Les lectures des otages

Auteur : Yoko Ogawa
Traducteur : Martin Vergne

Parution : 2012
Éditeur : Actes Sud

4e de couverture : Huit touristes étrangers sont pris en otages. Après une importante mobilisation médiatique, l’attention de la presse internationale se détourne. Seule une ONG présente dans la région poursuit sa mission et parvient à introduire un minuscule enregistreur dans une boîte de premiers soins transmise aux otages.
L’opération réussie, les écoutes commencent. A des kilomètres de là, un casque sur les oreilles, un jeune homme mobilise toute son attention sur des voix qu’il ne comprend pas, une langue qu’il ne connaît pas. Ces gens semblent dire, raconter, faire preuve d’une sincérité troublante. Tous les soirs, à la même heure, l’un d’entre eux prend la parole.

Huit récits, huit souvenirs dits par des êtres pris au piège, confrontés à l’ombre de la mort. Huit lectures enregistrées, volées puis rapportées, inconsciemment léguées au monde des vivants.

Quoi, encore un livre de Yoko Ogawa ? Certes, mais ça fait longtemps, donc j’ai le droit. Toc.

Attention, présence d’un spoiler. Continuez si ça ne vous dérange pas (a priori ce n’est pas dérangeant mais ce n’est que mon humble opinion) ou si vous n’avez aucune intention de lire ce recueil malgré cette époustouflante critique.

Les lectures des otages est un recueil de nouvelles. Ces nouvelles sont toutes connectées entre elles, mais différemment de Tristes revanches. Ici, seul le cadre est commun. Je m’explique. Comme le dit le résumé, huit touristes ont été kidnappés. Chaque nouvelle représente une histoire racontée par un otage.

Le style lent et paisible de Yoko Ogawa fait toujours mouche. Le seul bémol étant que le style de chaque histoire est le même quand chaque conteur est différent. C’est un détail mais c’est tout de même dommage. En dehors de ça, c’est toujours un réel plaisir à lire. Mais comme pour Tristes revanches, j’aurai oublié le contenu des nouvelles dans quelques temps. Qu’importe, on pourra toujours dire que le plaisir immédiat est plus important que son souvenir.

Là où l’idée de récits d’otages racontant une histoire est excellente, c’est sur un détail qui n’a rien de menu. Yoko Ogawa pose la situation au départ, dans une sorte d’introduction au recueil et nous apprend que l’opération de sauvetage a échoué et que les otages sont morts, c’est donc une publication post-mortem de leurs histoires. Bon. C’est annoncé assez froidement, on ne connaît rien sur les touristes, l’empathie est donc très limitée, ce n’est pas si grave.
Et vient la première nouvelle. On apprécie, on apprend à connaître la personne via son anecdote, l’histoire se termine, et là Yoko Ogawa dans un élan de cruauté candide balance « (Décoratrice d’intérieur, 53 ans, a profité de ses longues vacances accordées après trente ans de travail pour participer à ce voyage.) » Bam. On se remémore la nouvelle, toute la tendresse, le calme et l’émotion qui s’en dégagent et on réalise que la personne qui a vécu tout ça est morte. Re-bam. A chaque nouvelle, les Bam retentissent.

Chaque nouvelle est différente dans le contenu et semblable dans l’idée. Toutes traitent d’un moment dans la vie de la personne qui est sorti de l’ordinaire, la plupart du temps sur une rencontre. Ce n’est jamais grandiose, extraordinaire. C’est même doucement ordinaire, reposant. La dernière nouvelle a, elle, un conteur différent des autres, permettant de clore ce recueil avec tact.

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L’homme bicentenaire

Auteur : Isaac Asimov
Traducteur : Marie Renault

Sortie : 1978

4e de couverture : Andrew est un robot comme les autres. Comme les autres, vraiment ? Pas tout à fait. Il est même si singulier qu’il a décidé de devenir libre, malgré les Trois Lois de la Robotique et contre l’opinion de la majorité des êtres humains. Andrew ne sait pas qu’il vient de s’engager dans une lutte qui va changer l’histoire de la robotique, des robots et de l’humanité elle-même. «L’homme bicentenaire» est l’une des nouvelles les plus connues et l’une des préférées de l’auteur. Elle a été adaptée au cinéma en 1999 avec Robin Williams dans le rôle d’Andrew. Elle est ici accompagnée de onze autres textes appartenant, ou non, au cycle des robots et qui tous prouvent, s’il en était encore besoin, l’immense talent du bon docteur Asimov.

Avertissement : J’ai opté pour une approche individuelle, avec une micro-critique par nouvelle (il y en a 11, à vous de voir !).

L’intuition féminine : Univers des robots avec la figure familière de Susan Calvin (présente dans le film I, robot). Toujours intelligent dans le propos, et surtout une nouvelle très bien structurée avec un vrai suspense. L’occasion pour Asimov d’aborder avec malice les rapports homme-femme.

Trombes d’eau : Nouvelle se déroulant dans une base sous-marine. Si l’idée est intéressante (la base lunaire et la base sous-marine de la Terre sont en concurrence pour les crédits alloués au développement), le tout est trop technique, trop lent. Bref, y a intérêt à avoir le cerveau aux aguets. Toutefois le dénouement rattrape le reste.

Pour que tu t’y intéresses : Aborde la place des robots dans la société. Nouvelle dans le pur style asimovien : la nouvelle est sous forme de dialogue, tourné sur la définition de l’être humain (ben oui, les 3 lois de la robotique ordonnent au robot d’obéir à l’être humain, le protéger,… mais si on n’a pas la définition de l’humain, ça coince).

Étranger au paradis : Deux histoires en une : l’envoi d’un robot sur Mercure et la rencontre de deux frères (sachant qu’apparemment la fratrie est un phénomène très rare et très bizarre). Mais la complémentarité des deux histoires n’a pas fonctionné et la nouvelle (assez longue) m’a paru laborieuse. On peut pas gagner à tous les coups. Asimov ne serait-il qu’un homme ?

La Vie et les Œuvres de Multivac : L’humanité est contrôlée par un méga-ordinateur. Asimov joue ici parfaitement son rôle de maître du suspense. La structure de la nouvelle et la fin sont très réussies, pas de doute là-dessus. Mais la nouvelle manque peut-être un brin d’intensité.

Le Triage : Problème de la famine mondiale… en 2005 (ah, la bonne S-F d’antan…). Des explications scientifiques au début (rien de bien méchant) mais la nouvelle est très bien menée. Elle aborde l’intéressante question du triage : un système par lequel on choisit qui sauver et qui laisser mourir dans les conditions ne permettent pas de sauver tout le monde. Ici à l’échelle de l’humanité. Ou quand la faim justifie les moyens. Une nouvelle courte, intense, bref excellente.

L’homme bicentenaire : La nouvelle la plus longue et la plus forte (intense, émouvante,…) du recueil. Elle se déroule sur 200 ans (étonnant vu le titre) et suit la vie d’un robot. Ou d’un homme. Ou d’un robot voulant devenir un homme. Asimov questionne une fois de plus la définition d’humanité et de robotité (euh…). Est-il besoin de préciser qu’on a encore là un autre exemple de grande intelligence asimovienne ?

Marching In : Sur l’enregistrement des sons par le cerveau. Le sujet est aride (la nouvelle est le résultat d’une commande comme beaucoup d’autres). Mais si la nouvelle est assez technique, Asimov réussit à vulgariser tout ça pour en faire une nouvelle courte et agréable. La fin est d’ailleurs assez amusante.

Démodé : Scénario catastrophe avec deux hommes coincés dans le champs d’attraction d’un trou noir. Assez technique aussi (décidément) mais le côté catastrophe favorise la compréhension (et ça vient d’une personne qui n’a pas du tout l’esprit scientifique).

L’Incident du tricentenaire : Le président des USA est tué (un de plus…). Partant de là, Asimov livre un dialogue entre deux hommes discutant de l’incident et de ses conséquences. Je n’en dis pas plus. C’est excellent, rationnel, intelligent et simple. C’est Asimov. Belle conclusion également.

La naissance d’une notion (et dernière nouvelle, j’en sens qui fatiguent) : Presque dommage de finir sur celle-là. La nouvelle est une commande pour fêter les 50 ans d’un vieux magazine de S-F. Sympatoche, mais un peu opaque pour qui ne connaît pas le magazine.

Allez, un ptit point général quand même.
Un recueil de nouvelles d’Isaac Asimov n’en serait pas un sans tous ces commentaires du maître de la S-F entre chaque nouvelle. Commentaires qui en éclaire même certaines et constitue une lecture aussi agréable que les nouvelles elles-même.

On retrouve toujours ce style simple sur des réflexions et des questionnements souvent en rapport avec les robots et toujours d’actualité. Même si certaines dates sont complètement dépassées (mais ça c’est plus drôle qu’autre chose, on reste sur une excellente lecture.

Un monde idéal où c’est la fin

Auteur : J. Heska

Sortie : mai 2013

Résumé :  Bienvenue dans un monde idéal !
Un monde idéal où la civilisation telle que nous la connaissons n’existe plus. Dérèglement du temps ? Avènement de la magie ? Crise climatique irréversible ? Épidémie mondiale de mort subite ? Extra-terrestres maladroits ? Invasion de poireaux découpeurs de cervelles ? Crise de déprime globale ? Robots hors de contrôle ? Zombies entreprenants ?

Certes, le résumé n’apporte pas beaucoup… Ce recueil est de toute façon impossible à résumer. Il y a de la S-F, du fantastique, de la fantastico-S-F, du barré, du délirant, de l’intéressant,… On pourrait parler du mythe d’Adam et Eve revisité (très bien vu et très drôle. Je me suis souvent interrogé sur cette question d’ailleurs. Bref.), des conséquences (dramatiques) du mariage pour tous,… Je ne vais pas tous les faire, le recueil compte une centaine de nouvelles (« Ooooooooh »). Certes, ça fait beaucoup mais celles-ci sont très (très) courtes et au final, le recueil se lit vraiment très (trop) vite.

On peut s’y perdre, dans ce foisonnement de nouvelles/torrent d’imagination. C’est, paradoxalement, la facette négative du recueil : impossible de se souvenir de la plupart des nouvelles (sauf en les relisant et en se disant « Ah mais oui, j’l’ai déjà lue celle-là »). Mais si d’un côté, 100 c’est trop, de l’autre ça permet d’avoir des nouvelles intenses, percutantes et à chute (mes préférées. Un peu comme les truffes pour le chocolat. Mais ne nous égarons pas). Je n’en avais encore jamais lu d’aussi courtes d’ailleurs.

Pour équilibrer, on retrouvera certains personnages ; plusieurs nouvelles forment ainsi une sorte de feuilleton. Très reposant lorsqu’on s’aperçoit qu’on est en terrain connu. Les terribles poireaux génétiquement modifiés reviennent aussi de temps à autre. Mais ce qui aide à garder un semblant d’aide c’est le modèle commun à chaque nouvelle « Un monde idéal où la physique n’est pas une science d’avenir, Un monde idéal où des créatures fourbes et sanguinaires menacent l’humanité, Un monde idéal où les parasites sont fantastiques, etc…)

J. Heska semble s’être fixé de faire les histoires les plus courtes du monde, ainsi plusieurs histoires ne font pas une page mais un paragraphe (peut-on encore parler d’histoire ? Pour la brièveté de cette critique, nous dirons que oui). Celles-ci vont par groupe, disséminées dans le recueil et faisant écho, ou pas, à d’autres nouvelles. C’est trèès court mais trèès amusant. Bon, sauf une qui est littéralement calquée sur une scène d’Indépendance Day (ce qui m’a étonné c’est le calque, pas la référence). D’ailleurs, le recueil est truffé de références/parodies de films, séries, jeux vidéo,… : Matrix, Terminator, Stargate, Buffy, Avengers, Starcraft, Le visiteur du futur sont présents, avec plus ou moins d’intensité selon les références.

Parlons du style, voulez-vous ? C’est simple, pas prise de tête, percutant (oui, je l’ai déjà dit), drôle. Je ne dis pas que ça fait mouche à chaque nouvelle. Mais vu le nombre ça paraît plutôt normal. Ce qui est agréable c’est de sentir un auteur à l’aise avec les mots, qui veut partager un goût pour une « culture geek » tout en ne se prenant pas la tête (bon, j’extrapole là, je n’ai pas vraiment fait d’interview, mais quand on écrit sur des poireaux sanguinaires j’imagine qu’on n’a pas dans l’idée de décrocher le Goncourt. Et c’est tant mieux^^).

J’aime la S-F, je raffole des recueils de nouvelle. Un monde idéal était tout indiqué, et l’alchimie a fonctionné. L’humour n’empêche pas la réflexion (bien au contraire) et ça aussi le recueil le montre bien (ça dépend toujours quelles nouvelles vous lisez bien sûr, chacune d’entre elles n’est pas un bijou, faut pas pousser). Je ne détaillerai pas toutes les thématiques abordées, le mieux c’est encore de le lire.

Pour finir, un grand merci aux Editions Seconde Chance pour m’avoir proposé ce recueil. On remet ça quand vous voulez !

Récits de la paume de la main

Titre original : Tenohira no shosetsu

Auteur : Yasunari Kawabata
Traducteur : Anne Bayard-Sakai & Cécile Sakai

Date de parution : 2001

Résumé : En marge de ses grands livres comme La Danseuse d’Izu, Les Belles Endormies ou Tristesse et Beauté, Yasunari Kawabata (prix Nobel de littérature en 1968) écrivit aussi de très courtes histoires : souvenirs d’enfance ou d’adolescence, instants de vie saisis au vol, vignettes érotiques à mi-chemin du rêve et de la réalité. Et il les rassembla sous le titre énigmatique de Récits de la paume de la main.
Une jeune femme, dans une soif infinie d’amour, veut devenir l’exacte réplique de l’être aimé. Deux amoureux, que la mort a enfin réunis, vont dialoguer et joindre leurs voix. Une jeune mariée succombe à l’instant où son époux se met à prier pour elle. Des vieillards nourrissent une couvée d’oiseaux sauvages, et dans leur geste renaissent la beauté, le rituel, la gravité du Japon d’autrefois… (Source : Babelio)

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Pourquoi les Récits de la paume de la main ? Par hasard. J’ai trouvé le titre accrocheur et ma connaissance de la littérature japonaise se limitant à Yoko Ogawa, je me suis dit pourquoi pas. En plus de cela, on a ici affaire à un recueil de nouvelles, à priori parfait pour découvrir un auteur.

On ne peut pas toujours avoir la main heureuse, et j’ai eu beaucoup de mal à finir les Récits de la paume de la main. Il doit bien y avoir une soixantaine de nouvelles, très courtes mais jamais des nouvelles ne m’ont parues aussi longues.

J’ai fini le recueil il y a quelques jours, mais je serais déjà bien incapable de dire de quoi traitent ces nouvelles. Nouvelles, qui sont d’ailleurs différentes de ce que j’ai eu l’habitude de lire dernièrement. Celles-ci ne reposent pas sur la chute, sur une situation acadabrantesque ou intense mais sur des « tranches de vie », des souvenirs, des illustrations de sentiments ou d’émotions. Plus d’une fois, la nouvelle finie, je suis resté dubitatif, imaginant que l’auteur avait voulu dire quelque chose sans que je puisse en saisir le sens ou la raison.

Le style n’est pas mauvais du tout (on est quand même à un tout autre niveau que L’amour est déclaré), mais déroutant, très précieux, dépouillé. On a ici affaire au Prix Nobel de littérature de 1968,  pas à Jo le Clodo (ou Attila, ou au roi d’Orcanie. Mais je m’égare)
Pour le coup, il y a une frustration à lire des textes dont on voit qu’ils sont profonds, invitent à la réflexion sur la mort, la beauté,…, sont bien écrits mais laissent tellement de marbre qu’ils arrachent un bâillement toutes les deux pages.

De mémoire, je dirais qu’il y a bien 4, 5 nouvelles qui sont sorties du lot. Tout en étant incapable de résumer leur contenu.

Le Club des veufs noirs

Titre original : Tales of the Black Widowers

Auteur : Isaac Asimov
Traductrice : Michèle Valencia

Date de parution : 1989

Résumé : Les six membres du “club des Veufs noirs” ne sont pas nécessairement veufs ni même célibataires, mais ils se réunissent chaque mois entre eux pour boire, dîner, et…résoudre des énigmes, grâce, le plus souvent, au concours de l’inégalable Henry, leur maître d’hôtel.

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Il m’aura fallu du temps pour arriver au bout du club des veufs noirs. Non pas à cause d’une hypothétique piètre qualité (hé, on parle quand même d’Isaac Asimov là, un peu de respect…) mais du fait que ces dernier temps j’ai peu lu. Et pour ça, les recueils de nouvelles sont parfaits. D’autant plus, les recueils de nouvelles comme celui-ci.
Chaque nouvelle se déroule dans le cadre de réunions des Veufs noirs, des hommes, érudits, se réunissant régulièrement pour causer entre eux. A chaque réunion, l’un d’entre eux, hôte de la séance, invite une connaissance pour le questionner.

« Docteur docteur Stacey, commença brusquement Drake, comment justifiez-vous votre existence ?
— De moins en moins à mesure que le temps passe, dit Stacey sans sourciller »

Évidemment, à chaque fois, l’invité a un souci et les Veufs noirs essaient d’y apporter une réponse. Chaque nouvelle a ainsi un cadre familier, (ou qui le devient de plus en plus et fur et à mesure des lectures) mais les situations et protagonistes changent. Ces débuts en terrain connu permettent de s’immerger dans la nouvelle et de « se chauffer » pour aborder l’énigme avec toute la concentration nécessaire (Asimov laisse toujours les indices pour permettre de deviner avant la résolution finale). Et franchement, je trouve ce fonctionnement bien adapté au principe de la nouvelle (sachant que ces nouvelles étaient publiées dans des magazines puis, lorsque le nombre était suffisant, rassemblées en recueil, avec de légers remaniements d’Asimov).

C’est donc un recueil de nouvelles policières (policières seulement dans le sens où il y a une énigme à résoudre). Chaque nouvelle a la même structure : Les Veufs noirs discutent, puis l’énigme se pose à eux, etc… Sachant qu’invariablement la même personne trouve la solution. Isaac Asimov a en revanche la bonne idée de toujours varier les situations et la nature des énigmes. Ainsi, la lecture de plusieurs nouvelles d’affilée n’est jamais monotone.

Il m’aura en revanche fallu au moins 3 nouvelles pour me familiariser avec chacun des Veufs noirs. Autant dire que sur les premières nouvelles, j’attendais avec impatience l’énigme, et par la suite la nouvelle dans son entier était attendue.

Agréables à lire, par le style et l’intelligence qu’elles recèlent, ces nouvelles montrent bien qu’Asimov est aussi doué et intelligent en dehors de la S-F. Bien que pour le moment (en prenant en compte le fait que je n’ai fait que gratter la surface de son œuvre), j’ai une préférence pour ses récits de S-F.

On retrouve également les traditionnelles et croustillantes remarques du maître après chaque nouvelle, détaillant leur contexte d’écriture et publication. Remarques que j’attends toujours avec impatience lorsque la fin de la nouvelle se profile à l’horizon.

Au final, même dans un registre différent que celui que je connais, Asimov est toujours aussi bon. Avec quelques nuances, car même si ces nouvelles sont agréables, intelligentes,… à part sur quelques unes (il y en a 12) je n’ai pas non plus été aussi transporté que j’ai pu l’être sur un recueil tel que L’avenir commence demain. Agréables, divertissantes mais sans être sans être inoubliables.

Marcello : nouvelles

Auteur : Daniel Boudier

4e de couverture : A travers les 17 nouvelles qui composent ce recueil, Daniel Boudier explore l’existence secrète des êtres. La nostalgie du temps perdu, les douleurs enfouies, l’abandon, le deuil, la solitude urbaine, les passions furtives, l’homosexualité, l’identité, la célébrité… Avec force référence au cinéma et à ses figures mythiques.

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Une fois de plus, l’opération Masse Critique de Babelio m’aura apporté un recueil de nouvelles.

Et pour celui-ci l’impression finale, celle qu’on se fait dans les quelques secondes suivant la lecture des derniers mots, est plutôt bonne. Pas facile pour autant d’en parler puisque ce recueil n’a pas non plus été un gros coup de coeur. Une lecture rapide et agréable.

Ce qui reste d’abord, c’est le style. Phrases courtes et percutantes, sans chichis, permettant une lecture fluide et un démarrage rapide. Certaines nouvelles auraient pu se prêter à un style plus « développé », mais je chipote…

Des nouvelles assez courtes et qui traitent (presque) toutes du quotidien, et plus particulièrement d’aspects plutôt pas très rigolos. La mort d’un père, la tristesse de n’avoir pas connu une grand-mère, un amour éphémère, un doudou perdu, des parents décédés et la vie d’après, un homme se réveillant de son coma après 19 ans,…

Les thèmes abordés ne font pas dans l’exceptionnel, pas vraiment de suspense non plus, le style prend donc une importance toute particulière. Et heureusement, puisque, même si mon impression finale est plutôt positive, toutes les nouvelles ne sont pas non plus transcendantes. Quelques unes d’entre elles m’ont même donné envie de très vite arriver à la suivante. L’homme se réveillant après 19 ans et qui trouve que toute cette technologie quand même, ça ne rend pas la société meilleure, bon… Je me limiterai à cet exemple, mais je me suis pris à espérer un peu plus de… subtilité pour certains thèmes assez casse-gueule.

En revanche, toutes les allusions (ou bien plus ; le titre par exemple) au cinéma sont très agréables et donnent au recueil une ambiance bien à lui. De même que certaines nouvelles bénéficient d’une structure particulière qui contribue à casser la routine de la lecture.

Les fins sont aussi particulièrement soignées. (et c’est un point qui me tient particulièrement à cœur pour un genre comme celui-ci.)

Marcello, publié en mars 2012 et premier ouvrage de Daniel Boudier, me fait donc espérer que celui-ci n’en restera pas là.

Les « happy end » n’existent jamais dans la vraie vie.

Au prix du papyrus

Auteur : Isaac Asimov
Traducteur : Monique Lebailly

4e de couverture: S’il est un auteur de science-fiction que tout le monde a lu, et pour cause, c’est Isaac Asimov, l’inventeur des trois lois de la robotique, l’auteur de la série Fondations. Avec ce recueil, il nous propose un inédit, deux nouvelles des années 50 qui n’avaient jamais été reprises en volume ainsi que neuf textes écrits entre 1976 et 1982. Un régal.
Et si [on] avait dû comprimer le récit de la création du monde de quinze milliards d’années à six jours à cause du prix, bien évidemment exorbitant, du papyrus.
Quant à la mémoire totale, est-ce bien une bonne idée ? Et l’immortalité, récompense réelle ou cadeau empoisonné ? Sans oublier le problème délicat de la lévitation et celui plus délicat de la rotondité de la Lune…

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Et oui un autre recueil de nouvelles ! Et de S-F. Et d’Isaac Asimov. Et je n’arrive pas encore à m’en lasser.

Ici, neuf nouvelles qui n’ont aucun lien entre elles. Réunies ici à la va-comme-j’te-pousse et classées par ordre alphabétique (pourquoi pas après tout…). Heureusement pour aider à s’y retrouver, Isaac Asimov a la bonne idée d’expliquer, brièvement, le pourquoi du recueil et ensuite écrit une explication au début de chaque nouvelle, histoire que le lecteur s’y retrouve. Cette petite touche personnelle fait bien plaisir et apporte une ‘implication de l’auteur que je suis loin de bouder !

Écrites à des époques différentes, de taille différente (de deux pages à une quarantaine) ou écrites à des fins différentes (des commandes pour tel ou tel magazine, pour Hollywood aussi,…) on retrouve des thèmes classiques de S-F, qu’Asimov réussit toujours à rendre particulièrement intéressants par ses réflexions ou la manière dont il les aborde : la lévitation, le voyage vers la Lune, Dieu (ou du moins une entité supérieure assez particulière), une nouvelle policière également,…

Toujours agréables, avec une écriture simple, efficace, intelligente avec une fine touche d’humour, bref du Asimov tout craché.

Un petit focus sur quelques unes de ces nouvelles :

La première et aussi la plus courte, donne à la fois le nom au recueil et le ton pour le reste. Comme une façon de se réhabituer au style et à l’univers d’Asimov.

Une société totalement isolée, repliée sur elle-même, détestant et méprisant les planètes voisines qui a élevé au rang de science suprême la cuisine moléculaire. Un homme a fait le Tour de ces planètes, et moins obtus que le reste de ses concitoyens essaie de changer les mentalités à travers le grand concours culinaire de la planète. Une des meilleurs nouvelles du recueil et une fin savoureuse.

La nouvelle sur la lévitation est également excellente. Surtout lorsque le phénomène touche un physicien qui se trouve confronté à la méfiance générale de ses collègues. Tout l’humour et ce côté « je pense à tout et j’appuie là où il faut ».

Après, je ne crierai pas au génie pour toutes les autres, mais globalement ce recueil est bien agréable à lire !