Le quatrième mur

Auteur : Sorj Chalandon

Date de parution : Août 2013

Quatrième de couverture : "L’idée de Samuel était belle et folle : monter l’Antigone de Jean Anouilh à Beyrouth. Voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs. Puis rassembler ces ennemis sur une scène de fortune, entre cour détruite et jardin saccagé.
Samuel était grec,. Juif, aussi. Mon frère en quelque sorte. Un jour, il m’a demandé de participer à cette trêve poétique. Il me l’a fait promettre, à moi, le petit théâtreux de patronage. Et je lui ai dit oui. Je suis allé à Beyrouth le 10 février 1982, main tendue à la paix. Avant que la guerre ne m’offre brutalement la sienne …"


Le quatrième mur prend aux tripes à plus d’un titre.

Il reprend et amplifie avec brio la puissance tragique d’Antigone d’Anouilh (note : à relire !) en la mêlant avec un conflit comme l’humanité sait si bien les faire. La tragédie antique, réécrite lors de la 2nde tragédie mondiale et réadaptée pour une énième tragédie contemporaine.

Mais si toute la force et le désespoir d’Antigone de 1944 et du Liban de 1982 se mêlent aussi bien il y a une bonne raison. Le quatrième mur est le premier livre de Sorj Chalandon que je lis mais je ne m’attendais pas à une écriture pareille. Dès les premières lignes, c’est rythmé comme rarement, rimé comme peu savent le faire, poétique parfois et toujours fort.

En plus d’être magnifiquement écrit, c’est extrêmement documenté (et donc beaucoup plus réel). Au risque de parfois se perdre un peu dans tous ces factions, religions, camps,… mais rien de bien méchant. D’autant que l’essentiel est là, cette ambiance de ruines, de mort et d’impression de gigantesque gâchis que seul le talent de l’auteur permet de rendre presque palpable. Tous ces protagonistes du conflit proposent aussi, chacun leur tour, leur compréhension d’Antigone. Ça aussi, c’est assez savoureux. Et donne à Antigone une dimension pleinement universelle.

Partie de la couverture d’Antigone d’Anouilh dont la seule justification est d’aérer un peu mon texte.

Sorj Chalandon va à l’essentiel tout en s’attardant sur ses personnages en mêlant leurs noms de personnages et d’acteurs, et surtout en  livrant du vrai, de l’authentique. Même le narrateur, avec sa petite vie d’étudiant et son expérience de militant en poche, apporte sa contribution à plus d’un niveau et là aussi dès le début du roman.

Car celui qui pensait être un héros des temps modernes luttant contre la vilaine menace fasciste se voit ouvrir les yeux par son mentor/frère/père (qui lui apprend notamment que les mots ont un sens et rien que ça, ce n’est pas rien). C’est ce qui frappe, entre autres, dans le quatrième mur. Tous ces moments de justesse, de vérité délivrés simplement et non comme une morale à deux balles.

Ce style puissant permet d’espérer ou désespérer avec le narrateur, de le voir se noyer totalement dans ce conflit au point de reléguer au second plan sa famille ou celui qui l’a plongé dans tout ça pour finalement se le prendre en pleine face ce mur.
L’intelligence de Sorj Chalandon permet aussi d’éviter une réflexion simpliste sur le théâtre unissant les gentils peuples contre la méchante guerre.

Bizarrement (ou pas), ce roman m’a remis en tête Incendies de Denis Villeneuve. Une œuvre universelle piochant dans la tragédie antique pour en éclairer une plus moderne.


Rêves de garçons

Titre original : Boy heaven

Auteur : Laura Kasischke

Date de parution : 2009

Résumé : A la fin des années 1970, trois pom-pom girls quittent leur camp de vacances à bord d’une Mustang décapotable dans l’espoir de se baigner dans le mystérieux Lac des Amants. Dans leur insouciance, elles sourient à deux garçons croisés en chemin. Mauvais choix au mauvais moment. Soudain, cette journée idyllique tourne au cauchemar. (Source : Livraddict)


 

Il est arrivé le Kasischke qui ne m’a pas transporté. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit (ou écrit), la lecture a été agréable. Laura Kasischke a un style étonnant, fait de simplicité et de drogue (douce) rendant impossible de s’éloigner trop longtemps du livre en cours.

Seulement cette fois, malgré le style, l’histoire ne m’a pas ému plus que ça. La faute en partie à l’histoire ; ce camp de cheerleaders en pleine forêt, ces intrus-harceleurs, bref cette histoire qui ne demande qu’à être adaptée au cinéma pour devenir un film de série Z.

L’ambiance est bonne, nerveuse et la tension monte petit à petit. Mais là-dessus aussi j’espérais mieux, la faute cette fois à la narratrice que rien de tout cela n’inquiète vraiment. Cette attitude est contagieuse et il n’y a que vers la fin où j’aurais presque eu peur de sursauter en tournant la page. La faute également à la présence beaucoup trop forte de flash-backs qui cassent cette tension naissante. Flash-backs intéressants, bien écrits, tout ça tout ça… mais là, dans le contexte… non.

A noter tout de même la dernière phrase, assez savoureuse.


Bienvenue au club

Titre original : The Rotters’ club

Auteur : Jonathan Coe

Date de parution : 2004

Résumé : Un vaste tableau des années 70 articulé autour de trois adolescents de Birmingham, triste ville de cadres, ouvriers et délégués syndicaux.  (Source : Babelio)


 En voilà une lecture qui n’a pas été reposante !

Commençons par le début (c’est mieux. Même si commencer par la fin ça donne de chouettes trucs. Regardez Memento par exemple. Bref). J’ai mis du temps à vraiment apprécier la lecture, perdu dans une galerie de personnages.

Ceci dit, tous ces personnags bénéficient d’un cadre peu exotique mais bourré de… euh. de trucs intéressants. Bref, y a une vraie  ambiance ; cette Angleterre des années 70, le nationalisme, le syndicalisme, l’adolescence,… tout est très bien mis en scène et mélangé par Jonathan Coe.
Vient enfin le moment où chaque personnage est situé, identifié et apprécié (ou non). Jonathan Coe sait écrire, et surtout sait construire. Ses différentes manières de présenter l’histoire : articles de journal, enregistrement de conversation, journal intime,… tout permet de dynamiser l’histoire.

Seulement, en plus du début un peu laborieux, Bienvenue au club n’échappe pas à quelques longueurs (sur plus de 500 pages, on peut le comprendre) et termine sur un chapitre d’une cinquantaine de pages (très) difficile à lire. Car M. Coe a eu l’idée géniale d’écrire une phrase de 50 pages (Prends ça dans les dents Proust). Uniquement à base de virgules donc. Et on ne dirait pas comme ça mais c’est vraiment très dur à lire, on ne sait plus où prendre sa respiration, on est perdu, bref c’est le bordel.
L’idée se comprend parfaitement, on est pris dans le flot des pensées du narrateur, mais concrètement, j’ai eu l’impression de finir le livre complètement exténué.

Ceci dit, et j’aurais pu me limiter à ce point, Bienvenue au club est suffisamment bon pour me donner envie de commencer Le cercle fermé. C’est riche, suffisamment long et complexe et bien écrit.

Et non, je n’ai pas parlé de l’histoire, le résumé d’une phrase suffit. Et puis avec un livre comme celui-ci, ça n’aurait pas vraiment de sens. Et en plus, j’ai pas envie.


Blood Song, 1. La voix du sang

Titre original : Raven’s Shadow, book 1: Blood Song

Auteur : Anthony Ryan

Date de sortie : Juin 2014

Résumé : Vaelin n’a que dix ans quand son père, le Seigneur de Guerre du roi, l’abandonne au pied de la grille d’entrée du Sixième Ordre. Cette commanderie éduque les frères qui sont de toutes les batailles. Vaelin y découvrira la vie austère, solitaire et dangereuse d’un combattant de la Foi, qui n’a désormais plus d’autre famille que l’Ordre. De révélations en révélations, une seule vérité se fait jour : Vaelin Al Sorna est promis à un grand destin. (Source : Livraddict)


 

Retour gagnant a la fantasy depuis… l’Assassin royal. Alors même si Blood Song n’égale pas la saga de Hobb (le premier cycle), elle n’a clairement pas à rougir.

L’univers d’abord, pas trop compliqué, cohérent, et c’est déjà pas mal. Pas encore très développé sur le plan politique et les intrigues attenantes mais chaque chose en son temps. J’ai quand même regretté le manque de développement sur les Ordres.

Niveau héros, Blood Song ne renouvelle pas le genre. Varlin est un être d’exception, très doué dans tout ce qu’il fait, une vraie légende vivante, etc… ça ne le rend pas moins sympathique, et un vrai héros sans grand chose d’Anti(-héros), ça n’est pas mal non plus.

Autre non-surprise, la structure du roman. On commence sur un roman d’apprentissage jusqu’à ce que Vaelin soit prêt. Pourquoi pas, c’est une formule connue mais toujours très efficace. Les flash-forwards avec le chroniqueur impérial sont en revanche une excellente idée surtout quand on voit les différences de versions entre les deux hommes.

Blood Song bénéficie en vrac, d’un style direct et agréable, d’une intrigue classique mais bien menée et qui prend quand même le temps de se mettre en place (malgré un héros qui a une tendance à poser souvent des questions très directes à ses interlocuteurs), un univers bien fait et des personnages qui à défaut d’être hauts en couleur font le job. Je pinaillerai quand même sur les relations entre personnages assez inégales dans leur qualité.

Amateur de fantasy à défaut d’être spécialiste, je peux quand même avouer que sur 700 pages de roman, jamais Blood Song ne m’a paru long. Je dirais même qu’arrivé à la fin j’ai ressenti une certaine hâte de lire la suite. Et ça, si ce n’est pas le gage d’un roman réussi…


La maison du sommeil

Titre original : The House of Sleep

Auteur : Jonathan Coe

Date de parution : 2000

Résumé : De bien curieux événements se déroulent à Ashdown, inquiétante demeure perchée sur une falaise des côtes anglaises. Naguère, c’était une résidence universitaire, où se sont croisés Sarah la narcoleptique, Gregory le manipulateur, Veronica la passionnée, Robert l’amoureux transi, Terry le cinéphile fou. Leurs destins ont divergé, mais les spectres du passé continuent de hanter Ashdown, devenue une clinique où le sinistre docteur Dudden se livre à de monstrueuses expériences sur les troubles du sommeil. (Source : Amazon)


Pour un livre réussi, prenez un thème à la fois simple et complexe, disons le sommeil. Partez dans des variantes, du style troubles du sommeil, rêves,… Choisissez un lieu à fort caractère, disons une vieille bâtisse au bord d’une falaise (ben oui, un lieu bien choisi c’est une bonne ambiance, et une bonne ambiance c’est une bonne lecture), une galerie de personnages avec des caractéristiques claires et reconnaissables, histoire que le lecteur s’y retrouve, des personnages que l’on suivra à deux moments de leur cuisso…vie et enfin mélangez le tout dans une construction brillante à défaut d’être parfaite (oui, parce qu’il paraît que la perfection n’existe pas). Si vous vous sentez d’humeur (britannique), saupoudrez le tout d’un style accrocheur qui a trouvé l’équlibre du dramatique/comique et mettez dans les mains du lecteur.

Ben voilà, La maison du sommeil c’est tout ça (vous n’avez donc pas lu tout un paragraphe pour rien, félicitations !). 2e roman de Mister Coe que j’ai entre les mains et toujours le même plaisir. Je ne sais pas trop comment formuler ça, mais ouvrir ce livre ça a été comme me remettre complètement entre les mains de Jonathan Coe, à faire confiance dans son imagination, son style et son art de la construction. Me laisser guider et laisser faire… jusqu’à la fin et tout en douceur.

Jonathan Coe tient même peut-être un peu trop par la main lorsqu’il précise bien au début que les chapitres impairs se déroulent à telle époque et les pairs à telle autre. Mais bon. Je chipote.

Au delà de la super construction, il y a l’intrigue. Extra. C’est comme écouter un morceau de musique qui accélère petit à petit. Ici, le dénouement arrive au pas et finit au galop, impossible de lâcher le livre. Et c’est cette tension qui monte qui fait dire, la dernière page refermée, "Waouh" (Waouh ou autre chose hein, le Waouh est facultatif et remplaçable).

Bref, un excellent moment de lecture.

Ci-joint, une autre critique du livre, par Krol

 


Les revenants

Titre original : The Raising

Auteur : Laura Kasischke

Date de parution : 2011

Résumé : Une nuit de pleine lune, Shelly est l’unique témoin d’un accident de voiture dont sont victimes deux jeunes gens. Nicole, projetée par le choc, baigne dans son sang, et Craig, blessé et en état de choc, est retrouvé errant dans la campagne. C’est du moins ce qu’on peut lire dans les journaux mais c’est une version que conteste Shelly. Un an après, Craig ne se remet toujours pas. Il ne cesse de voir Nicole partout… Serait-il possible que, trop jeune pour mourir, elle soit revenue ?(Source : Amazon)


 

Eh beh quelle lecture mes aïeux… Pas au sens de lecture flamboyante qui marque à vie, mais de voyage inattendu à la fois très agréable et bien mené.

Je pensais que Les revenants serait une sorte de récit sociologique ayant pour sujet la mort, sur fond de campus, de sororité et autres joyeusetés.
Au final… oui c’est bien ça. Mais la facette thriller se greffe avec une telle discrétion sur le tout que ça force l’admiration.

Les revenants est quand même un bon pavé. Mais le style simple et fichtrement efficace ainsi que la structure narrative (simple et fichtrement efficace) de Laura Kasischke font merveille. Beaucoup d’indices, de pistes, de détails, de personnages qui se croisent, dans le passé, le présent et l’avenir. Bref, un paquet d’informations à emmagasiner. Et tout en douceur s’ils vous plaît. Toutes ces informations tournant ayant un point commun : le personnage (décédé) de Nicole Werner. Et des campus américains bien sûr (Bon, deux points communs…). Lieux tellement propices à toutes sortes d’histoires et d’intrigues…

Je ne vais pas épiloguer plus longtemps. Je dirai juste que Laura Kasischke a un talent certain (efficace et simple, est-il besoin de le préciser), qui m’a fait passer un très bon moment avec ses revenants.


Penny Dreadful

Créateur : John Logan
Acteurs : Eva Green, Josh Hartnett, Timothy Dalton, Hary Treadaway, Billie Piper, Reeve Carney, Rory Kinnear,…

Statut : en cours
Nombre de saisons : 1 (10 épisodes)

Résumé : Londres, 1891, une jeune femme aux pouvoirs puissants, un explorateur et un bandit américain, s’unissent pour lutter contre des menaces surnaturelles. (Source : Senscritique)


Penny Dreadful, c’est la petite série fantastico-horrifique de l’été à l’esthétique prononcé dont le résumé sonne comme La ligue des Gentlemen Extraordinaires mais qui s’avère bien moins catastrophique.

C’est aussi dans l’ordre : une promesse, une déconvenue saupoudrée de perplexité et enfin du contentement.

Je m’explique.

Penny Dreadful s’annonce a priori simple : Monsieur Murray cherche sa fille, il est aidé de Miss Ives, et le duo est bientôt rejoint par Ethan Chandler, tireur d’élite dans les foires, et Victor Frankenstein (oui, LE Frankenstein).

La quête principale est finalement très monotone : de lieu en lieu, le groupe cherche, ne trouve pas, continue. La "fin" de la quête est elle aussi assez décevante, il me semble même m’être entendu dire "Tout ça pour ça ?".
Les intrigues secondaires m’ont plus intéressé ; la romance maladive d’Ethan Chandler/Brona Croft, la présence de Dorian Gray (oui, LE Dorian Gray) dont on contemple d’ailleurs plus d’une fois l’anatomie.
Ce personnage qui m’a paru assez inutile de prime abord a fini par trouver sa place, bien que j’espère, pour la seconde saison, un rôle plus actif pour celui-ci. Mais l’intrigue qui m’a le plus accroché, c’est celle de Frankenstein et de sa créature ; magnifiques interprétations, rapports compliqués,… j’en redemande.

Penny Dreadful c’est aussi (et surtout ?) un super casting : Eva Green (époustouflante, bien qu’un brin too much parfois), Josh Hartnett (sobre et avec un personnage un peu fade mais prometteur), Timothy Dalton, Harry Treadaway (pas le plus connu mais assurément le plus maquillé),…

Et pour finir, une ambiance très bien retranscrite, très sombre, parfois sanglante, qui sonnerait presque vraie. Bref, la réalisation n’est pas affaire d’amateurs. La bande-annonce donne un très bon aperçu d’ailleurs.

Pourquoi tout ceci ne suffit-t-il pas à susciter un fort engouement ? L’intrigue, surtout. C’est bien joué, tout est très bien mais ça manque de quelque chose. De souffle, de dynamisme, de bases solides. Ça traîne trop par moments, ça manque de lien entre les personnages,…. Bref, l’empathie a un peu de mal à se faire une place dans tout ça. En espérant un mieux dans la saison 2 l’année prochaine.


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