Au cœur de l’océan

Titre originalIn the Heart of the Sea

Réalisateur : Ron Howard

Acteurs : Chris Hemsworth, Ben Wishaw, Brendan Gleeson, Cillian Murphy, Benjamin Walker, Tom Holland,…

Synopsis : La survie en haute mer des rescapés d’un baleinier détruit par un cachalot, en 1820. Une histoire qui inspirera celle de « Moby Dick » à Herman Melville. (Source : Allociné)


 

Au cœur de l’océan ou le film adapté du livre relatant l’histoire vraie qui a inspiré Moby Dick (le remake dans quelques années ? Avec une trilogie préquelle si Disney a racheté le studio entre-temps ?)

On ne va pas se mentir, avec une histoire comme celle-là, il y avait l’assurance de grand spectacle. Et grand spectacle il y a. Ron Howard, qui n’est pas le dernier des incompétents, sait clairement filmer la mer, les bateaux et les jolies baleines. Ou filmer tout court. On sent un certain goût du gros plan sur les petits détails, c’est sympa, ça surprend. Le monsieur est à l’aise avec les scènes d’action comme avec les scènes de calme plat, utilise complètement le bateau, la mer et tout le reste, bref il s’applique et ça fait plaisir. Sur la réalisation, rien à dire.

Mais tout comme Ron Howard est le réalisateur de Willow mais aussi de Da Vinci Code, le film a ses bons et ses mauvais côtés.

Au cœur de l’océan manque de tous les éléments qui font qu’on pourrait éventuellement sentir la larme pointer au coin de l’œil. Ça manque d’émotion, de développement des personnages (les relations entre le capitaine et le second sont tellement teintées de manichéisme que ça en devient gênant, où est passé l’intensité de l’affrontement de deux fortes personnalités ?) et la baleine ne souffrait d’aucun défaut jusqu’à sa dernière scène à la Flipper/Willy. Citons enfin des effets visuels inégaux (beh oui, des effets spéciaux réussis, ça peut faire pleurer de joie. Non, personne ?).

On est quand même sur une histoire vraie qui parle de cannibalisme, de mort et de marins badass. Et finalement, tout ce que je peux en dire, c’est que c’est bien filmé, très joli, les acteurs sont sympas mais le tout manque de spontanéité, de mal-être, de subtilité, de sang (punaise, y a du cannibalisme normalement, et là on voit seulement des os très blancs qui pourraient éventuellement être ceux d’êtres humains), bref Au cœur de l’océan reste finalement trop lisse. Agréable. Mais lisse.

Heureusement, les 2h passent plutôt bien et ce, grâce au découpage en deux temps ; chasse à la baleine/radeau de la méduse, malgré un deuxième temps plus faible. Les scènes d’intro et de conclusion, quant à elles, méritent à peine d’être mentionnées pour cause d’insipidité. En fait, tout ce qui ne rentre pas dans le champs bateau vs baleine reste finalement assez anecdotique.

Au final, à voir, pas à voir, à voir chez soi, à voir au cinéma ?

Au coeur de l’océan est sans conteste une réussite au niveau film d’aventures grand spectacle avec une réalisation inspirée. Il est juste dommage que le scénario ne suive pas.

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Ce qu’il advint du sauvage blanc

Auteur : François Garde

Sortie : 2013
Éditeur : Gallimard (Folio)

4e de couverture : Au milieu du XIXe siècle, Narcisse Pelletier, un jeune matelot français, est abandonné sur une plage d’Australie. Dix-sept ans plus tard, un navire anglais le retrouve par hasard : il vit nu, tatoué, sait chasser et pêcher à la manière de la tribu qui l’a recueilli. Il a perdu l’usage de la langue française et oublié son nom.
Que s’est-il passé pendant ces dix-sept années ? C’est l’énigme à laquelle se heurte Octave de Vallombrun, l’homme providentiel qui prend sous son aile à Sydney celui qu’on surnomme désormais le « sauvage blanc ».

Choisi pour l’opération Masse Critique de Babelio (que je remercie une fois de plus) grâce à son scénario Robin Crusoé/L’Enfant Sauvage, plus la curiosité de lire un Goncourt (même du premier roman), j’ai déchanté sur les premières pages. Extrêmement classique, j’ai très vite eu peur de m’ennuyer.

Le classicisme du style est cohérent avec l’histoire qui se déroule au XIXe siècle, et la moitié du livre est d’ailleurs écrite à la première personne par un scientifique. Ça se comprend donc. Et au final, ça s’apprécie aussi. Tout en donnant l’impression d’un livre terriblement sage, la raie sur le côté et les chaussettes remontées jusqu’aux genoux.

La construction est aussi très basique avec une alternance de points de vue.
D’abord, les débuts du naufragé et de son acclimatation à la vie indigène. Écrit à la troisième personne, parlant du naufragé par un « Il » très impersonnel puis par son prénom au bout d’un certain temps. Pas super folichon, et surtout très lassant passé quelques chapitres. D’autant plus quand on s’aperçoit que la situation et le personnage n’évoluent pas. Ah si, sur les derniers chapitres. Pour tout dire, j’attendais toujours avec impatience le chapitre suivant. Le souci, c’est que le personnage est très passif et ne fait qu’observer sans réfléchir. Que Robinson Crusoé m’a manqué…

Ensuite, les lettres rédigées par le scientifique bon samaritain qui s’occupe du naufragé. Pour moi, les chapitres les plus intéressants. D’abord, parce que contrairement aux autres, ceux-ci introduisent autant de réflexion que de factuel. C’est parfois assez artificiel, surtout quand l’auteur résume sa dernière rencontre avec le destinataire des lettres « Vous m’avez dit que…, puis vous avez fait telle chose… » Super. Sur la fin du livre, le procédé s’essouffle.

Non, je rectifie, l’histoire s’essouffle. Un peu la saison de trop pour les sérivores. Le scientifique a tiré tout ce qu’il a pu du sauvage blanc (c’est-à-dire peanuts), chacun fait sa vie ou ce qu’il en reste et il y a comme un léger flottement. Dommage de finir là-dessus. Inspiré d’une histoire vraie n’excuse pas tout non plus.

Le Majordome

Réalisateur : Lee Daniels

Acteurs : Forrest Whitaker, Oprah Winfrey, Cuba Gooding Jr, David Oyelowo, John Cusack, Terrence Howard, Lenny Kravitz, James Marsden, Alan Rickman,…

Synopsis : L’histoire vraie d’un majordome à la Maison-Blanche, qui fut le témoin privilégié des bouleversements politiques et des grands événements historiques, durant ses trente années de service auprès de sept présidents différents.(Source : Allociné)

Bande-annonce

Pas convaincu du tout par Le majordome.

L’idée d’un homme neutre, au plus proche du pouvoir, qui traverse l’Histoire est intéressante. Ça a fonctionné dans Forrest Gump après tout. Mais… pas ici. 30 ans d’Histoire, il fallait aussi trouver un fil directeur. Ce sera celle des afro-américains. Pourquoi pas après tout, il y a tant à dire. En 2h10, il y avait le temps de bien traiter le sujet en plus.

Pesons les pour et les contre.

Dans les pour, il y a le talent de certains acteurs : David Oyelowo (le fils du majordome), les acteurs incarnant les présidents, et Forest Whitaker bien qu’il semble moins inspiré que dans Le dernier roi d’Ecosse. On a aussi l’histoire du fils du majordome qui côtoie James Lawson, Martin Luther King, les Black Panthers, se retrouve impliqué dans divers événements,… (ça fait beaucoup au final, mais il fallait sans doute qu’un perso puisse être le catalyseur de la lutte pour les droits,…)

Dans les choses qui m’ont gêné, citons : Oprah Winfrey qui aurait mieux fait de rester sur ses plateaux télé (ben oui, acteur c’est un métier. Suffit pas de jouer une alcoolo pour livrer une performance). Son personnage (ma femme du majordome), n’est pas mieux : Inintéressante et surtout beaucoup trop mise en avant. On voit énormément Madame mais chaque président ne sera que très peu sur le devant de la scène. J’imagine bien qu’il y ait une volonté de parler autant de l’Histoire que de l’histoire du personnage mais là y a un p’tit problème d’équilibre. Lenny Kravitz est aussi très transparent, de même que les amis/voisins du Majordome. C’était sympa de vouloir parler des petites histoires du quotidien, mais autant le faire bien.

Le problème du Majordome c’est une combinaison entre un manque de subtilité, de dynamisme et d’équilibre. On nous balance les événements historiques entremêlés de drama familial, mais ça ne prend pas. On voit bien toutes les ficelles ; du fils aîné en conflit avec papa (en mettant le fils cadet totalement de côté jusqu’à ce qu’on lui trouve une utilité), à Madame qui a ses propres problèmes jusqu’aux (vagues) tiraillements éthiques du Majordome.

Le métier même est intéressant et permet une approche originale. Côtoyer les puissants, tout entendre mais rester un témoin impassible. Il y a bien sûr ces petites conversations avec les présidents qui débouchent sur des discours/décisions historiques (histoire de bien faire comprendre le lien) mais tout est trop mécanique.

Le thème de la lutte pour les droits des noirs aux Etats-Unis est un sujet connu et reconnu. Ce qui oblige les films à avoir un « p’tit truc » en plus si ils veulent se démarquer. Ici,l’approche est très bonne mais tout le reste pâtine et ne dégage aucune émotion, même les décors sont trop propres (je ne parle pas que de ceux de la Maison Blanche. Rien que la première scène sur les parents du Majordome, qui devrait prendre aux tripes ne prend que du temps ou la dernière scène avec Mr & Mme Majordome.

Bon, on va dire que je suis trop négatif, il y a de bonnes choses dans ce film. D’ailleurs, je ne dirais pas que c’est un mauvais film. Juste un film avec de bonnes intentions et de bonnes idées mais qui se focalise tellement sur son message qu’il met de côté tout le reste. Un sujet puissant c’est bien mais ça ne fait pas tout. Dans ce cas, ça fait surtout un film très convenu qui manque d’émotions sur l’ensemble. Il y a de bonnes scènes qui, elles, sont pleines d’émotion et savent la doser. Mais il n’en reste pas moins qu’il ne s’agit définitivement pas de la grande fresque historique que j’espérais.

Ah si, un autre point positif quand même. Je me suis amusé de voir les divers présidents, la ressemblance président/acteur, leurs mimiques, leurs comportements,… Sauf qu’on ne les voit pas beaucoup.

Terminer sur Obama c’était aussi couru d’avance. Y consacrer 15 minutes, c’était un chouilla trop. Balancer un « Yes, we can » avant le générique,… c’est juste pas possible.

Edit : Désolé pour la tartine ! 😉

Hannah Arendt

Réalisateur : Margarethe von Trotta

Acteurs : Barbara Sukowa, Axel Milberg, Janet McTeer, Julia Jentsch, Ulrich Noethen, Michael Degen,…

Résumé : 1961- Hannah Arendt, philosophe juive allemande respectée, est envoyée à Jérusalem par le New Yorker pour assister au procès d’Adolf Eichmann, criminel de guerre nazi responsable de la déportation de millions de juifs, et accouche d’un concept, la banalité du mal qui provoque l’ire des rescapés de la Shoah. Son obstination et l’exigence de sa pensée se heurtent à l’incompréhension de ses proches et provoquent son isolement. (Source : Wikipédia)

Bande-annonce

Il est des films qu’on va voir pour se vider la tête et d’autres pour la remplir. Mais que ce soit l’un ou l’autre on attend toujours de passer un bon moment.

C’est le cas avec Hanna Arendt, mais (quoi, un « mais » qui arrive aussi tôt !) le film s’enferme dans un classicisme tel, qu’on voit les 2h passer.

Le propos est toujours là, intéressant d’ailleurs, quoique légèrement différent de ce que j’attendais. Je pensais avoir affaire à une levée de boucliers sur la théorie de la banalité du mal, prenant pour point de départ le procès d’Eichmann. Hanna Arendt le décrit plus comme un bureaucrate qui ne pensait pas qu’un véritable nazi. Mais les réactions très fortes de la communauté juive sont plutôt sur le fait que la philosophe a mis en cause le rôle de leaders juifs dans l’importance des nombre de victimes de l’Holocauste. Le contenu est le même, mais j’ai trouvé le message brouillé.

Je ne vais pouvoir aborder que le fond car là où le film pêche (de mon point de vue évidemment) c’est sur la forme. Tout est très propre, terriblement classique, aucun acteur n’est spécialement éblouissant (Barbara Sukowa est excellente ceci dit) et le montage est même assez décevant. Ce manque de prise de risque, de traitement même légèrement original fait que le film ne me restera sans doute plus en mémoire dans quelques…allez… années.

Un film comme celui-ci a pour but, je pense, de permettre à chacun d’aborder cette période de la vie d’Hanna Arendt et la théorie développée par celle-ci. Seulement, j’aurais aimé plus de développements, plus d’explications sur certaines choses (par exemple sur quoi, concrètement s’appuie-t-elle pour mettre en cause des leaders juifs) et moins sur d’autres (sa relation avec Heidegger, mal mise en valeur).

Le contenu du film est bien sûr intéressant, et il est particulièrement fort sur la… susceptibilité qui peut accompagner toutes les réflexions (ou autres) qui peuvent être faites de l’Holocauste et de ses conséquences. On a vite fait d’être taxé d’antisémite, encore aujourd’hui, et d’autant plus à l’époque. Là-dessus, le film touche juste.

Hanna Arendt se situe aussi dans un cadre privé. Ce sont les réactions de l’entourage d’Hanna Arendt que l’on a. Les réactions extérieures seront expédiées en quelques coups de fils vite interrompus, et quelques piles de lettres. A l’inverse, le développement est fait sur les amis qui restent des amis, ceux qui s’éloignent car trop butés sur des convictions qui ne reposent que sur des préjugés et… Hum. Bref, le film ne permet pas de développer tout le contexte historique pourtant révélateur le plus souvent de certaines réactions.

Hanna Arendt est sympathique (le film hein. Je ne me permettrais pas de jugement sur la personnalité de la philosophe !) mais j’en attendais plus que ça. Un petit documentaire d’1h serait aussi bien, voire plus instructif. Et aurait l’avantage de ne pas « mentir », dans le sens où sur les réactions, les comportements, relations entre les personnages, même si le tout est documenté, on reste dans une certaine interprétation. Ca dérange ou pas bien sûr, mais lorsque le film se déroule avec un angle plus privé, cette interprétation peut être un peu plus gênante.

Je suis tout de même bien content de l’avoir vu, le film reste tout de même agréable et instructif. Le monologue d’Hanna Arendt, à la fin, particulièrement prenant. On voit que ses détracteurs restent de toute façon sur leurs positions mais qu’à l’inverse, les étudiants sont prêts à… penser, tout simplement.

Week-end royal

Week-end royal afficheRéalisateur : Roger Michell

Acteurs : Bill Murray, Laura Linney, Samuel West, Olivia Colman, Elizabeth Marvel, Olivia Williams, Elizabeth Wilson,…

Synopsis : Juin 1939, le Président Franklin D. Roosevelt attend la visite du roi George VI et de son épouse Elizabeth, invités à passer le week-end dans sa propriété à la campagne. C’est la première visite d’un monarque britannique aux Etats-Unis. (Source : Allociné)

Bande-annonce

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Les présidents américains sont à l’honneur en ce moment. George VI aussi d’ailleurs. En gros, les biopics sont un genre apprécié.
C’est cette fois Roosevelt (Franklin pas Theodore) qui est ici interprété par Bill Murray, très bon dans son rôle de président aimé et blagueur. Laura Linney est tout aussi convaincante en tant que Daisy, la cousine (au 5e/6e degré) et amie très (très) proche de Roosevelt qu’elle côtoie lorsque celui-ci se trouve dans la maison familiale des Roosevelt.

 

Au-delà de la relation entre Roosevelt et sa cousine, le film se concentre sur le week-end historique passé par George VI et Elizabeth dans cette maison familiale des Roosevelt. L’occasion de parler des relations anglo-américaines, du manque d’assurance de Georges VI, roi débutant et bégayeur vétéran (mais ça, tous ceux ayant vu Le Discours d’un Roi le savent) et de la relation entre Georges VI et Roosevelt (n’ayant rien à voir avec celle entre ce dernier et sa cousine bien sûr). Petite histoire et grande Histoire dans un même film.

Week-end royal arrive finalement à bien mélanger et équilibrer les deux trames. Bill Murray sert de lien entre les deux, et comme à son habitude fait ça très bien (bon, j’avoue avoir attendu plus d’extravagance mais passons).De son côté, Samuel West (Georges VI) n’a, évidemment, rien à voir avec Colin Firth et livre un Georges VI très différent (certain(e)s diront moins classe) mais ne démérite pas, loin de là. Pas forcément facile de jouer un personnage avec un balai dans le fondement et qui se déride petit à petit au contact d’un Roosevelt des plus facétieux.

Moins de prestance donc, mais autant de justesse (Georgy est d’ailleurs tout aussi attachant). Les scènes du couple royal sont d’ailleurs parmi les plus réussies. Le rapport tradition anglaise/modernité américaine est aussi parmi les thèmes les mieux abordés.Eleanor (Roosevelt) et (la reine) Elizabeth ne sont pas en reste. Les actrices ne crèvent pas l’écran mais compensent par une sorte de… justesse dans la discrétion.

On ne trouve d’ailleurs pas d’acteur ou d’actrice particulièrement inoubliable (sauf Bill Murray, mais bon… c’est Bill Murray) mais chacun parvient à avoir ses bons moments qui le mettent d’une façon d’une autre en valeur. La scène de commérage de Georges et Elizabeth est d’ailleurs assez savoureuse (Saint Pothin, priez pour nous).

Mais au final, tout comme l’interprétation, la réalisation n’éblouit pas et reste trop sage. Il n’y a pas grand-chose à reprocher en soi mais le film souffre sans doute d’un léger manque de dynamisme et d’audace (bien qu’un film n’ait pas forcément à être très dynamique pour être réussi, il suffit de voir Die Hard 5). Bref, on (et par on, je veux bien sûr dire je) sort avec le sourire et le sentiment d’avoir passé un bon moment.

Un film bien sympathique, très agréable. Et voilà.

Lincoln

Lincoln afficheRéalisateur : Steven Spielberg

Acteurs : Daniel Day-Lewis, Sally Field, Tommy Lee Jones, Joseph Gordon-Levitt, Tim Blake Nelson, Jared Harris, David Strathairn,…

Synopsis : Le film raconte les derniers mois de la vie d’Abraham Lincoln, 16e président des États-Unis, assassiné en 1865, et surtout de son combat pour faire passer le XIIIe amendement de la Constitution, qui mit fin à l’esclavage dans tout le pays, avant la fin de la guerre de Sécession. (Source : Wikipédia)

Bande-annonce

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Lincoln : 12 nominations aux Oscars. A priori ce n’est pas rien, mais, comme nous le prouve le film, ça ne veut pas dire grand-chose.

Lincoln est un bon film. Pas exceptionnel, ni même excellent. Hélas pour Spielberg, il ne suffit pas de compter sur un personnage historique de grande envergure, un thème fort et un acteur de génie pour en tirer un chef-d’œuvre.

Lincoln a le mérite de montrer la facette politique de tous ces événements. Les batailles se déroulent à la Chambre des Représentants et non sur les champs de bataille (les scènes s’y déroulant font d’ailleurs partie des points forts du film). Lincoln s’axe ainsi plus sur la machinerie parlementaire, arrangements, magouilles,… avec un Lincoln, chef d’État plus que chef de guerre.

Impossible également de passer à côté de Daniel Day-Lewis, magistral et qui porte largement le film à lui tout seul.
Quant à ses collègues, Sally Field ne m’a pas vraiment convaincu dans son rôle d’épouse éplorée, Joseph Gordon-Levitt malgré tout son talent a hérité d’un personnage qui ne sert strictement à rien, Tommy Lee Jones assure sa part mais avec une certaine lassitude. Pour David Stratairn, Tim Blake Nelson ou même Jared Harris, rien à dire le job est fait.

Même si les films n’ont de point commun que l’époque, je ne peux m’empêcher de faire un parallèle avec Django Unchained. Ce dernier de part son rythme et son dynamisme mettait de fait en lumière les quelques longueurs qui pouvaient s’y glisser.
Lincoln a, au contraire, un rythme calme, sans pression (sans suspense non plus, étonnant non ?). Les longueurs se font du coup plus subtiles, ne cassant pas le rythme mais en faisant intégralement partie (je ne sais pas si je suis bien clair là…). On pourrait penser Lincoln « limité » par le genre du film historico-politique, mais ce serait trop facile. Il manque juste un quelque chose qui fasse du film plus qu’un bon divertissement de dimanche soir (pluvieux, un peu froid mais pas trop).

Au final, un film relativement éclairant sur cet événement historique (relativement, car compter sur le cinéma pour la rigueur historique serait utopique. Pour le reste, il y a le documentaire), une confirmation du talent de Day-Lewis et un bon moment de cinéma, mais sans plus.

Argo

Réalisateur : Ben Affleck

Avec : Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman, Alan Arkin, Clea DuVall, Victor Garber,…

Synopsis : En 1979, un responsable de la CIA charge un agent de libérer des diplomates américains cachés à l’ambassade du Canada à Téhéran en Iran suite à la prise de l’ambassade américaine à Téhéran. Cet agent monte de toutes pièces un projet de film et fait passer les diplomates pour une équipe de tournage venue faire des repérages pour un film de science-fiction intitulé Argo.

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Prendre un événement historique « mineur » se déroulant simultanément à la célèbre « crise iranienne des otages »  était une idée alléchante mais un peu périlleuse. On a vite fait d’être accusé d’anti-iranisme et de glorification de la nation américaine.

Seulement, Ben Affleck semble avoir tout du réalisateur intelligent (et talentueux, est-il besoin de le préciser). Le genre de réalisateur intègre qui ne tord pas les événements mais les romance (c’est un film inspiré d’une histoire vraie hein, pas un documentaire) et par-dessus le marché réussit à pondre un thriller parfaitement rythmé avec une dose d’humour là où il faut et quand il faut.

Argo alterne avec brio les moments de détente, de comédie même, avec des scènes de stress et de suspense maîtrisé. Le tout avec à disposition un background riche. Pas de manichéisme non plus ; Argo commence et termine le film par des images d’archives et une voix off expliquant la situation ; des minutes pour expliquer des années, simple et efficace. A ce niveau-là, Ben Affleck remplit le contrat. Après, je n’ai pas été creuser sur les détails, mais… ça ne m’intéresse pas et Argo n’est pas fait pour ça.

Le scénario propose également un croisement (réussi) entre Téhéran et Hollywood en faisant alterner les deux composantes géopolitique et « artistique ». Pour cette dernière, l’angle de la critique lucide sur les studios fonctionne (carrément) bien et se trouve servi par de bonnes répliques et deux acteurs en or. La scène de la lecture du scénario à la presse est, d’ailleurs, particulièrement réussie.

C’est aussi là une des forces du film. Un casting en or avec un Bryan Cranston, John Goodman, Alan Arkin, Ben Affleck des grands jours. Ce dernier sait d’ailleurs rester plutôt discret en évitant la surexposition et se cachant derrière une barbe de toute beauté.

Pour faire court ; réalisateur talentueux, scénario efficace, acteurs excellents et rythme irréprochable.