Hitchcock

Hitchcock afficheRéalisateur : Sacha Gervasi

Acteurs : Anthony Hopkins, Helen Mirren, Scarlett Johansson, Toni Collette, Danny Huston, James D’Arcy,Michael Stuhlbarg, Jessica Biel,…

Synopsis : Alfred Hitchcock, réalisateur reconnu et admiré, surnommé « le maître du suspense », est arrivé au sommet de sa carrière. A la recherche d’un nouveau projet risqué et différent, il s’intéresse à l’histoire d’un tueur en série. (Source : Allociné)

Bande-annonce

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Hitchcock : un film très agréable sur un chef d’œuvre.
Hitchcock : Ou quand Hollywood se regarde (un peu) le nombril mais réussit à en faire quelque chose de bien.
Hitchcock, enfin, qui bénéficie d’un trio de choc : Anthony Hopkins, Helen Mirren et Psychose.

Même si avoir vu Psychose n’est pas obligatoire il n’en reste pas moins très fortement conseillé (et lorsqu’on a adoré Psychose, Hitchcock n’en tire que plus de force). Mais Hitchock ne se réduit pas seulement à la (difficile) préparation, fruit de bataille contre la Paramount et la censure, et au tournage de Psychose. Le film se trouve être à la croisée de la relation entre Alfred et Alma, épouse et collaboratrice du maître du suspense, et du tournage du film précédemment cité. Ce mélange est d’ailleurs très bien scénarisé et cette relation entre eux finement retranscrite.

Le film repose en bonne partie sur la prestation de deux acteurs de grand talent. La métamorphose physique d’Anthony Hopkins est très bien faite (prends ça dans les dents maquilleur d‘J. Edgar) et n’altère en rien son jeu. Helen Mirren et lui semblent d’ailleurs prendre grand plaisir à camper le célèbre couple et leur complicité fait bien plaisir à voir.

La suite du casting ne démérite pas, que ce soit Toni Colette ou Scarlett Johansson (bon choix pour Janet Leigh). Réserve (personnelle) pour Jessica Biel qui, sans parler du fait qu’elle n’arrive pas à la cheville de Vera Miles, ne m’a pas du tout convaincu (ce qui, à priori, n’était pas le but de toute façon). A titre d’anecdote, il était amusant de retrouver Michael Stuhlbarg de Lincoln. Bien meilleur choix de film ce coup-ci soit dit en passant.

Bonne surprise également : Hitchcock fait rire. Un humour fin, pas tapageur, et très bien saupoudré.

Mais qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit ; j’entends déjà les « Ouais, t’as dit que Hitchcock c’était trop bien, ben ça l’était pas du tout ! »
Hitchcock n’est pas exempt de défauts.
Plus que de bon gros défauts, on assiste plus à une réalisation et un scénario très classiques et quelques ficelles scénaristiques convenues.  A noter que ce film est le premier de Sacha Gervasi (mais non je ne cherche pas d’excuses)

Ainsi, Hitchcock ne sera pas le chef-d’œuvre sur le chef-d’œuvre (bien que la scène où Hitchcock épie le public durant la scène de la douche soit assez fabuleuse) mais reste à la fois agréable, instructif et divertissant.

Avenue des Géants

Auteur : Marc Dugain

4e de couverture : Al Kenner serait un adolescent ordinaire s’il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n’était pas supérieur à celui d’Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d’une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l’habite.
Inspiré d’un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d’un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s’illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam.

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Avenue des Géants appartient à cette catégorie de livres captivants, qui peuvent, grâce à un style sobre et efficace, entraîner le lecteur où ils veulent. Jusqu’à créer un lien avec un personnage dépourvu d’empathie. Et qui « grâce » à cela, porte un regard des plus perçants et particuliers sur une période emblématique des États-Unis.

On suit Al Kenner à deux époques de sa vie. D’abord, à partir du jour où tout a commencé, soit la mort de JFK. Ensuite lorsque bien des années plus tard, le bon Al est en prison, dans un quotidien rythmé par les visites d’une femme. Une partie à la troisième personne, une autre à la première, « rédigée » par Al. Le rythme insufflé par cette structure du récit combine à la traditionnelle alternance des points de vue garde toute sa force. D’autant qu’en soi le récit est plutôt lent, et ce jusqu’à une poussée d’adrénaline sur la fin. Une fin en apothéose pour un livre qui a su distiller tout du long le quotidien et les pensées d’un homme plutôt singulier.

Même si le personnage principal est doté d’une personnalité complexe, d’une intelligence supérieure à Einstein et d’un foie qui prend très cher, Marc Dugain nous immerge aussi dans la culture hippie de ces années-là, livrant les points de vue de chacun. Dont celui du personnage principal :

« Votre mouvement était fondé sur une grave erreur d’appréciation quant à la nature profonde de l’homme. L’homme ne naît pas bon pour être ensuite corrompu par la société. C’est un reptile poursuivi par une civilisation à laquelle il essaye en permanence d’échapper. Et vos putains de mièvreries ont conduit au même résultat que les idéologies que vous avez combattues. » p 178

Avenue des Géants est, sans conteste, un roman d’une grande richesse. Et, même quand le personnage est inspiré d’un tueur en série (ne faites aucune recherche sur lui si vous voulez lire le livre), fait le choix de fouiller la psychologie du psychopathe plutôt que de s’intéresser aux meurtres même. Aucun gore ou sensationnel, juste une réalité, romancée certes, mais aussi crue et qui sonne authentique. C’est lorsqu’on essaie de comprendre les actes, les pensées d’Al Kenner, d’éprouver quelque chose pour lui, qu’on se rend compte du talent de l’écrivain.

A titre d’anecdote, j’ai, tout au long du livre, eu l’impression d’avoir affaire à un auteur américain, tant l’atmosphère du pays, la manière d’écrire et les personnages rencontrés m’ont fait penser aux éléments caractéristiques de cette littérature.

Deux petites citations sur la littérature de la part d’Al Kenner, assez révélatrices de l’esprit du bonhomme :

« Les bons critiques comprennent que la promenade de l’auteur autour du sujet est plus essentielle que l’essence du sujet. Il est là, l’authentique voyage de la littérature. Si on devait se taper des milliers de pages juste pour ce qui doit être dit, dites-moi quel serait l’intérêt ? » p 16-17

« Pourquoi les gens écrivent-ils ? Souvent parce qu’une sourde vanité les rend fiers de leurs malheurs et qu’ils veulent les partager avec le reste de l’humanité parce que, au fond, ils sont trop lourds pour eux. […] Avoir des lecteurs leur donne le sentiment d’être moins seuls dans l’inconvénient d’une promiscuité assommante avec des gens bien intentionnés. Souvent aussi, ils écrivent pour laisser une trace de leur pauvre petite vie » p 89

J. Edgar

Film de Clint Eastwood

Avec : Leonardo DiCaprio, Armie Hammer, Naomi Watts, Judi Dench, Josh Lucas,…

Synopsis : Le film explore la vie publique et privée de l’une des figures les plus puissantes, les plus controversées et les plus énigmatiques du 20e siècle, J. Edgar Hoover. Incarnation du maintien de la loi en Amérique pendant près de cinquante ans, J. Edgar Hoover était à la fois craint et admiré, honni et révéré. Mais, derrière les portes fermées, il cachait des secrets qui auraient pu ruiner son image, sa carrière et sa vie. (Source : Allociné)———-

Aller voir un film de Clint Eastwood, c’est toujours une certitude : Je sais que la réalisation sera impeccable, classique, une valeur sûre du bon divertissement. C’est aussi toujours un doute : Du impeccable-qui marque, ou du impeccable-mais-sans-plus ?
Dans le cas de J. Edgar, j’ai passé deux bonnes heures (un peu longues peut-être), la réalisation est nickel, les acteurs aussi (quoique le maquillage de vieil homme de J. Edgar Hoover et Clyde Tolson ne m’a pas vraiment convaincu).

Le scénario par contre m’a laissé sur ma faim, occultant des passages dont j’aurais aimé qu’ils soient plus développés, et développant d’autres qui ne le méritaient sans doute pas. C’est la vie privée de Hoover qui est ici surtout abordée, et c’est vrai qu’il y a de quoi remplir un film (Je vais éviter de spoiler au cas où pour ceux qui ne se renseignent pas sur Hoover avant d’aller voir le film), mais les choix du scénariste et ceux que j’aurais pu faire divergent (et comme dirait Desproges…).

Par contre, le double fil « Flash-backs/présent » autrement dit « Débuts de Hoover/fin de Hoover » est bien trouvé et tout mettant bien en valeur la longévité du bonhomme permet de mettre à jour certaines évolutions ou constantes, et mine de rien de résumer une carrière bien remplie et une personnalité complexe.

Mais sur un personnage aussi puissant et controversé que lui, j’attendais un peu mieux que ça. Peut-être est-ce la combinaison Biopic/Eastwood qui ne m’atteint pas (J’avais apprécié Invictus, sans plus aussi), ou le côté trop propre, trop lisse de la réalisation pour un homme qui ne l’était pas, ou un sujet trop dense pour tenir sur un film,…

Un autre bon point à noter tout de même : Si j’étais un peu sceptique sur Leonardo Di Caprio jouant Hoover, celui-ci m’a vraiment convaincu, que ce soit sa transformation physique ou vocale, l’acteur habite complètement son rôle. Une fois de plus, chapeau. Il éclipse pour le coup Armie Hammer (The Social Network) jouant le rôle du n°2 et (trèès bon) ami de Hoover.

Un bon moment mais pas inoubliable. Ca deviendrait presque une habitude avec ce cher Clint. J’attends le prochain !

A Dangerous Method

Film de David Cronenberg

Avec : Viggo Mortensen, Keira Knightley, Michael Fassbender, Vincent Cassel, Sarah Gadon,…

Synopsis : Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d’hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud… (Source : Allociné)
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Le moins qu’on puisse dire sur A Dangerous Method c’est que c’est un film bavard.

Des psys parlant de leurs méthodes (Assez dangereuse est-il besoin de préciser), de leurs patients, de leurs visions de la psychanalyse, de leurs propres rêves, des psys parlant avec leurs patients, des patients qui influencent des psys, des psys qui doutent, des doutes qui font naître des ruptures,…

Les discussions de Freud et Jung côtoient l’aventure de Jung et de Sabina Spielrein, patiente-collaboratrice-consoeur-maîtresse-amie,…
Si l’adultère de Jung a une place essentielle dans le film, l’évolution des rapports entre Jung et Freud est tout aussi intéressante.

Niveau interprétation, rien à dire : Un Michael Fassbender impeccable (Une fois de plus) en Carl Jung tiraillé entre sa vie privée mouvementée empiétant sur sa vie professionnelle qui l’est tout autant, Viggo Mortensen également, très bien en patriarche sûr de lui,  très catégorique dans ses croyances et Keira Knightley, et bien… fait sa part de travail.

La réalisation en elle-même est très classique, effacée et finalement très théatrale. Et conséquence de l’effacement de la forme, le fond prend son essor. Les dialogues  prennent le premier rôle, au risque sans doute de perdre l’attention du spectateur. Heureusement la puissance du thème (La psychanalyse, pas l’adultère), la force des rapports entre les protagonistes et les discussions entre psychanalystes empêchent toute somnolence.

Si A Dangerous Method n’est pas le film de l’année il s’en sort brillamment et avec ses 1h40 réussit à ne pas paraître trop long.

Il peut aussi être intéressant de voir A Dangerous Method et Shame dans un court laps de temps, histoire d’être une thématique Michael Fassbender/sexualité !

Into the wild

Auteur : Jon Krakauer

Résumé  : Il avait renoncé au rêve américain. Pour vivre une aventure extrême. En 1992, le cadavre d’un jeune homme est découvert dans un bus abandonné en Alaska, au pied du mont Mckinley, loin de tout lieu habité.Fils de bonne famille, Chris McCandless aurait dû en toute logique devenir un américain bien tranquille à l’avenir sans surprise. Mais, dès l’obtention de son diplôme universitaire, il décide de partir à l’aventure. Après avoir fait don de ses économies à une œuvre humanitaire, il entame son périple sous un nom d’emprunt avec sa vieille voiture, qu’il abandonnera un peu plus tard. Il sillonne le sud des Etats-Unis, subsistant grâce à de menus travaux, avant de réaliser son grand projet: s’installer au cœur de l’Alaska, seul, en communion avec la nature. Mais on ne s’improvise pas trappeur, ni homme des bois…———-

Excellent livre ! Et bien plus.

Ayant déjà vu le film, j’avais peur de la comparaison entre les deux. Craintes infondées puisque le film et le livre ne sont pas comparables.

Je m’attendais aussi à un roman biographique, suivant l’histoire de McCandless, comme le film finalement. Inspiré d’un fait réel mais romancé, une histoire au fond très linéaire. Et bien pas du tout.
Un travail énorme de reconstitution non seulement du parcours géographique mais aussi psychologique de Chris McCandless, témoignages de tous ceux qui l’ont rencontré à l’appui. Avec extraits de son journal, de ses lectures, du parcours de l’auteur sur les pas du « héros ». L’auteur ajoute également des anecdotes sur d’autres personnalités similaires à McCandless ainsi qu’un passage autobiographique. Et ce traitement de l’histoire fait qu’on entre dans un univers autant que dans une vie.

C’est cet auteur qui a écrit un article dans un petit journal sur un fait divers il y a une dizaine d’années : La mort d’un jeune homme en Alaska. Et ce petit fait divers est resté dans la tête de l’auteur qui a donc décidé d’en faire un livre. Bien plus complet que l’article et qui nous éclaire beaucoup plus.

J’ai surtout parlé du superbe travail journalistique (et littéraire) de l’auteur, mais c’est bien la personnalité de Chris McCandless qui m’a époustouflé. Très complexe, très intelligent, très passionné : Tout est extrême chez ce jeune homme.

Alors quand McCandless rencontre Krakauer ça donne Into the Wild. Un livre exceptionnel sur une personne exceptionnelle.