Retour à Killybegs

Auteur : Sorj Chalandon
Date de parution : 2011

Résumé : Pendant des années, Tyrone a eu un rôle important au sein de l’IRA. Nationaliste avant tout, il a connu les prisons britanniques, la violence, la souffrance de voir son fils emprisonné à son tour, mais jamais il n’a plié. Un jour, pourtant, sa famille et ses amis découvrent qu’il a « trahi » et que pendant plus de 30 ans il a renseigné les britanniques… (Source : Livraddict)


Roman miroir de Mon traître, Retour à Killybegs, c’est l’histoire du traître raconté par le traître.

J’avais peur d’une overdose en enchaînant les deux à la suite, mais Retour à Killybegs réussit à parler du même sujet d’une manière bien différente.

Déjà, on est dans du 100% irlandais du nord, on baigne dans le conflit depuis l’enfance de Tyrone Meehan (oui, son vrai nom n’est pas Le Traître) jusqu’à sa mort. Et pour le coup, la présence française extérieure au conflit mais qui s’identifie à ces Irlandais, ce n’est plus le luthier parisien du 1er tome, c’est moi.

Mon traître racontait l’histoire du trahi, Retour à Killybegs développe celle du traître. Et ça permet de comprendre beaucoup. D’autant que dans cet univers complètement vert, l’immersion est encore plus forte que dans le premier tome. Aussi, lorsque le narrateur commence à parler du Français de Mon traître, j’ai été très déçu. Ce français-là était un intrus dans ce récit-là, après tout il avait déjà eu droit à son propre livre !

Ce qui est très fort avec ce livre, et Sorj Chalandon en général, c’est qu’on comprend la violence qui est en jeu. Que ce soit les motivations des Irlandais ou des Anglais, les raisons et les actions d’un traître, il n’y a pas de jugement ou de blâme. C’est lucide et intelligent. Et puis surtout, quand on lit ce livre, on sent l’amour que Sorj Chalandon peut avoir pour l’Irlande. A partir de là, on ne peut plus dire grand-chose de négatif sur l’auteur, non ?

Et puis pour être franc, avoir vu et entendu Sorj Chalandon alors que je n’étais qu’au début de ma lecture, ça a joué aussi. Toute l’émotion et la passion de cet auteur lorsqu’il parle de son expérience nord-irlandaise, ça marque la lecture. Ça explique aussi beaucoup de choses sur la manière dont il décrit ses personnages ou leurs motivations.

Gone Girl

Réalisateur : David Fincher
Scénariste : Gillian Flynn

Adapté du livre Les Apparences de Gillian Flynn

Acteurs : Ben Affleck, Rosamund Pike, Carrie Coon, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Kim Dickens, Patrick Fugit,…

Résumé : Amy et Nick forment en apparence un couple modèle. Victimes de la crise, ils quittent Manhattan pour retourner s’installer dans la ville du Missouri où Nick a grandi. Mais le jour de leur 5ème anniversaire de mariage, Amy disparaît et Nick retrouve leur maison saccagée. Lors de l’enquête tout semble accuser Nick. Celui-ci décide, de son côté, de tout faire pour savoir ce qui est arrivé à Amy et découvre qu’elle lui dissimulait beaucoup de choses. (Source : Allociné)


 Il est arrivé le Fincher nouveau (Hallelujah).

Brisons le suspense dès maintenant. C’est un très bon film. Et là ce n’est pas une opinion, c’est un fait. Pis c’est tout.

Il est très difficile de parler de Gone Girl en fait… L’intrigue est tellement importante que je ne peux parler que de la première heure du film (sur 2h30).

Tout d’abord, il faut aborder l’évidence ; la réalisation est comme à son habitude impeccable et méticuleuse, tout est propre et maîtrisé, que ce soit la photographie toujours assez froide, la bande originale, l’utilisation des flash-backs et de la voix off, la tension permanente, tout est parfait. C’est sobre et classe (un peu comme le nouveau look du blog ) : c’est David Fincher.

Du côté de l’interprétation, pas grand-chose à dire si ce n’est que Rosamund Pike est absolument époustouflante dans toutes les facettes de son personnage. Du coup Ben Affleck souffre quand même un peu de la comparaison, ce qui n’empêche pas leur duo de bien fonctionner, Fincher merci. Sans casser des briques (vraiment étrange cet acteur, il peut faire du pire comme du bon) il ne démérite pas mais manque vraiment d’intensité. Je ne sais pas si c’est voulu ou lié à son personnage ceci dit.
Un petit mot sur Neil Patrick Harris. Et bien, comme Ben Affleck en fait. Sympa sans être transcendant. Et même si le personnage est différent de Barney, la série est encore trop récente pour moi. Et son personnage trop peu mémorable (ou trop peu exploité).

Ensuite, l’intrigue (oui, c’est très scolaire comme présentation mais j’ai pô d’idées). Bon là, ça va être rapide, le film entre direct dans le vif du sujet en expédiant promptement tout générique de début. Et décide de casser complètement le rythme et l’histoire au bout d’un moment. Passé ce moment, je ne peux rien dévoiler. Disons juste que… non, rien du tout.
Toujours est-il qu’au milieu de ce thriller à intrigues, on a l’occasion de voir un film abordant intelligemment les medias (ou plutôt un film à charge contre certains medias), le mariage (une vision cynique du mariage. Niark) et les apparences sous lesquelles se cachent les gens (Apparences étant le titre du livre duquel est adapté le film. Bien meilleur titre que Gone Girl d’ailleurs, beaucoup plus révélateur). Ces (fausses) apparences sont d’ailleurs créatrices de tension.

Le problème d’un film reposant sur son intrigue, c’est qu’on se met à scruter tous les petits détails, à guetter les incohérences,… et là, j’avoue que j’ai quelques petits doutes nécessitant (comme c’est dommage) un autre visionnage.

Ah, j’allais oublier la grande surprise du film. D’un thriller de Fincher, j’attendais du suspense mais de l’humour pas du tout. On n’est pas dans l’humour à la Toto mais de l’humour cynique toujours bien dosé et qui fait alterner une salle entre silence (admiratif bien sûr) et rires. On n’en est pas à se taper les mains sur les cuisses mais c’est suffisamment étonnant pour être signalé.

Mon traître

Auteur : Sorj Chalandon

Date de parution : 2008

Citation faisant office de résumé : « Il trahissait depuis près de vingt ans. L’Irlande qu’il aimait tant, sa lutte, ses parents, ses enfants, ses camarades, ses amis, moi. Il nous avait trahis. Chaque matin. Chaque soir… »


 

Mon traître. Autre livre de Sorj Chalandon, autre conflit. Cette fois en Irlande. Après la lecture de l’excellent quatrième mur, avec le style de Sorj Chalandon et avec l’Irlande, il aurait été assez bizarre de ne pas aimer mon traître.

« La meilleure histoire de traître depuis Judas » titre le célèbre blog d’Ameni. Mais pourquoi donc ? Les traîtres sont des personnages intéressants. Leur traîtrise permet de questionner les motivations, le ressenti des deux camps ; du traître et du trahi,… Tout un package de nuances et d’humanité. Mais dans mon traître finalement, c’est surtout le narrateur, un français, extérieur au conflit, qui prévaut. Je ne m’attendais pas à l’importance de cette présence étrangère, la surprise n’en a été que meilleure.

Ce luthier parisien se retrouve donc à fréquenter des Irlandais (du Nord), à les aimer et à observer ce conflit (voire y participer). Le plus génial dans tout ça, c’est que ce français fait tout pour s’impliquer plus, pour ressembler à ses amis irlandais. C’est très progressif et très bien écrit. Il faudra de nombreux conseils du traître pour lui rappeler qu’il n’est pas irlandais et n’a aucune part à prendre à ce conflit. Mais on sent vraiment une volonté, presque enfantine, de « faire comme » ses amis, de leur ressembler, d’emprunter une nouvelle nationalité. Cette partie du roman est, à mon sens, une des mieux retranscrites et des plus justes.

La partie « traîtrise », elle, est beaucoup plus discrète, presque pudique. On n’en apprend finalement pas énormément (il n’y a sans doute pas grand-chose à apprendre non plus, on n’est pas dans un film d’espionnage) et les motivations restent assez secondaires. Tout comme celles de Jim, l’ami irlandais, qui malgré son importance dans la vie du narrateur reste assez effacé. Ca aussi, c’est chouette (admirez la puissance de l’argument), on lit, on suit ce français tout en voyant, par moments, que la vie des autres personnages suit son cours, qu’ils vivent en dehors de notre regard.

Je l’ai déjà dit, mais je le répète, c’est bien écrit, l’ambiance grise, pluvieuse et pleine de violence est quasi palpable. Tout comme l’amertume et la lourdeur de la bière irlandaise. Et enfin comme l’expérience personnelle de Sorj Chalandon, tout simplement, qui livre ici, une sorte d’exutoire.

Autant dire, que j’ai commencé Retour à Killybegs dès que Mon traître a été terminé. Même personnage, sans le regard extérieur du français. Ca promet. (bon, au moment où cette critique est postée Retour à Killybegs est fini depuis un bail et c’est super).

Le Feu de Dieu

Auteur : Pierre Bordage

Date de parution : 2009

Résumé : Prévoyant la catastrophe, Franx a convaincu les siens de fortifier le Feu de Dieu, une ferme du Périgord, conçue pour une autonomie totale de plusieurs années. Mais le cataclysme le surprend à Paris et pour rejoindre sa famille, il entreprend une impossible odyssée, à pied dans des ténèbres perpétuelles en compagnie d’une autre survivante, une petite fille muette. Pendant ce temps, dans l’arche transformée en bunker, sa femme et leurs deux enfants se retrouvent sous la menace d’un dangereux paranoïaque qui a pris possession des lieux. (Source : Livraddict)


 

Et c’est reparti pour une autre exploration des mondes post-apocalyptiques. Cette fois, point de zombies, de virus ou de guerre nucléaire. Non, ce coup-ci, la Terre perd son magnétisme ou je-ne-sais-quoi-d’autre. En résulte une pluie de cendres perpétuelle, des températures entre -50° et -70°, des tremblements de terre,… bref c’est le bordel.

Au milieu de tout ça, une famille séparée et un psychopathe à tendance parasite.
Le père, Franx, à Paris au moment de la catastrophe et qui cherche à revenir dans l’abri qu’il a contribué à construire dans son délire survivaliste et dans le Périgord (mais comme l’a dit Desproges « Ce n’est pas parce que je suis paranoïaque qu’ils ne sont pas tous après moi »). Dans cette ferme, sa famille, enfermée avec un abruti psychopathe (oui, il est apparemment possible d’être les deux).

Structure très classique mais efficace d’alternance entre le périple du père et du huis-clos de la famille. Ça dynamise le récit, ça permet de faire des mini-cliffhangers à la fin des chapitres, c’est aussi très attendu.

Je ne cracherai pas dans la soupe, la lecture du Feu de Dieu a été très agréable, le livre malgré sa taille se lit comme du p’tit lait. Pierre Bordage a une écriture simple, claire, sans bavures. Ou presque. De temps en temps, au détour d’une phrase, on est pris en traître par une phrase du style : « Les chances de survie ne résidaient pas dans l’isolement, dans la fermeture, mais dans l’ouverture et le partage. » Vite, fermer le livre et aller vomir un peu…

D’un côté, le roman est terriblement prévisible, simpliste, voire exaspérant, cf le journal tenu par Zoé, jeune fille évidemment très mature, qui adooore s’interroger sur l’orthographe des mots et balancer des vérités profondes, ou le côté je-sais-exactement-tout-ce-qui-se-passe de Franx. De l’autre, l’ambiance post-apocalyptique est vraiment excellente, quelques traits psychologiques sont bien sentis, et la touche fantastique quoique me laissant perplexe sur son utilité, est bien amenée.

Du bon, du moins bon. Mais une sensation quand même agréable une fois le livre refermé. Pô mal.

La chanson de Regina

Titre original : Regina’s song

Auteurs : David Eddings & Leigh Eddings

Date de parution : 2003

Résumé : Régina et Renata sont des jumelles aux liens très forts. Lorsque l’une d’entre elles – mais laquelle ? – est violée puis assassinée, l’autre sombre… (Source : Senscritique)


 

David Eddings (sans oublier Leigh) est (ou sont. Enfin bref…) un de mes auteurs favoris de fantasy. Belgariade/Mallorée/Préquelles sont de vrais bijoux.

Aussi, quand je suis tombé, totalement par hasard, sur La chanson de Regina, j’ai sauté sur l’occasion. Pas de fantasy mais un thriller fantastique. L’occasion parfaite de sortir de leurs sentiers battus.

Je n’ai pas retrouvé ce que j’avais ressenti avec leur fantasy, et certains éléments m’ont laissé dubitatif. Tout est beaucoup trop expliqué, trop bavard, trop de pages passées sur des situations banales, répétitives. On retrouve aussi le goût des Eddings pour former une communauté de personnages très liées, complémentaires avec un fort caractère. Sympathique, amusant, mais aussi un peu attendu.

L’histoire en elle-même est intéressante, originale, bien ficelée. Mais comme je l’ai écrit, aussi trop longue, trop bavarde. Les effets en sont un peu gâchés.

Heureusement, le temps passé à la lecture de la chanson est resté très agréable, le style sans être particulièrement brillant est toujours simple et plein d’humour dans les dialogues (là aussi, une autre caractéristique Eddingsienne).

Une excursion hors-fantasy que je ne regrette pas , loin de là, mais M. et Mme Eddings ont livré leur meilleur travail avec Belgarath & Cie.

Le quatrième mur

Auteur : Sorj Chalandon

Date de parution : Août 2013

Quatrième de couverture : « L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec,. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne … »


Le quatrième mur prend aux tripes à plus d’un titre.

Il reprend et amplifie avec brio la puissance tragique d’Antigone d’Anouilh (note : à relire !) en la mêlant avec un conflit comme l’humanité sait si bien les faire. La tragédie antique, réécrite lors de la 2nde tragédie mondiale et réadaptée pour une énième tragédie contemporaine.

Mais si toute la force et le désespoir d’Antigone de 1944 et du Liban de 1982 se mêlent aussi bien il y a une bonne raison. Le quatrième mur est le premier livre de Sorj Chalandon que je lis mais je ne m’attendais pas à une écriture pareille. Dès les premières lignes, c’est rythmé comme rarement, rimé comme peu savent le faire, poétique parfois et toujours fort.

En plus d’être magnifiquement écrit, c’est extrêmement documenté (et donc beaucoup plus réel). Au risque de parfois se perdre un peu dans tous ces factions, religions, camps,… mais rien de bien méchant. D’autant que l’essentiel est là, cette ambiance de ruines, de mort et d’impression de gigantesque gâchis que seul le talent de l’auteur permet de rendre presque palpable. Tous ces protagonistes du conflit proposent aussi, chacun leur tour, leur compréhension d’Antigone. Ça aussi, c’est assez savoureux. Et donne à Antigone une dimension pleinement universelle.

Partie de la couverture d’Antigone d’Anouilh dont la seule justification est d’aérer un peu mon texte.

Sorj Chalandon va à l’essentiel tout en s’attardant sur ses personnages en mêlant leurs noms de personnages et d’acteurs, et surtout en  livrant du vrai, de l’authentique. Même le narrateur, avec sa petite vie d’étudiant et son expérience de militant en poche, apporte sa contribution à plus d’un niveau et là aussi dès le début du roman.

Car celui qui pensait être un héros des temps modernes luttant contre la vilaine menace fasciste se voit ouvrir les yeux par son mentor/frère/père (qui lui apprend notamment que les mots ont un sens et rien que ça, ce n’est pas rien). C’est ce qui frappe, entre autres, dans le quatrième mur. Tous ces moments de justesse, de vérité délivrés simplement et non comme une morale à deux balles.

Ce style puissant permet d’espérer ou désespérer avec le narrateur, de le voir se noyer totalement dans ce conflit au point de reléguer au second plan sa famille ou celui qui l’a plongé dans tout ça pour finalement se le prendre en pleine face ce mur.
L’intelligence de Sorj Chalandon permet aussi d’éviter une réflexion simpliste sur le théâtre unissant les gentils peuples contre la méchante guerre.

Bizarrement (ou pas), ce roman m’a remis en tête Incendies de Denis Villeneuve. Une œuvre universelle piochant dans la tragédie antique pour en éclairer une plus moderne.

Rêves de garçons

Titre original : Boy heaven

Auteur : Laura Kasischke

Date de parution : 2009

Résumé : A la fin des années 1970, trois pom-pom girls quittent leur camp de vacances à bord d’une Mustang décapotable dans l’espoir de se baigner dans le mystérieux Lac des Amants. Dans leur insouciance, elles sourient à deux garçons croisés en chemin. Mauvais choix au mauvais moment. Soudain, cette journée idyllique tourne au cauchemar. (Source : Livraddict)


 

Il est arrivé le Kasischke qui ne m’a pas transporté. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit (ou écrit), la lecture a été agréable. Laura Kasischke a un style étonnant, fait de simplicité et de drogue (douce) rendant impossible de s’éloigner trop longtemps du livre en cours.

Seulement cette fois, malgré le style, l’histoire ne m’a pas ému plus que ça. La faute en partie à l’histoire ; ce camp de cheerleaders en pleine forêt, ces intrus-harceleurs, bref cette histoire qui ne demande qu’à être adaptée au cinéma pour devenir un film de série Z.

L’ambiance est bonne, nerveuse et la tension monte petit à petit. Mais là-dessus aussi j’espérais mieux, la faute cette fois à la narratrice que rien de tout cela n’inquiète vraiment. Cette attitude est contagieuse et il n’y a que vers la fin où j’aurais presque eu peur de sursauter en tournant la page. La faute également à la présence beaucoup trop forte de flash-backs qui cassent cette tension naissante. Flash-backs intéressants, bien écrits, tout ça tout ça… mais là, dans le contexte… non.

A noter tout de même la dernière phrase, assez savoureuse.