Birdman

Réalisateur : Alejandro González Inárritu

Acteurs : Michael Keaton, Edward Norton, Emma Stone, Naomi Watts, Zach Galifianakis, Andrea Riseborough, Amy Ryan,…

Synopsis : Un acteur has been, connu pour avoir incarné un célèbre super-héros, monte une pièce à Broadway dans l’espoir de renouer avec sa gloire passée. (Source : Allociné)


 

Birdman est le meilleur film que j’ai vu au cinéma en 2015. C’est aussi le deuxième. Mais ça donne un aperçu de mon ressenti à la sortie de la salle de ciné.

Son tour de force : avoir un film monté comme un seul plan-séquence. Ça donne un peule tournis et surtout ça épate par la maîtrise dont fait preuve Innaritu. Bon, ça m’a aussi gêné au début du film (dans le sens où je n’arrivais qu’à voir ce plan-séquence sans rentrer dans l’histoire), et puis au bout d’un moment, fin de la gêne et début du plaisir.
Le génie dans tout ça c’est que ce ce plan-séquence n’empêche pas la présence d’ellipses qui prennent une place toute autre grâce à l’absence des coupures entre les scènes. Bref, c’est beau.

Et ça l’est d’autant plus que la photographie elle-même est superbe, tous les gros plans sont magnifiques, comme cette scène de coup de gueule d’Emma Stone contre pôpa, tellement forte et belle qu’elle m’en a collé des frissons (la scène pas Emme Stone, faut pas déconner).

Pour le fond de l’histoire, y a pas grand chose à dire, c’est un film sur une pièce de théâtre sur un homme torturé joué par un acteur torturé dont l’histoire est quasiment celle de l’acteur qui le joue. Mais si c’est très clair. Ca semble aussi très nombriliste ce côté les artistes qui parlent des artistes. Mais ça ne l’est pas. Ca pourrait, il ne faut pas que l’idée soit trop reprise mais… ça fonctionne. La relation théâtre/cinéma (de divertissement) est plutôt intéressante d’ailleurs.

Le film a aussi un côté huis-clos très sympa ; tout ce petit monde dans un théâtre aux couloirs étroits et oppressants dans un fond sonore se résumant globalement à une batterie géniale et oppressante. A mentionner évidemment la voix de Birdman à classer dans les meilleures voix du cinéma à côté du pote Smaug. Ah oui, j’ai mentionné cette schizophrénie du personnage principal ? Non ? Tant pis.
Ce huis-clos théâtral m’a aussi donné une impression de « faux » sur les personnages, les dialogues, les situations… Ce n’est pas péjoratif, du tout, mais il a fallu un petit temps d’adaptation à cette impression tellement subjective qu’elle n’a pas forcément d’intérêt et je vais m’arrêter d’en parler à la fin de cette phrase qui n’en finit pas. Voilà.

Birdman n’est pas mon film parfait, évidemment ; la petite réflexion sur les critiques professionnels n’est pas hyper subtile tout comme les coupures du faux plan séquence mais là le petit spectateur amateur que je suis va juste fermer sa gueule parce que quand même cette maîtrise technique d’Innaritu est tout simplement à tomber par terre.

Un ptit mot sur le trio Keaton-Norton-Stone aussi à tomber par terre (bref, Birdman est un film qui donne des bleus).

Pour finir, le truc cool avec Birdman c’est que le sujet en soi n’est pas follement original (l’acteur has-been ayant des rapports compliqués avec sa fille et qui essaie de remonter la pente) mais le traitement technique époustouflant d’Innaritu, l’existence de Birdman himself et ce côté distanciation avec Keaton/son personnage, le film/la pièce qui questionnent la célébrité, l’ego,…. en font le meilleur film que j’ai vu en 2015 (et pas qu’au cinéma, pis là c’est pas le 2e film vu, c’est le 45e, c’est Seriebox qui le dit (super site, je vous le conseille)).

Night Call

Titre VO : Nightcrawler

Réalisateur & scénariste : Dan Gilroy

Acteurs :  Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed, Bill Paxton,…

Résumé : Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n’aura aucune limite… (Source : Allociné)

Bande-annonce
(qui en dévoile beaucoup, mais on sent bien l’ambiance quand même…)


 

Il était normalement prévu que j’aille voir Le Domaine des Dieux… mais un concours de circonstances (tout à fait passionnantes) a fait que je me suis retrouvé à (choisir d’)aller voir Night Call. Peu de points communs entre les deux mais je ne pense pas avoir perdu au change.

Night Call, c’est l’histoire de Lou Bloom, un type qui cherche sa voie mais qui a déjà décidé que la morale il s’asseyait dessus. Sans passer par les conseils avisés de Pôle Emploi, il passe de voleur de ferraille à paparazzi amateur. Et pas pour les stars mais pour les accidents, meurtres et autres événements sanguinolents. Premier arrivé sur les lieux avec pompiers et policiers. Bref, du bon gros vautour. Qui revend ensuite ses délicieuses images aux sangsuses de la télévision.

Je ne suis pas connaisseur de nos programmes télévisés mais il ne me semble pas que ce niveau de trash soit sur nos écrans. Ce qui en fait/ferait un film sur un phénomène américain. Heureusement, cette spécificité n’atténue pas du tout le malaise que peut provoquer Night Call. Le métier et ses implications pas morales pour deux sous ont finalement une portée assez universelle.

J’ai écouté une interview de Jake Gyllenhaal il y a quelques jours où une journaliste faisait une comparaison entre Night Call et Taxi Driver.
Loin de moi l’idée de jouer aux « Ce film s’inspire de/rend hommage à/… » (on y voit trop souvent ce qu’on veut y voir) mais j’avoue que durant le visionnage, j’ai d’abord (effectivement) pensé à Taxi Driver (pour le personnage dérangeant), puis à Drive (pour l’ambiance et la voiture. Non, ça ne va pas bien loin), puis à American Psycho (pour le personnage qui passe de dérangeant à barge).

Night Call, c’est aussi, et avant tout, un personnage principal et son acteur. Certes la réalisation a de la gueule, c’est d’ailleurs très agréable, certes la musique accompagne très bien le tout, l’ambiance est là, tout ça… mais ce qui porte le film c’est Jake Gyllenhaal et son personnage de Lou Bloom. Ce qui a aussi pour effet de rendre les personnages secondaires assez fades (même la personnage la plus principale des secondaires, Rene Russo), et c’est bien dommage.

L’acteur, d’abord. Ce type est un vrai caméléon. Il est ici totalement méconnaissable (perte de 14 kilos), le visage émacié, le regard fou,… et ajouté à ça le talent qu’on lui connaît (ou pas, mais si c’est le cas, qu’attendez-vous ?), le petit Jake, qui a bien grandi depuis Donnie Darko (à voir pour ceux qui aiment les films « un peu » space) porte le film sur ses épaules. Ses expressions, ses postures, sa manière de s’exprimer, tout son jeu est juste (et fait donc en sorte que tout ce que dise son personnage sonne faux. Y a pas du talent, là ?).

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D’autant que Jake Gyllenhaal (je fais du copier/coller sur le nom, il pouvait pas s’appeler McConaughey, Schwarzenegger ou même Wasikowska, sérieusement ? c’est pourtant plus simple à écrire…) a de quoi faire.
Le personnage de Lou Bloom est assez étonnant. Il fait gars paumé mais ne l’est pas ; le bonhomme sait pertinemment où il veut aller, et gare à ceux qui se dressent sur son chemin, d’autant que vu son look, on aurait tendance à le sous-estimer (ou à le fuir si on le croise dans une ruelle sombre. Ce qui a de fortes fortes chances d’arriver vu que toutes les scènes du film se déroulent de nuit). Pour ajouter au malaise que provoque Lou Bloom, celui-ci absorbe tout ce qu’il lit sur Internet pour le ressortir dès qu’il peut avec un ton neutre, sonnant faux, alignant clichés après banalités. Et toujours avec le sourire s’il vous plaît.

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Bon, sauf là.

Bref, ce gars, en bon psychopathe autodidacte ambitieux assoiffé de reconnaissance fait flipper mais fascine aussi. Le genre qu’on aime détester. L’avoir placé dans le cadre des chaînes d’information, de la manipulation de la même information, du voyeurisme ne fait qu’amplifier le malaise que provoque le personnage. Car Night Call reste avant tout un film sur « Moi, Lou B., psychopathe caméraman » qu’un film sur le « journalisme » trash.

Une bonne surprise, si vous avez un créneau de libre, à voir !

Penny Dreadful

Créateur : John Logan
Acteurs : Eva Green, Josh Hartnett, Timothy Dalton, Hary Treadaway, Billie Piper, Reeve Carney, Rory Kinnear,…

Statut : en cours
Nombre de saisons : 1 (10 épisodes)

Résumé : Londres, 1891, une jeune femme aux pouvoirs puissants, un explorateur et un bandit américain, s’unissent pour lutter contre des menaces surnaturelles. (Source : Senscritique)


Penny Dreadful, c’est la petite série fantastico-horrifique de l’été à l’esthétique prononcé dont le résumé sonne comme La ligue des Gentlemen Extraordinaires mais qui s’avère bien moins catastrophique.

C’est aussi dans l’ordre : une promesse, une déconvenue saupoudrée de perplexité et enfin du contentement.

Je m’explique.

Penny Dreadful s’annonce a priori simple : Monsieur Murray cherche sa fille, il est aidé de Miss Ives, et le duo est bientôt rejoint par Ethan Chandler, tireur d’élite dans les foires, et Victor Frankenstein (oui, LE Frankenstein).

La quête principale est finalement très monotone : de lieu en lieu, le groupe cherche, ne trouve pas, continue. La « fin » de la quête est elle aussi assez décevante, il me semble même m’être entendu dire « Tout ça pour ça ? ».
Les intrigues secondaires m’ont plus intéressé ; la romance maladive d’Ethan Chandler/Brona Croft, la présence de Dorian Gray (oui, LE Dorian Gray) dont on contemple d’ailleurs plus d’une fois l’anatomie.
Ce personnage qui m’a paru assez inutile de prime abord a fini par trouver sa place, bien que j’espère, pour la seconde saison, un rôle plus actif pour celui-ci. Mais l’intrigue qui m’a le plus accroché, c’est celle de Frankenstein et de sa créature ; magnifiques interprétations, rapports compliqués,… j’en redemande.

Penny Dreadful c’est aussi (et surtout ?) un super casting : Eva Green (époustouflante, bien qu’un brin too much parfois), Josh Hartnett (sobre et avec un personnage un peu fade mais prometteur), Timothy Dalton, Harry Treadaway (pas le plus connu mais assurément le plus maquillé),…

Et pour finir, une ambiance très bien retranscrite, très sombre, parfois sanglante, qui sonnerait presque vraie. Bref, la réalisation n’est pas affaire d’amateurs. La bande-annonce donne un très bon aperçu d’ailleurs.

Pourquoi tout ceci ne suffit-t-il pas à susciter un fort engouement ? L’intrigue, surtout. C’est bien joué, tout est très bien mais ça manque de quelque chose. De souffle, de dynamisme, de bases solides. Ça traîne trop par moments, ça manque de lien entre les personnages,…. Bref, l’empathie a un peu de mal à se faire une place dans tout ça. En espérant un mieux dans la saison 2 l’année prochaine.

Halt and Catch Fire

Créateurs : Christopher Cantwell & Christopher C. Rogers
Acteurs : Lee Pace, Mackenzie Davis, Scoot McNairy, Kerry Bishé, Scott Michael Foster,…

Statut : en cours
Nombre de saisons : 1 (10 épisodes)

Résumé : Au cœur des années 80, au Texas, un visionnaire, un ingénieur et un prodige spécialisés dans la micro-informatique confrontent leurs inventions et innovations aux géants de l’époque. Leurs relations sont alors mises à rude épreuve, entre convoitises, jalousies et crises d’égo… (source: Allociné)


 Autre série de l’été. Cette fois-ci dans l’informatique des années 80. Oui, je sais, ça fait rêver.

Tout se passe dans une société fictive et un projet « fou » : créer un ordinateur portable (de moins de 7 kilos s’il vous plaît !). L’enrobage de la fiction, lui, est bien réel : C’est le tout-puissant IBM, ce sont les noms de Steve Jobs, Bill Gates, Xerox,… qui flottent dans les airs.

Ça sonne comme une série pour les geeks ? Pas vraiment.

Halt & Catch Fire c’est une série dramatique avant tout. C’est du conflit, des tensions, des heurts, des engueulades, des cris et de la manipulation à gogo. Ce sont des personnages aussi.

Joe MacMillan (Lee Pace), commercial aussi mystérieux que manipulateur en provenance d’IBM, Gordon Clark (Scoot McNairy, à connaître), ingénieur terne mais génial, Mackenzie Davis, punkette à chats, queen of the nerds et développeuse (ou codeuse ? ou programmatrice ?) de génie. Les trois mousquetaires en somme, avec Donna Clark (Kerry Bishé, vue dans Scrubs) la femme de Gordon, qui dans l’ombre entre popote à la maison et circuits imprimés au boulot, aide son mari.

Ce qui aide à garder une tension permanente dans cette saison c’est son fil directeur : Créer un PC portable à temps pour le COMDEX (salon informatique apparaissant comme une sorte de Mecque du PC) ou couler. Bref, chacun lutte pour sa survie. Et vu les forts caractères des protagonistes, ça ne va pas tout seul, loin de là.
La série a aussi trouvé un équilibre entre ses 4 personnages principaux, deux femmes, deux hommes, tous essentiels.

Alors oui, on ne pige pas toujours tout le vocabulaire technique, mais ça ne gêne pas l’immersion. De même, je n’ai pas crié au génie à chaque épisode. Mais l’ambiance 80s qui règne, l’environnement informatique + la tension environnante font que ça fonctionne. Mais apparemment pas pour tout le monde vu les audiences. Ce qui n’empêche pas une future saison 2.

Au fond, même si il n’y avait eu qu’une saison, peu importe, c’était cool.

 

Autre critique : Tix de Pensées Critiques

 

 

Jimmy’s Hall

Réalisateur : Ken Loach

Acteurs : Barry Ward, Simone Kirby, Andrew Scott,…

Résumé : 1932 – Après un exil de 10 ans aux États-Unis, Jimmy Gralton rentre au pays pour aider sa mère à s’occuper de la ferme familiale.  Suite aux sollicitations des jeunes du Comté de Leitrim, Jimmy, malgré sa réticence à provoquer ses vieux ennemis comme l’Eglise ou les propriétaires terriens, décide de rouvrir le « Hall », un foyer de jeunesse gratuit et ouvert à tous où l’on se retrouve pour danser, étudier ou discuter. Mais l’influence grandissante de Jimmy et ses idées progressistes n’est pas du goût de tout le monde au village. Les tensions refont surface. (Source : Allociné)

Bande-annonce


A moins d’une complication inexplicable, il était fort probable que j’aime Jimmy’s Hall. Le seul vrai suspense était de savoir comment, pourquoi, pour qui et en combien de temps.

Avant tout, Jimmy’s Hall est authentique, tout y sonne juste, tout respire cette Irlande des années 30 complètement déchirée, qui n’aspire pour une partie de sa population qu’à s’en remettre et pour une autre à  foutre encore un peu plus le dawa dans la baraque.

C’est aussi des personnages qui refusent la domination, de se plier aux médiocres et aux règles moyen-âgeuses. Qui se battent malgré un jeu en leur défaveur. Pour toutes ces raisons, Jimmy’s Hall a ces moments qui en viendraient presque à coller des frissons. Presque, car un manque d’émotion se fait sentir par moments pour cause de scènes convenues ou trop timorées.

L’ambiance est là, la réalisation est clairement maîtrisée (en même temps, c’est pas Jo le clodo aux commandes…) et le casting est excellent. Excellent et anonyme (pour moi en tout cas), et mine de rien, un film où je ne connais (quasiment) personne c’est agréable. Ca aide à ne voir que les personnages.

J’aurai quelques petites regrets toutefois. Un manichéisme sur ses personnages divisés entre gens biens et ouverts, qu’ils soient simple pécore ou communiste éclairé et abrutis rétrogrades. Seul « Moriarty » tire sur le gris.

Finissons sur une note positive. J’ai aimé ce lieu qui cristallise les rêves des uns et les conneries des autres. Car si le Jimmy’s Hall est au centre du film, il ne fait que mettre en lumière un mal-être général (et un paradoxe délicieux… Celui de renvoyer les communistes aux États-Unis^^).

Et maintenant, le bordel de fin de critique : Bon film, tout plein d’humanité (pour le meilleur et pour le pire). Mais trop timide à mon goût. Bons acteurs. Bonne musique. Bons paysages. Et, y a pas à dire, l’Irlande c’quand même un beau pays. J’ajouterai quand même que si les événements du film déchaînent les passions de ses personnages, j’ai eu l’impression d’en manquer pour en parler. En espérant que Jimmy’s Hall ne soit pas le dernier film de Ken Loach, comme annoncé.

Boyhood

Réalisateur : Richard Linklater

Acteurs : Ellan Coltrane, Ethan Hawke, Patricia Arquette, Lorelei Linklater,…

Résumé : La vie du jeune Mason de l’âge de six ans jusqu’ à sa majorité, vivant avec sa sœur et sa mère, séparée de son père. (Inspiré du synopsis d’Allociné)

Bande-annonce


Poussé par l’originalité du projet, Boyhood était un passage quasi obligé.

Bilan de ce 12 years a boy ? Bof, bof.

Un projet sur 12 ans avec les mêmes acteurs, c’est inédit (à ma connaissance), original, intéressant… bref ça interpelle. Richard Linklater semble aimer les projets sur le long terme, en témoigne sa saga « Before » avec Ethan Hawke et Julie Delpy (pas vue par contre, des avis ?).

Le quotidien d’une famille, ça ne fait pas rêver mais après tout le sujet ne fait pas tout, il suffit de voir Le rôle de ma vie, dans un registre différent certes.

Et à voir, c’est effectivement intéressant. Voir d’une scène à l’autre Mason grandir, changer, de même que sa sœur, ses parents,… c’est amusant. Sauf qu’amusant, ça ne remplit pas 2h45 de film.

Boyhood, c’est un garçon qui grandit, passe d’enfant à ado, d’ado à jeune adulte. Voilà. La famille est recomposée, on peut donc voir maman avoir de nouveaux copains/maris qui finissent invariablement par s’avérer être des connards. Papa, qui est assez sympathique au début surtout finit par être, et je le cite « chiant et castré ». Pour le reste, toutes les « étapes » y passent ; les premières fêtes, les flirts, la discussion sur le sexe,… Qui a dit cliché ? (bon, j’exagère là, cet aspect du scénario ne m’a pas du tout gêné).

La vie passe, les gens changent. Voilà ce qui est filmé par Richard Linklater. Sans vraiment rien ajouter de plus. Boyhood m’a plus fait penser à un documentaire qu’à ces comédies dramatiques indépendantes qui arrivent à sublimer le quotidien. La réalisation paraît ainsi assez lisse, voire absente. Le montage, par contre, est excellent. Les scènes séparées par les années coulent toutes seules (12 ans résumés en presque 3 heures, il y a du défi !).

L’interprétation est aussi assez décevante. Je ne parlerai pas de Patricia Arquette et Ethan Hawke qui font le job mais plutôt des 2 gamins/ados dont une est la fille du réalisateur. Petit à petit, l’acteur jouant Mason m’a perdu. Toujours à marmonner sous son air lent et stone, c’est vite devenu insupportable. La psychologie peu développée du personnage m’a aussi empêché un quelconque attachement. Absence d’attachement qui est devenue claire à la troisième fois où j’ai regardé ma montre.

Pourtant Boyhood n’est pas mauvais, pas du tout. Mais mis à part sa spécificité, je n’ai pas trouvé grand-chose ; trop long, scénario peu intéressant. Dommage. Alors, oui il filme « la vie », mais d’un film j’attends plus que simplement ça. Je comprends mieux ce résumé qu’on trouve partout « Chaque année, durant 12 ans, le réalisateur… »… Euh, et l’histoire ? Ben, l’histoire elle est chiante ennuyante. Comme la vie ?^^ (Hmm, peut-être est-ce le message du film finalement ?)

C’est assez paradoxal mais  je trouve que le film manque d’ambition alors que ce projet sur 12 ans est d’une ambition assez géniale. Et puisqu’on est dans le paradoxe, je le conseillerais quand même, ça reste un beau projet à découvrir.

Prisoners

Réalisateur : Denis Villeneuve

Acteurs : Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Maria Bello, Melissa Leo, Paul Dano,…

Synopsis : Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l’irréparable… (Source : Cinétrafic)

Bande-annonce

Dans les films, si on aime que la force soit mise au service du juste, c’est parce qu’on aime la force, pas le juste. Pourquoi préfère-t-on les histoires de vengeance aux histoires de pardon ? Parce que les hommes ont une passion pour le châtiment. Voir le juste frapper, et frapper fort est un spectacle dont on ne se lassera jamais et qui ne crée aucune culpabilité.  Tonino Benacquista. Malavita

C’est le passage du livre Malavita (dont je vais aller voir l’adaptation très très bientôt et dont j’attends beaucoup beaucoup) qui m’est venu à la sortie du film (oui, quand je sors du ciné, des passages de livre me viennent à l’esprit,… c’est un don, qui suis-je pour lutter contre ça ?).

Bon, plus sérieusement (car le sujet n’invite pas à la poilade généralisée), Prisoners est un de mes meilleurs films 2013. Venant du réalisateur d’Incendies (un autre film à voir. Et oui j’aime les parenthèses), il aurait été étonnant de devoir se contenter d’un thriller basique.

Car Prisoners est tellement (tellement) plus que ça. Le pitch est très simple ; deux petites filles sont enlevées. La police est sur le coup (« Écoutez, laissez la police faire son travail, dès que j’aurai de plus amples informations croyez bien que vous en serez les premiers informés » comme dirait le commissaire Bialès), mais l’enquête n’avance pas vite et le père d’une des deux prisoners décide de prendre les choses en main. C’est à partir de là que le film prend toute son ampleur et dévoile un drame psychologique d’une complexité et d’une richesse qui n’ont d’égal que l’excellente construction du scénario.

La question du film (entre autres choses) est de savoir si on fait confiance à la justice des hommes. Clairement, dans le cadre du personnage de Hugh Jackman, pas du tout. Le personnage est de toute façon assez particulier, religieux, survivaliste, très carré. Ce qui n’empêche pas de pouvoir s’identifier à lui. La religion est d’ailleurs présente dans le film mais suffisamment discrète pour ne pas détourner le propos. Il s’agit aussi pour Denis Villeneuve de brouiller un maximum la frontière entre victime et bourreau. C’est clair pour certains personnages et beaucoup moins pour d’autres. Bref, ça aborde et ça questionne la morale, l’humanité, la foi, les limites de chacun,…

Je l’ai déjà mentionné, mais je le redis, Prisoners est l’excellent aboutissement du suspense et du psychologique. Et réussit à être captivant durant 2h30, avec un pic d’adrénaline sur la fin qui a dû me faire louper un ou deux battements de coeur. Niveau suspense, les pistes et suspects se succèdent, à charge de l’inspecteur Loki de s’y retrouver entre deux tics nerveux. On peut avoir l’impression de brouillon dans les pistes mais…
La partie psychologie et toutes ses facettes sont, elles, représentés par les différents personnages et leurs réactions. Je n’en dis pas plus, mais chaque personnage a son utilité.

Évidemment, le personnage le plus ambiguë, extrême et (donc) intéressant est M. Dover (Hugh Jackman). Sa fille est enlevée, il ne veut pas rester chez lui à regarder les news. On peut comprendre. Il décide donc d’agir, à défaut de toujours réfléchir. Ca aussi, on peut comprendre. Mais pas tout non plus. Faut dire qu’il y va plus avec la tête du marteau qu’avec le dos de la cuillère.

En parler sur des pages serait vain (et ennuyeux) mais Prisoners réussit à s’inscrire dans la lignée des meilleurs thrillers américains et à y apporter beaucoup (dont la petite touche canadienne). Bon courage aux réalisateurs qui voudront s’attaquer aux histoires d’enlèvement à l’avenir.

J’expédie en vitesse tout le talent du casting, de Hugh Jackman, Jack Gyllenhaal, Paul Dano, Melissa Leo,…
Et je mentionnerai enfin la nécessité de revoir le film pour bien comprendre toutes les pièces du puzzle (ce qui n’empêche pas de comprendre et aimer le film dès le premier visionnage).
J’ajouterai tout de même, pour ceux qui aimeraient quand même savoir les défauts du film, que je n’en ai pas vraiment trouvé.