateur elle-même fruit de compromis et de vision artistique. Au titre d’adaptation réussie, je pense immédiatement au Seigneur des Anneaux, à mon sens un bon compromis entre le respect de l’œuvre et sa transposition en film. Au titre d’adaptation foirée, il y a l’embarras du choix, mais si on prend la majorité des films français adaptant une BD, ça me paraît bien.

Sortie le 10 octobre 2013

Synopsis : Dans la tribu Malaussène, il y a quelque chose de curieux, de louche, d’anormal même diraient certains. Mais à y regarder de près, c’est le bonheur qui règne dans cette famille joyeusement bordélique dont la mère sans cesse en cavale amoureuse a éparpillé les pères de ses enfants. Pour Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel et frère aîné responsable de cette marmaille, la vie n’est jamais ennuyeuse. Mais quand les incidents surviennent partout où il passe, attirant les regards soupçonneux de la police et de ses collègues de travail, il devient rapidement vital pour le héros de trouver pourquoi, comment, et surtout qui pourrait bien lui en vouloir à ce point-là ? (Source : Allociné)

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Au bonheur des ogres est le premier tome de la saga Malaussène, centrée sur Benjamin Malaussène, bouc-émissaire de son état, et sa famille. Quoique tribu serait le mot le plus approprié. L’univers est assez délirant, les personnages tous aussi déjantés et attachants les uns que les autres.

Si je puis me permettre un élan mélodramatique ; la saga Malaussène m’a apporté beaucoup de bonheur, de rire  et reste à ce jour une des meilleures sagas littéraires de l’univers connu.

Contrairement à Malavita, j’ai vu la bande-annonce d’Au bonheur des ogres. Et honnêtement je ne sais pas trop quoi en penser. Ça ne correspond pas vraiment à ce que je m’imaginais (autant sur les acteurs que sur les dialogues, l’ambiance,…) mais j’essaie en permanence de me convaincre qu’une adaptation n’est pas un livre plaqué, sans modifications, sur écran. A voir donc.

Sortie le 23 octobre 2013

Synopsis : Fred Blake alias Giovanni Manzoni, repenti de la mafia de New-York sous protection du FBI, s’installe avec sa famille dans un petit village de Normandie. Malgré d’incontestables efforts d’intégration, les bonnes vieilles habitudes vont vite reprendre le dessus quand il s’agira de régler les petits soucis du quotidien… (Source : Allociné)

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Malavita est pour ainsi dire le roman qui a fait que j’ai démarré mes critiques (pour le bonheur des uns et le malheur des ogres). Je l’avais d’abord écrite sur Facebook pour m’apercevoir ensuite que ça n’était peut-être pas la meilleure plateforme pour ça. Cette "critique senior" est surtout composée de mes passages favoris. De vrais petits bijoux si je puis me permettre.

J’ai particulièrement hâte de voir Malavita, d’abord parce que Robert de Niro et Michelle Pfeiffer (voire Dianna Agron) correspondent bien à l’image que je me fais des personnages mais aussi parce que l’histoire atypique d’une famille de mafieux trouvant refuge en Normandie a de quoi déménager (l’idée, pas la famille). Mais j’ai aussi très peur du résultat à cause du réalisateur, j’ai nommé le tristement célèbre Luc Besson.

Le monsieur mérite un paragraphe : Le Cinquième Élément est un de mes films préférés, j’ai adoré Léon et le Grand Bleu, un peu moins Nikita et Jeanne d’Arc, mais depuis quelque temps déjà, ses films réalisés et produits (Colombiana, Taken 2, Lock Out, Adèle Blanc-sec, Taxi 3, Taxi 4…) m’ont laissé de nauséeux à dubitatif. Bref, monsieur Besson a (toujours selon moi) été capable du meilleur mais également/surtout du pire (et pour couronner le tout, le bonhomme en lui-même m’exaspère au plus haut point). Je n’ai pas encore vu The Lady ceci dit.

Bref, grosse attente. J’ai d’ailleurs pris soin d’acheter Malavita pour le relire, et Malavita encore pour le lire.

Rendez-vous en octobre ! (j’ai bien conscience que ce billet ne fait pas avancer le schmilblick, mais comme l’ont dit deux chevaliers légendaires : "On en a gros !")


Les noces clandestines

Auteur : Claire-Lise Marguier

Date de parution : 2013

4e de couverture : "La séquestration n’avait pas été préméditée. Tout au moins au début. Pour dire vrai, tout ce qui m’a conduit est un enchaînement de hasards; quand vous auriez cru à ma volonté de nuire ou à une part de perversité, vous vous seriez fourvoyés.
Je n’ai aucunement l’intention de vous détromper. Mais je peux vous raconter."

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Premier roman adulte (et deuxième roman tout court) de l’auteur, Les noces clandestines fait partie de ces livres qui semblent vous dire : "Ben ouais, je suis un concentré de belle écriture et de style admirable. Faut t’y faire. Maintenant profite."

La thématique abordée dans le livre n’est pas des plus faciles. En bref, un homme, professeur d’histoire, enlève un jeune sans-abri et le garde séquestré dans une petite pièce chez lui. Voilà pour l’histoire basique. Mais qui va beaucoup plus loin.

Ce qui est assez troublant, c’est qu’avec un style brillant, l’auteur brouille les frontières du bien ou du mal et concentre l’attention sur le rapport entre les deux personnages. Rapidement, il est impossible de dire qui a l’ascendant sur qui et qui manipule qui. Tout est dans l’ambivalence entre les deux hommes, dans la sensualité aussi, tellement bien décrite qu’on n’arrive pas à s’arrêter de lire, prisonnier de cette petite pièce rouge avec les deux personnages.

C’est l’ambiguïté qui domine le récit, la question de savoir si l’un va se faire attraper et si l’autre va réussir à s’enfuir est mineure. C’est le ravisseur qui raconte et  le lecteur qui ressent. Pour en arriver là, faut quand même avoir une sacrée plume. Comme l’écrit l’auteur :

Quant à moi, je me tenais à distance raisonnable des livres, ainsi que je l’avais toujours fait, conscient du danger qu’ils représentent, ne lisant que le strict minimum et ne commettant jamais l’erreur de croire au caractère inoffensif du insignifiant d’entre eux. En lire la première ligne vous asservit jusqu’à la dernière, et même longtemps après. Entre leurs pages, vous n’êtes plus maître de vous-même ; vous vous abandonnez sans conditions à l’esprit d’une plume plus forte que vous, susceptible de vous emmener dans des travers sombres et glauques, de vous faire admettre des idées fausses sans que vous ne cilliez.

C’est exactement ça. A ceci près qu’à aucun moment, le roman ne sombre dans le scabreux ou le glauque. Autant de finesse psychologique, délivrée par le biais du ravisseur, ça laisse admiratif. Lorsqu’on a affaire à un huis-clos, il vaut mieux avoir un cador aux manettes. C’est le cas ici. C’est difficile à décrire, mais avec un style aussi simple et maîtrisé, on a l’impression que Claire-Lise Marguier pourrait s’attaquer à n’importe quel sujet.

Je ne résiste pas à ajouter une dernière citation :

J’aurais pu le priver de nourriture, l’attacher à la tuyauterie du lavabo, le torturer à le faire hurler. Cette conscience de mon pouvoir me donnait l’illusion de la charité. J’aurais pu, mais je ne le faisais pas. Cela faisait de moi le meilleur homme de la planète, et lui en sortait toujours vainqueur.


Sur petit Écran – 15

Au cours des deux semaines passées (oui, j’ai loupé une semaine, mais y avait quand même Iron Man 3 à caser la semaine dernière), j’ai vu :

  • Les Berkman se séparent
  • The Game
  • Les aventures de Rabbi Jacob
  • Vol au-dessus d’un nid de coucou
  • Grease
  • Star Wars : The Clone Wars

Avertissement spécial : Tout(e) fan de Grease est prié(e) d’éviter le petit paragraphe ci-dessous concernant le film. Merci de votre attention.

  • Les Berkman se séparent (The Squid and the Whale) – Admirez la transposition du titre en français. Quelle misère.

Réalisateur : Noah Baumbach – Genre : Comédie dramatique – Sortie : 2006

Deux parents se séparent, on suit ensuite, durant 1h15, le comportement des enfants. Mon problème avec ce film c’est sa galerie de personnages pour lesquels je n’avais aucune sympathie : le père égocentrique et monsieur je-sais-tout, le fils aîné intello-pédant-tête à claques, buvant chaque parole de son père et son frère totalement chamboulé par toute la séparation partant totalement en cacahuètes. Rien à dire sur la mère en revanche !
Mais un film se basant uniquement sur les relations entre des gens qui n’attirent aucune sympathie… m’a un peu gâché le film. Ça équilibre sans doute le casting 4 étoiles (Laura Linney, Jeff Daniels, Jesse Eisenberg), mais l’atmosphère du film est étrange, intéressante… mais étrange. Je ne m’attendais pas non plus à ce que les 1h15 me paraissent longues, bien que cela s’arrange sur la fin. J’aurai au moins découvert l’excellent morceau Hey you de Pink Floyd.

  • The Game

Réalisateur : David Fincher – Genre : Thriller – Sortie : 1997

Mon dernier David Fincher. J’avais pour le coup une grosse attente envers le film. Grossière erreur. J’ai passé 1h55 sur 2h à ne pas y croire du tout, me fiant toujours au titre et donc ne croyant pas un seul moment à tout ce qui se passait. Résultat, je suis passé complètement à côté. Je n’ai pas non plus trouvé certaines réactions ou situations très crédibles. Bref, je suis très déçu. Par contre, toujours un plaisir de voir Michael Douglas, sa VF habituelle est toujours un plaisir à l’oreille.
Que les choses soient claires, The Game ne remet pas en cause le statut de demi-dieu de David Fincher :)

  • Les aventures de Rabbi Jacob

Réalisateur : Gérard Oury – Genre : Comédie – Sortie : 1973

Une comédie française des années 70 qui repose sur Louis de Funès et les quiproquos, il faut aimer. Perso, je ne suis pas vraiment fan des simagrées du monsieur, d’autant plus lorsque c’est la crédibilité de l’intrigue qui en prend un coup (parler clairement au CRS plutôt que de faire le singe, ce serait trop compliqué ?). Après, le film ne dure qu’1h30 et se laisse très bien regarder, si l’on fait abstraction du sur-jeu et des clichés (oui, oui même si volontaires). Un classique qui réussit à être à la fois divertissant et exaspérant. J’ai au moins la satisfaction de me dire "ça, c’est fait !".

  • Vol au-dessus d’un nid de coucou (One Flew Over the Cuckoo’s Nest)

Réalisateur : Milos Forman – Genre : Drame – Sortie : 1975

Le film clôt pour moi le challenge du top 100 de Seriebox. Et en beauté. La vache, quel film, quelle claque. Le scénario d’abord, simple mais bigrement efficace sur la révolution des mentalités dans un asile. À noter l’interprétation magistrale de Jack Nicholson (est-il besoin de préciser ? Le monsieur a un petit air de "soft Shining" d’ailleurs. Voilà un acteur qui est la folie plus qu’il ne la joue) mais aussi l’interprétation de tous les acteurs l’environnant, les oublier au seul profit de Jack Nicholson serait une impardonnable faute de goût. Un petit mot également sur la fin, si intense qu’elle m’en a collé des frissons,… Non, vraiment, magistral.

  • Grease

Réalisateur : Randal Kleiser – Genre : Comédie musicale – Sortie : 1978

Grease clôt à son tour le mini-challenge Comédie. Le film démarre très fort : un couple qui échange des banalités sur une plage devant un coucher de soleil "Est-ce la fin ? – Non, ce n’est que le commencement" Super…
Et ça continue avec des acteurs qui semblent (beaucoup trop) âgés pour leur rôle et surjouent jusqu’à plus soif, des chansons dont j’attendais la fin avec impatience, des situations et des dialogues très moyens. Bref, au final, même avec toute la bonne volonté du monde… non, vraiment ça l’fait pas. Définitivement pas mon genre de film. Et puis, j’ai du mal à supporter Travolta, ça n’aide pas. Je finis tout de même sur une note positive, la chanson "You’re The One That I Want" reste tout de même un classique agréable à l’oreille.

  • Star Wars : The Clone Wars

Réalisateur : Dave Filoni – Genre : Animation, S-F – Sortie : 2008

Film d’animation faisant office de pilote à la série du même nom, il permet de développer l’univers Star Wars. Univers dont je ne suis pas un fan inconditionnel, mais qui a le mérite d’être particulièrement riche et intéressant. Le film en lui même est agréable, divertissant et avec des graphismes bien réalisés plus géométriques que réalistes. Le film remplit bien son rôle, puisque même sans être éblouissant, il m’a donné envie de me mettre à la série. Un de ces jours. Quand j’aurai trouvé où la caser.


L’écume des jours

Réalisateur : Michel Gondry

Acteurs : Romain Duris, Audrey Tautou, Omar Sy, Gad Elmaleh, Aïssa Maïga, Charlotte Le Bon,…

Synopsis : L’histoire surréelle et poétique d’un jeune homme idéaliste et inventif, Colin, qui rencontre Chloé, une jeune femme semblant être l’incarnation d’un blues de Duke Ellington. Leur mariage idyllique tourne à l’amertume quand Chloé tombe malade d’un nénuphar qui grandit dans son poumon. Pour payer ses soins, dans un Paris fantasmatique, Colin doit travailler dans des conditions de plus en plus absurdes, pendant qu’autour d’eux leur appartement se dégrade et que leur groupe d’amis, dont le talentueux Nicolas, et Chick, fanatique du philosophe Jean-Sol Partre, se délite. (Source : Allociné)

Bande-annonce

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Que dire de L’écume des jours made in Gondry…

Autant commencer par le début : Le petit Boris Vina, né le 10 mars 1920 à Ville-d’Avray développe très tôt un goût prononcé pour les sudokus, le dessin au feutre Velleda et à ses heures perdues, l’écriture.

[Quelques dizaines d'années plus tard]

J’ai lu L’écume des jours il y a quelques années maintenant, et au moment de voir le film il ne me restait en mémoire que l’univers poétiquement absurde, quelques noms et bribes d’histoire. J’avais toute confiance en Michel Gondry pour l’adaptation, et en Romain Duris pour l’agacement (chacun ses têtes de turc hein).

Michel Gondry a vraiment une imagination débordante. Mais à tel point que celle-ci submerge tout le reste. Une bonne partie du film voit un défilement incessant d’effets spéciaux, de stop motion à en faire une overdose, de trouvailles visuelles,… qu’au bout de 10 minutes je saturais déjà et attendais avec inquiétude les 1h50 à venir. Tout va à 100 à l’heure, laissant à peine le temps de respirer (asthmatiques, emmenez votre inhalateur, épiléptiques, emmenez…euh… faites attention). J’exagère un peu, mais il m’a semblé  avoir à peine le temps de me concentrer sur l’histoire.

En dehors de tout ce déchaînement visuel, je suis resté totalement de marbre sur la rencontre Colin/Chloé. Manque d’émotion, manque d’alchimie entre les personnages (ou acteurs ? Bref…), je n’ai rien ressenti. Heureusement le personnage d’Omar ajoute une touche de bonne humeur salvatrice, les autres personnages secondaires sont tout aussi sympathiques.

Et puis, miracle. Soudain le nénuphar débarque et m’a sauvé le film. Tristesse, mélancolie, peur et déchirements ont eu l’air d’apaiser un Michel Gondry sous ecstasy et de rendre (presque) sympathique Romain Duris. Personnages et décors péréclitent avec talent (sauf la souris qui m’aura cassé les… pieds jusqu’à la fin) dans une intense mais progressive descente aux enfers. Dommage, au final, d’avoir un film en deux temps. Parce que vraiment, je le redis, c’est beau, c’est bien joué, c’est absurde, c’est plein d’imagination.

Niveau acteurs, on trouve de tout : un talentueux Omar Sy, parfaitement choisi pour son rôle (et heureusement, parce que, et j’aimerais qu’on me dise si je suis le seul à penser ça, mais pour moi Omar Sy continue de jouer Omar Sy. Ca lui va bien, c’est sympathique et plein de bonne humeur mais ça reste Omar et j’arrête là ma parenthèse), un très bon Gad Elmaleh parfait (et transformé) en obsédé compulsif, une charmante et discrète Charlotte Le Bon, une Audrey Tautou toujours juste (mais toujours, je continue avec ça avec un jeu très Audrey Tautou, particulièrement sur l’intonation) et… Romain Duris. Pas non plus accroché sur Philippe Torreton, mais là je ne sais pas pourquoi.

Un peu de frustration tout de même sur cette écume des jours. Et d’admiration. Pour Boris Vian cette fois.


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