Une belle fin

Titre original : Still Life

Réalisateur : Uberto Pasolini

Acteurs : Eddie Marsan,… pis c’est quand même à peu près tout.

Synopsis : Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May a pour mission de retrouver les proches des personnes décédées sans famille connue. Malgré sa bonne volonté, il est toujours tout seul à leurs obsèques, à devoir rédiger leurs éloges funèbres… Lorsque son patron s’apprête à le licencier, John décide de redoubler d’efforts sur un cas qui va changer son existence et prouver qu’il n’a pas totalement dit son dernier mot. (Source : Allociné)


 C’est beau quand un film laisse exactement la même impression que son personnage principal. Sauf qu’ici, John May, est assez terne et aussi charismatique que la boîte de thon qu’il s’enfile à chaque repas (mais avec une tranche de pain de mie grillée, monsieur est audacieux). Bon je suis méchant d’entrée, mais le film s’en sort plutôt bien.

En gros, Une belle fin, c’est l’histoire d’un type qui a une vie pourrie et qui s’occupe de l’enterrement des autres gens qui ont eu une vie pourrie et dont la mort ne gêne l’entourage que par l’odeur. Heureusement, John May peut compter sur tout le soin et l’amour qu’il porte à son travail. Et heureusement, parce qu’à côté, il n’a strictement rien ni personne.

Ça aussi, c’est à l’image du film ; déprimant. Du début jusqu’à la fin. Une belle fin certes mais pas bien joyeuse quand même.

Le début du film pose bien la situation, on cerne le quotidien vide du personnage, son boulot triste (ah oui, il est chargé de s’occuper des enterrements des gens qui n’ont personne et essaie de trouver quelques proches pour y assister (pas beaucoup de succès de ce côté-là)) Et puis, élément déclencheur : « Mon pote, t’es viré, l’affaire que tu as actuellement (et qui concerne comme de par hasard quelqu’un qui habite en face de chez lui, dans le même type d’appartement, identification toussa toussa,…) sera la dernière. » Bim.

Et là, ça devient plus intéressant (pas que ça ne l’était pas avant mais ça bouge – un p’tit peu – plus disons). John May va donc voir tous les gens qui ont pu connaître le défunt et reconstitue la vie du type.

Bon, vous l’avez compris, en soi, le scénario ne casse pas trois pattes à un canard. L’anti-héros (très, très) solitaire, (très, très) organisé qui en apprend sur lui à travers la recherche sur quelqu’un d’autre, et qui petit à petit se déride et ose quelques petits trucs c’est du déjà vu. Heureusement à partir de l’élément déclencheur, le scénario bouge un peu plus.

Bref, assez de fond, que vaut la forme ? Ben c’est pas mal. Aucun vrai défaut, mais un manque d’épaisseur. Une comédie dramatique introspectivo-dépressive dans toute sa splendeur. Ce n’est pas mauvais du tout, loin de là ; bon acteur (les seconds rôles sont plutôt du genre invisibles), bande originale très agréable, bons plans, bonnes idées, bonne fin. L’esthétique est plutôt soignée. La réalisation s’agite aussi un peu plus à partir du moment où le personnage se réveille (Oooooh, comme c’est bien pensé).

Alors oui, c’est agréable sans être transcendant, ça peut aussi facilement coller le bourdon. Et malgré ses imperfections, ça reste un film touchant, qui dans le rapport qu’on entretient à la mort montre aussi celui qu’on entretient à la vie (blablabla, enfin, là c’est bon, je suis sûr que vous voyez quel genre de film c’est, surtout après avoir vu la bande-annonce que j’ai fait l’effort d’intégrer à l’article !).

Mais merde quand même, le gars de 45 piges qui vit comme un moine et ne bouffe que du thon en boîte avec une pomme en dessert, n’a aucun passe-temps, rien… ça sent le scénariste qui tape dans le tiroir à clichés.

Inherent Vice

Réalisateur : Paul Thomas Anderson

Acteurs : Joaquin Phoenix, Josh Brolin, Owen Wilson, Benicio del Toro, Reese Witherspoon, Jena Malone, Martin Short,…

Synopsis : Los Angeles, années 70. Doc Sportello, un détective privé addict à la drogue, se retrouve mêlé à une affaire de disparition. (Source : Allociné)


Inherent Vice est un film assez exceptionnel (oui, cette critique sera sur un mode « Inherent Vice, c’est cool », je précise car ce film semble donner des réactions « j’adore » ou « je déteste »).

Joaquin Phoenix est une fois de plus à 10 kms au-dessus de la mêlée, Paul Thomas Anderson a une maîtrise de la mise en scène assez folle, la photographie est léchée comme c’est pas permis, quantité de seconds rôles ne déméritent pas non plus, et pour finir Inherent Vice est une sorte d’hybride entre The Big Lebowsky, à peu près n’importe quel film des frères Coen (Fargo disons) et un concert de Woodstock.

Bref, c’est foutraque, cool, planant, souvent drôle. Mais… je n’ai pas compris la moitié du scénario. Dans les grandes largeurs si, mais après, définitivement non. Ça foisonne de personnages, de sous-intrigues, ça part dans tous les sens, avec juste un petit fil rouge autour d’une femme. Et lorsque le personnage principal, défoncé en permanence, semble tout comprendre mieux que moi, je m’interroge sur mes capacités intellectuelles. J’aurais sans doute pu faire un p’tit effort mais honnêtement, c’est le genre de film où je préfère me laisser porter jusqu’à la fin.

Le plus marrant, c’est que j’ai toujours été pris dans les fumées d’Inherent Vice. Comme si l’effet planant de ce film à l’ambiance si particulière déteignait sur la salle (bon, pas toute, au moins 3 personnes sont sorties durant le film). Je ne dis pas que sur 2h30 je n’ai pas eu 1 ou 2 moments hors de l’histoire mais globalement je n’arrive moi-même pas à comprendre comment Paul Thomas Anderson a réussi à faire un scénario aussi bordélique tout en maintenant mon attention.

Quoique ça a peut-être un lien avec cette ambiance hippie si bien portée à l’écran, toutes ces répliques complètement absurdes, ces personnages décalés et/ou crétins , cette narration particulière et cet art du dialogue. Et Joaquin Phoenix bordel de merde… (Bon, y a Josh Brolin qui est cool aussi mais bon. Joaquin Phoenix quoi !).

Envie de le revoir, de repartir pour un trip Inherent Vice. En branchant mon cerveau. Envie de revoir Joaquim Phoenix. Envie de me marrer à nouveau. Envie d’apprécier encore une fois le film. Même si je me suis senti un peu con de ne pas tout piger… Merde, c’était quand même très bon !

Men, Women & Children

Réalisateur : Jason Reitman

Acteurs : Emma Thompson, Adam Sandler, Judy Greer, Ansel Elgort, Kaitlyn Dever, Rosemarie DeWitt, Dean Norris,…

Synopsis : Décrit la vie de lycéens et de leurs parents.


 Men, Women & Children : 6e film de Jason Reitman (qui semble très prolifique en ce moment, Last Days of Summer étant aussi sorti cette année) et énième film-choral sur les relations entre adultes et entre adolescents, cette fois via Internet.

Le problème de films comme celui-ci, qui essaie à travers la vie de quelques familles, de dépeindre des problèmes universels, c’est qu’il vaut mieux éviter les clichés et les banalités. Ce que n’évite pas (totalement) Men, Women, etc…

La galerie de personnages est assez inégale dans son intérêt et ses nuances, mais reste globalement plutôt réussie. Il y a d’abord la fille anorexique qui n’a d’yeux que pour le connard n°1 du lycée, footballeur, bien évidemment. On aura aussi la pom-pom girl/mannequin et sa mère/photographe/webmaster/agent/(maquereau ?) avides de célébrité.
Nous continuons avec l’ado – lui aussi footballeur – amateur de vidéos porno « déviantes », au contraire de son père qui est plus sur un combo porno classique/prostituées et de sa mère qui est, elle, amatrice de rencontres d’un soir ou deux, par Internet of course. Bref, la famille heureuse et épanouie dont le seul rapport à Internet se résume au sexe. Pourquoi pas.

On a aussi droit au personnage le plus con de toute la création, incarné par Jennifer Garner qui répond à la connerie du personnage par l’insipidité de son jeu. L’idée de ce personnage est de fliquer sa fille sur l’intégralité de ses communications, à recevoir les messages de celle-ci pour les supprimer, la traquer par géolocalisation, éplucher son ordi durant des heures, imprimer 50 pages de transcription de chat,… A ce niveau-là, ce n’est plus un balai dans le cul, c’est toute la clique de l’apprenti sorcier. Et pour le coup, le personnage est tellement caricatural et intégriste qu’il ne sert à rien si ce n’est peut-être donner un peu de suspense à la romance de la fille avec un autre ado, à l’histoire familiale chargée et qui passe son temps à jouer à Guild Wars (ce que ne comprend pas le papa qui préférerait que fiston aille jouer au foot, blablabla).

Certains personnages sont intéressants car nuancés, d’autres sont clichés. Bref, le tout est inégal. Et c’est dommage car l’intégration des navigations internet, des conversations SMS, bref de toute la partie numérique est très bien retranscrite à l’écran, le montage entre les différentes familles est impeccable et le casting, Jennifer Garner excepté, est excellent. Même Adam Sandler est juste. C’est dire.

Men, Women & Children a vraiment du potentiel sur l’idée, il y a de bonnes choses, les 2h passent assez vite, l’idée de la voix off et son ton décalé fonctionne très bien, la mise en scène est agréable et esthétique, les dialogues sont globalement bons et déclenchent souvent des rires dans la salle.

Après… 80% de l’usage d’Internet est résumé au sexe/aux sites pro-ana ou aux jeux vidéo (bon, on est d’accord que voir quelqu’un faire une recherche, consulter ses mails ou regarder des vidéos sur Youtube c’est pas bien passionnant), Guild Wars, normalement MMORPG gratuit, devient payant durant une scène, et les amateurs de porno semblent ne pas connaître l’option « Navigation privée » de leur navigateur. Le film a même tendance à dégager une impression de cliché dès qu’Internet entre en jeu. Pas sur tout évidemment mais suffisamment pour ajouter de la perplexité au divertissement.

Si le film n’est pas un film sur Internet mais bien sur les relations sociales ; Internet ne change au final pas grand-chose mais amplifie des problèmes déjà existants, il manque quand même de consistance et de développement sur la durée. Jason Reitman a aussi tendance à un peu trop forcer le trait, trop expliquer, quitte à passer pour moralisateur et chiant ou passer rapidement sur certains aspects du scénario. De plus, l’inégalité qui ressort fait dire « C’était vraiment bien, mais… en fait non, c’est juste sympa parce que quand même y a ça qui… ».

Calvary

CALVARY

Réalisateur & scénariste : John Michael McDonagh

Acteurs : Brendan Gleeson, Chris O’Dowd, Kelly Reilly, Aidan Gillen, Marie-Josée Croze, Domhnall Gleeson,…

Synopsis officiel : La  vie  du  père  James  est  brusquement  bouleversée  par  la  confession  d’un mystérieux  membre  de  sa  paroisse,  qui  menace  de  le  tuer.  Alors  qu’il  s’efforce  de continuer  à  s’occuper  de  sa  fille  et  d’aider  ses  paroissiens  à  résoudre  leurs problèmes,  le  prêtre  sent  l’étau  se  refermer  inexorablement  sur  lui,  sans  savoir  s’il aura le courage d’affronter le calvaire très personnel qui l’attend.


« J’ai goûté pour la première fois au sperme quand j’avais 7 ans.¹ »

Calvary ne s’embarrasse pas de préliminaires, et dès la première réplique, annonce la couleur. On aura droit à un humour noir, cynique, des phrases chocs, qui, comme celle-ci déclenchent des rires parfois surpris dans la salle.

Première scène, un confessionnal. Le curé (Brendan Gleeson) apprend d’un paroissien que celui-ci compte le tuer dans une semaine pile. Ambiance, ambiance dans le petit village irlandais (paysages magnifiques, beau pays, toussa, toussa).

Suspense sur l’identité du mystérieux paroissien ? Oui, mais seulement pour le spectateur. Le curé, lui, a parfaitement identifié la voix et ça ne semble pas particulièrement le faire flipper. Quoiqu’un peu par moments lorsque celui-ci se rappelle violemment à son bon souvenir.

La tension, d’ailleurs, est assez inégale. D’un côté, elle revient, à intervalles réguliers, lorsqu’apparait à l’écran le décompte des jours qui passent, mais d’un autre, le personnage lui-même n’en est pas à s’en ronger les ongles jusqu’au sang.

Pour nous aider à passer le temps jusqu’au fameux dénouement (magnifique de tension), nous assistons au quotidien d’un curé dans son pittoresque village. Plus précisément, nous assistons aux visites de celui-ci à certains de ses paroissiens (le reste du village étant tellement mis au second plan qu’on se demande s’il s’agit d’un hameau ou d’un village).

Et là, parmi ses visites, on se rend compte à quel point ses paroissiens vont de complètement paumé à carrément barge : La femme adultérine – mais ça va bien au mari parce qu’ainsi sa femme est moins chiante -, le richissime ex-spéculateur financier, la fille suicidaire du curé, l’inspecteur gay, le gigolo exubérant, le collègue curé con-con et tristement terre-à-terre, le tueur cannibale (et j’en oublie volontairement),… pas moyen de s’ennuyer. D’autant que le curé a lui aussi son caractère, son humour noir et surtout sa franchise, mais ne verse pas autant dans le cynisme que ses paroissiens.

D’ailleurs, tout le monde est fantastiquement franc – « mystérieux » confessé du début excepté évidemment. Chacun a son avis bien arrêté, sur l’Église, sur l’utilité du curé dans leur vie, sur la morale, mais aussi ses doutes sur le monde qui l’entoure, avec des questionnements qui résonnent directement avec ce que vit l’Irlande.

Je reprocherai quand même deux, trois choses à Calvary. D’abord, l’impression d’un ensemble de scènes trop hachées et déconnectées les unes des autres : Le curé va voir machin puis le curé pêche puis le curé boit puis le curé va voir bidule,… Le tout manque de lien – heureusement qu’il y a cette menace qui plane. N’empêche que ça plombe un peu le rythme du film.

La galerie de personnages est, en revanche, un des points forts du film ; caustiques, attachants, ravagés et/ou très très désabusés, ils sont très réussis. Mais le scénariste en a aussi trop fait. Celui du médecin désabusé notamment est too much et redondant (dommage, parce que c’est quand même Littlefinger de Game of Thrones). Ou pas assez : je cherche encore une utilité au personnage du vieil écrivain.

Vite fait, deux ptits mots pour se diriger vers la fin : un sur le casting de rêve : Brendan Gleeson, Chris O’Dowd (dans un rôle dramatique !), Kelly Reilly, Domhnall Gleeson,… Y a du gros talent.
L’autre sur des couleurs, une photographie et des plans superbes qui apportent un vrai plus au film (même si, à deux trois moments, ça semble un brin forcé, avec un effet carte postale). Mixez ça avec des personnages hauts en couleur, et ça donne certaines scènes très réussies à tous les niveaux.

Calvary sort le 26 novembre (oui, le blog d’Ameni se lance dans les avants-premières. En espérant qu’il y en ait d’autres. Et oui, ceci est un appel !), mais ce film, malgré quelques petits défauts, reste très agréable, autant réussi sur l’aspect comique que dramatique. En fait, je n’ai pas grand-chose à reprocher au film (du moins rien qui ne fasse saigner yeux et oreilles).


¹ : Cette réplique est la première phrase prononcée par le confessé au confesseur. Aucun contexte n’est fourni, juste la volonté de choquer, à la fois le personnage et le spectateur.

Magic in the Moonlight

Réalisateur & scénariste : Woody Allen

Acteurs : Emma Stone, Colin Firth, Hamish Linklater, Marcia Gay Harden, Simon McBurney,…

Synopsis : Dans les années 20, dans le sud de la France, un Anglais, magicien, est appelé à à démasquer une medium, potentielle escroc… S’ensuivent des complications tant professionnelles que personnelles. (Inspiré du synopsis d’Allociné)


 

Le nouveau Woody Allen : Bon cru ou piquette de supermarché ? (et là, s’arrête l’analogie oenologique, j’y connais que dalle en vin).

Agréable, sympathique, tout à fait honorable, mignon tout plein, sans pour autant casser trois pattes à un canard.

Le film se résume (en gros) au duo entre le très classe et britannique Colin Firth (j’entends déjà les Hiiiiiiii Coliiiiiiiin) et la non moins charmante et délicieuse Emma Stone (là, je n’entends qu’un silence admiratif).

Magic in the Moonlight, qui partage déjà avec Minuit à Paris ce point commun d’avoir un titre qui commence par un M, se passe aussi en France. Mais dans le Sud cette fois. Et ce sera tout pour la géographie, ce n’est pas vraiment ce que j’ai le plus retenu du film. En gros, tout comme Paris, tout est très joli.

Magic in the Moonlight rejoint également Scoop et Le Sortilège du scorpion de Jade au club des films avec de la magie dedans.

Le magicien, ici, c’est Colin Firth à qui l’on demande de confondre une « médium » aka Emma Stone qui a élu domicile chez de riches pigeons. C’est l’occasion de confronter l’homme rationnel, qui pense qu’après la mort il n’y a rien, que toute démonstration magique peut être expliquée scientifiquement,… à ceux qui ont besoin de croire, tout simplement.

La thématique du film est intéressante, d’autant mieux mise en valeur que l’apôtre du rationalisme est très sûr de lui, égocentrique et, surtout, a la répartie facile ; ses très nombreux traits d’esprit font souvent mouche. Sa confrontation avec la charmante medium a le don de le tournebouler et de pimenter un peu l’histoire. Ces deux caractères forts, qui exercent déjà une attraction forte sur leur entourage, s’attirent irrémédiablement, malgré leurs différences (qui a dit d’âge ?) et l’alchimie fonctionne d’ailleurs parfaitement entre les deux. Heureusement vu l’importance du duo dans le scénario.

Sur ce casting principal, pari réussi. Impeccables, chacun joue sa partition sans fausses notes, à croire que les rôles ont été écrits sur mesure. Les répliques sont bien écrites, drôles, cinglantes, à croire que le scénariste a l’habitude de manier la plume… Magic in the Moonlight ferait d’ailleurs une très bonne pièce de théâtre.

Les personnages principaux monopolisent certes toute l’attention, mais deux, trois personnages secondaires réussiront à éveiller l’attention : la tante sympathique de Colin, le soupirant débile d’Emma.

Je me demande quand même si Magic in the Moonlight me laissera un grand souvenir. Sans doute pas. Trop repose sur les répliques (très travaillées, il faut bien l’avouer) et le duo gagnant. En dehors de ça, les scènes ont une tendance à se répéter et le changement de Colin Firth (mais quel changement ? Mystère) est trop brusque, trop caricatural pour y croire (même noyé dans cette légèreté qui n’excuse pas tout). De même que j’ai trouvé la fin brusque et bâclée.

L’ambiance est très soignée, que ce soit sur la photographie, les costumes, la musique (d’ailleurs sur la musique… chouette mais bon sang j’ai eu l’impression d’entendre le même morceau rétro durant tout le film), les paysages « carte postale »,… Soignée et proprette mais pas inoubliable.

Terminons sur une note positive : L’ensemble est léger, drôle, et parfois très bavard. Trop sans doute.
Re-terminons sur une note positive : En bref, c’est très sympathique et ça met bien en valeur Firth et Stone (oui, je n’écris que les noms de famille, j’ai moins l’impression de me répéter).

Le rôle de ma vie

Titre VO : Wish I Was Here

Réalisateur : Zach Braff

Acteurs : Zach Braff, Kate Hudson, Mandy Patinkin, Joey King, Pierce Gagnon, Josh Gade, Ashley Greene, Jim Parsons, Michael Weston, Donald Faison,…

Résumé : Pour sauver son couple, renouer avec son frère et rassembler toute sa famille autour de son père qui vient de tomber malade, Aidan devra tour à tour changer de mode de vie, délaisser son rêve de comédien et partir à l’aventure de la vie d’adulte (Source : Allociné)

Bande-annonce


Sous un titre français passablement mauvais, Le rôle de ma vie est en fait un Garden State bis. Et c’est un compliment.

On retrouve un personnage principal paumé, acteur raté et père de famille réussi (Zach Braff bien sûr). A la place de Nathalie Portman on trouvera Kate Hudson en épouse aimante mais malheureuse en boulot, un père malade (Mandy Patinkin à la place de Ian Holm, oui Zach Braff sait s’entourer), ses enfants, son frère aussi paumé que lui (quoique finalement, pas vraiment. Au fond c’est même le plus libre de tous… bref),…

On retrouve aussi les questionnements existentiels de Garden State. Et avec les 10 ans d’écart entre les films, les questions changent et restent les mêmes. Que faire de sa vie ? Faut-il poursuivre son rêve ? Comment les autres peuvent-ils compter sur moi si je ne sais pas qui je suis ? Ajoutons à ça la place de la famille, du bonheur, la religion, l’éducation, etc,… Wish I Was Here (titre VO) est assurément un film dans la plus pure tradition des comédies dramatiques indépendantes avec son lot de dialogues profonds, de situations banales et de personnages paumés. Et c’est ça qu’est bon.

La musique est toujours aussi bien choisie, le casting aussi, d’autant que chacun joue parfaitement bien son rôle. On retrouve d’ailleurs quelques têtes connues (Jim Parsons, Donald Faison,…). Un soin est apporté autant au scénario qu’à la réalisation ou à la photographie (bon, c’est vrai que Zach Braff a eu 10 ans pour tout penser, mais quand même), et de voir qu’auncun aspect du film n’a été laissé au hasard, ça fait bien plaisir. Le film cède peut-être parfois à la facilité ou à quelques longueurs, mais il n’en demeure pas moins très bon.

Contrairement à Garden State, car il y a quand même des différences – heureusement -, Wish I Was Here est plus imprégné de religion (la religion juive dans ce cas précis), donnant lieu à quelques situations sympathiques. Aidan Bloom n’est pas religieux pour deux sous tout comme son fils, sa femme mais contrairement à sa fille et son père. Bref, on trouve de tout pour tout le monde. Le recul de Zach Braff passe par l’humour et c’est pile ce qu’il fallait (ou ce que je voulais. Mais ça revient au même, non ?)

J’aurai aussi un léger regret sur la trop petite place et le sort du personnage de Michael Weston. Sort que je mettrai sur le compte d’une potentielle pudibonderie du frère co-scénariste de Zach Braff.

Alors oui, un Garden State bis  ou un post-Garden State mais en tout de même un brin moins bien peut-être. Question de génération ou  de situation familiale je pense. Wish I Was Here n’en reste pas moins simple et touchant.

Et si pour son troisième film M. Braff refait appel à KickStarter, ce sera un plaisir de participer.

L’écume des jours

Réalisateur : Michel Gondry

Acteurs : Romain Duris, Audrey Tautou, Omar Sy, Gad Elmaleh, Aïssa Maïga, Charlotte Le Bon,…

Synopsis : L’histoire surréelle et poétique d’un jeune homme idéaliste et inventif, Colin, qui rencontre Chloé, une jeune femme semblant être l’incarnation d’un blues de Duke Ellington. Leur mariage idyllique tourne à l’amertume quand Chloé tombe malade d’un nénuphar qui grandit dans son poumon. Pour payer ses soins, dans un Paris fantasmatique, Colin doit travailler dans des conditions de plus en plus absurdes, pendant qu’autour d’eux leur appartement se dégrade et que leur groupe d’amis, dont le talentueux Nicolas, et Chick, fanatique du philosophe Jean-Sol Partre, se délite. (Source : Allociné)

Bande-annonce

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Que dire de L’écume des jours made in Gondry…

Autant commencer par le début : Le petit Boris Vina, né le 10 mars 1920 à Ville-d’Avray développe très tôt un goût prononcé pour les sudokus, le dessin au feutre Velleda et à ses heures perdues, l’écriture.

[Quelques dizaines d’années plus tard]

J’ai lu L’écume des jours il y a quelques années maintenant, et au moment de voir le film il ne me restait en mémoire que l’univers poétiquement absurde, quelques noms et bribes d’histoire. J’avais toute confiance en Michel Gondry pour l’adaptation, et en Romain Duris pour l’agacement (chacun ses têtes de turc hein).

Michel Gondry a vraiment une imagination débordante. Mais à tel point que celle-ci submerge tout le reste. Une bonne partie du film voit un défilement incessant d’effets spéciaux, de stop motion à en faire une overdose, de trouvailles visuelles,… qu’au bout de 10 minutes je saturais déjà et attendais avec inquiétude les 1h50 à venir. Tout va à 100 à l’heure, laissant à peine le temps de respirer (asthmatiques, emmenez votre inhalateur, épiléptiques, emmenez…euh… faites attention). J’exagère un peu, mais il m’a semblé  avoir à peine le temps de me concentrer sur l’histoire.

En dehors de tout ce déchaînement visuel, je suis resté totalement de marbre sur la rencontre Colin/Chloé. Manque d’émotion, manque d’alchimie entre les personnages (ou acteurs ? Bref…), je n’ai rien ressenti. Heureusement le personnage d’Omar ajoute une touche de bonne humeur salvatrice, les autres personnages secondaires sont tout aussi sympathiques.

Et puis, miracle. Soudain le nénuphar débarque et m’a sauvé le film. Tristesse, mélancolie, peur et déchirements ont eu l’air d’apaiser un Michel Gondry sous ecstasy et de rendre (presque) sympathique Romain Duris. Personnages et décors péréclitent avec talent (sauf la souris qui m’aura cassé les… pieds jusqu’à la fin) dans une intense mais progressive descente aux enfers. Dommage, au final, d’avoir un film en deux temps. Parce que vraiment, je le redis, c’est beau, c’est bien joué, c’est absurde, c’est plein d’imagination.

Niveau acteurs, on trouve de tout : un talentueux Omar Sy, parfaitement choisi pour son rôle (et heureusement, parce que, et j’aimerais qu’on me dise si je suis le seul à penser ça, mais pour moi Omar Sy continue de jouer Omar Sy. Ca lui va bien, c’est sympathique et plein de bonne humeur mais ça reste Omar et j’arrête là ma parenthèse), un très bon Gad Elmaleh parfait (et transformé) en obsédé compulsif, une charmante et discrète Charlotte Le Bon, une Audrey Tautou toujours juste (mais toujours, je continue avec ça avec un jeu très Audrey Tautou, particulièrement sur l’intonation) et… Romain Duris. Pas non plus accroché sur Philippe Torreton, mais là je ne sais pas pourquoi.

Un peu de frustration tout de même sur cette écume des jours. Et d’admiration. Pour Boris Vian cette fois.