Whiplash

Réalisateur & scénariste : Damien Chazelle

Acteurs : Miles Teller, J.K. Simmons

Synopsis : Andrew, 19 ans, rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération. Mais la concurrence est rude au conservatoire de Manhattan où il s’entraîne avec acharnement. Il a pour objectif d’intégrer le fleuron des orchestres dirigé par Terence Fletcher, professeur féroce et intraitable. Lorsque celui-ci le repère enfin, Andrew se lance, sous sa direction, dans la quête de l’excellence… (Source : Allociné)

Bande-annonce


 

Une critique de Whiplash ne peut commencer que par un cri du coeur. MON DIEU QUE CE FILM EST BON.

D’abord, il y a la bande-annonce à regarder. Parce qu’elle retranscrit bien le concentré d’énergie, de tension et de beauté musicale dont le film transpire.

Ensuite, il y a la bande originale à écouter (c’est par là sur Deezer). Parce qu’elle est magnifique, tout simplement. Parce que du jazz comme ça, j’en redemande, et parce que mariée à la tension de Whiplash ça crée une ambiance de malade.

Whiplash parle de jazz, de musiciens, d’un batteur. Whiplash parle d’un jeune de 19 ans, élève dans la meilleure école de musique de New-York, et qui est remarqué par le meilleur prof de la dite école, prof qui a en charge un groupe d’élite qu’il mène d’une main de fer (dans un gant de fer). Mais là n’est pas toute l’histoire.

Car ce serait oublier de dire que Terrence Fletcher (le prof) fait passer le sergent major de Full Metal Jacket pour un enfant de chœur, ce serait oublier de dire qu’Andrew Neyman (l’élève) a en lui une détermination à être « parmi les meilleures » qui frise (ou tombe dans) l’obsession la plus extrême. Face à deux personnalités aussi fortes (et aussi odieuses), il n’y a qu’une issue : Whiplash est un fantastique film sur un duel entre deux egos. Sur fond de jazz.

Pour faire honneur à deux personnages pareils, il fallait deux acteurs d’exception. Et c’est le cas. D’un coté, il y a J.K Simmons, habitué des seconds rôles notamment chez Jason Reitman (producteur executif du film. Coincidence ?). Absolument magistral, hallucinant, charismatique, écrasant,… bref, qui a trouvé un rôle à sa mesure. Et Miles Teller, que j’ai plus connu dans des rôles moyens dans des films moyens (Divergente, The Spectacular Now,…), jamais transcendant. Jusque là. Un acteur que je n’apprécie pas particulièrement, mais qui livre ici une sacrée performance, à la hauteur de son aîné.

Whiplash est l’oeuvre d’un jeune inconnu (ah si, il a scénarisé Le Dernier exorcisme : Part II, pardon) mais a tout de l’excellent film, maîtrisé à tous les niveaux.Une photographie léchée comme c’est pas permis, des plans et une façon de filmer la musique qui laisse franchement admiratif, un art de la tension comme j’en ai rarement vu. Le film m’a d’ailleurs fait penser à Black Swan sur ce point.

Du tout début, du roulement de baguettes sur fond noir jusqu’à la toute fin, la tension ne baisse pas. C’est d’ailleurs assez étonnant pour être souligné : le film n’a pas d’introduction, il attaque directement son sujet. Puis c’est le tourbillon ; entre admiration, manipulation, haine, respect, torture psychologique, dépassement (extrême) de soi, rien n’est épargné. Après avoir vu le film, si son énergie ne m’a pas surpris (merci à la bande-annonce), sa dureté psychologique si.
C’est aussi très fort de subtilité ; le harcèlement de Fletcher, l’attitude de Neyman, on les déteste, on les comprend ou on compatit (parfois) mais jamais le film ne cède à la facilité.

Tout au plus, regretterai-je des personnages secondaires assez transparents, du père d’Andrew Neyman à sa petite amie tellement bouffée par les ellipses qu’elle en devient anecdotique, tout au plus à valeur d’illustration de la mentalité d’Andrew. Bref, rien ni personne ne survit au duel des deux personnages.

Le duo d’acteurs magistral, la tension magnifique, le jazz, genre musical parfait dans le cas présent, le final en mode « bombe atomique », l’esthétique du film. Autant d’éléments qui font de Whiplash un des meilleurs films de 2014. A voir, à écouter.

Night Call

Titre VO : Nightcrawler

Réalisateur & scénariste : Dan Gilroy

Acteurs :  Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed, Bill Paxton,…

Résumé : Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n’aura aucune limite… (Source : Allociné)

Bande-annonce
(qui en dévoile beaucoup, mais on sent bien l’ambiance quand même…)


 

Il était normalement prévu que j’aille voir Le Domaine des Dieux… mais un concours de circonstances (tout à fait passionnantes) a fait que je me suis retrouvé à (choisir d’)aller voir Night Call. Peu de points communs entre les deux mais je ne pense pas avoir perdu au change.

Night Call, c’est l’histoire de Lou Bloom, un type qui cherche sa voie mais qui a déjà décidé que la morale il s’asseyait dessus. Sans passer par les conseils avisés de Pôle Emploi, il passe de voleur de ferraille à paparazzi amateur. Et pas pour les stars mais pour les accidents, meurtres et autres événements sanguinolents. Premier arrivé sur les lieux avec pompiers et policiers. Bref, du bon gros vautour. Qui revend ensuite ses délicieuses images aux sangsuses de la télévision.

Je ne suis pas connaisseur de nos programmes télévisés mais il ne me semble pas que ce niveau de trash soit sur nos écrans. Ce qui en fait/ferait un film sur un phénomène américain. Heureusement, cette spécificité n’atténue pas du tout le malaise que peut provoquer Night Call. Le métier et ses implications pas morales pour deux sous ont finalement une portée assez universelle.

J’ai écouté une interview de Jake Gyllenhaal il y a quelques jours où une journaliste faisait une comparaison entre Night Call et Taxi Driver.
Loin de moi l’idée de jouer aux « Ce film s’inspire de/rend hommage à/… » (on y voit trop souvent ce qu’on veut y voir) mais j’avoue que durant le visionnage, j’ai d’abord (effectivement) pensé à Taxi Driver (pour le personnage dérangeant), puis à Drive (pour l’ambiance et la voiture. Non, ça ne va pas bien loin), puis à American Psycho (pour le personnage qui passe de dérangeant à barge).

Night Call, c’est aussi, et avant tout, un personnage principal et son acteur. Certes la réalisation a de la gueule, c’est d’ailleurs très agréable, certes la musique accompagne très bien le tout, l’ambiance est là, tout ça… mais ce qui porte le film c’est Jake Gyllenhaal et son personnage de Lou Bloom. Ce qui a aussi pour effet de rendre les personnages secondaires assez fades (même la personnage la plus principale des secondaires, Rene Russo), et c’est bien dommage.

L’acteur, d’abord. Ce type est un vrai caméléon. Il est ici totalement méconnaissable (perte de 14 kilos), le visage émacié, le regard fou,… et ajouté à ça le talent qu’on lui connaît (ou pas, mais si c’est le cas, qu’attendez-vous ?), le petit Jake, qui a bien grandi depuis Donnie Darko (à voir pour ceux qui aiment les films « un peu » space) porte le film sur ses épaules. Ses expressions, ses postures, sa manière de s’exprimer, tout son jeu est juste (et fait donc en sorte que tout ce que dise son personnage sonne faux. Y a pas du talent, là ?).

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D’autant que Jake Gyllenhaal (je fais du copier/coller sur le nom, il pouvait pas s’appeler McConaughey, Schwarzenegger ou même Wasikowska, sérieusement ? c’est pourtant plus simple à écrire…) a de quoi faire.
Le personnage de Lou Bloom est assez étonnant. Il fait gars paumé mais ne l’est pas ; le bonhomme sait pertinemment où il veut aller, et gare à ceux qui se dressent sur son chemin, d’autant que vu son look, on aurait tendance à le sous-estimer (ou à le fuir si on le croise dans une ruelle sombre. Ce qui a de fortes fortes chances d’arriver vu que toutes les scènes du film se déroulent de nuit). Pour ajouter au malaise que provoque Lou Bloom, celui-ci absorbe tout ce qu’il lit sur Internet pour le ressortir dès qu’il peut avec un ton neutre, sonnant faux, alignant clichés après banalités. Et toujours avec le sourire s’il vous plaît.

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Bon, sauf là.

Bref, ce gars, en bon psychopathe autodidacte ambitieux assoiffé de reconnaissance fait flipper mais fascine aussi. Le genre qu’on aime détester. L’avoir placé dans le cadre des chaînes d’information, de la manipulation de la même information, du voyeurisme ne fait qu’amplifier le malaise que provoque le personnage. Car Night Call reste avant tout un film sur « Moi, Lou B., psychopathe caméraman » qu’un film sur le « journalisme » trash.

Une bonne surprise, si vous avez un créneau de libre, à voir !

Gone Girl

Réalisateur : David Fincher
Scénariste : Gillian Flynn

Adapté du livre Les Apparences de Gillian Flynn

Acteurs : Ben Affleck, Rosamund Pike, Carrie Coon, Neil Patrick Harris, Tyler Perry, Kim Dickens, Patrick Fugit,…

Résumé : Amy et Nick forment en apparence un couple modèle. Victimes de la crise, ils quittent Manhattan pour retourner s’installer dans la ville du Missouri où Nick a grandi. Mais le jour de leur 5ème anniversaire de mariage, Amy disparaît et Nick retrouve leur maison saccagée. Lors de l’enquête tout semble accuser Nick. Celui-ci décide, de son côté, de tout faire pour savoir ce qui est arrivé à Amy et découvre qu’elle lui dissimulait beaucoup de choses. (Source : Allociné)


 Il est arrivé le Fincher nouveau (Hallelujah).

Brisons le suspense dès maintenant. C’est un très bon film. Et là ce n’est pas une opinion, c’est un fait. Pis c’est tout.

Il est très difficile de parler de Gone Girl en fait… L’intrigue est tellement importante que je ne peux parler que de la première heure du film (sur 2h30).

Tout d’abord, il faut aborder l’évidence ; la réalisation est comme à son habitude impeccable et méticuleuse, tout est propre et maîtrisé, que ce soit la photographie toujours assez froide, la bande originale, l’utilisation des flash-backs et de la voix off, la tension permanente, tout est parfait. C’est sobre et classe (un peu comme le nouveau look du blog ) : c’est David Fincher.

Du côté de l’interprétation, pas grand-chose à dire si ce n’est que Rosamund Pike est absolument époustouflante dans toutes les facettes de son personnage. Du coup Ben Affleck souffre quand même un peu de la comparaison, ce qui n’empêche pas leur duo de bien fonctionner, Fincher merci. Sans casser des briques (vraiment étrange cet acteur, il peut faire du pire comme du bon) il ne démérite pas mais manque vraiment d’intensité. Je ne sais pas si c’est voulu ou lié à son personnage ceci dit.
Un petit mot sur Neil Patrick Harris. Et bien, comme Ben Affleck en fait. Sympa sans être transcendant. Et même si le personnage est différent de Barney, la série est encore trop récente pour moi. Et son personnage trop peu mémorable (ou trop peu exploité).

Ensuite, l’intrigue (oui, c’est très scolaire comme présentation mais j’ai pô d’idées). Bon là, ça va être rapide, le film entre direct dans le vif du sujet en expédiant promptement tout générique de début. Et décide de casser complètement le rythme et l’histoire au bout d’un moment. Passé ce moment, je ne peux rien dévoiler. Disons juste que… non, rien du tout.
Toujours est-il qu’au milieu de ce thriller à intrigues, on a l’occasion de voir un film abordant intelligemment les medias (ou plutôt un film à charge contre certains medias), le mariage (une vision cynique du mariage. Niark) et les apparences sous lesquelles se cachent les gens (Apparences étant le titre du livre duquel est adapté le film. Bien meilleur titre que Gone Girl d’ailleurs, beaucoup plus révélateur). Ces (fausses) apparences sont d’ailleurs créatrices de tension.

Le problème d’un film reposant sur son intrigue, c’est qu’on se met à scruter tous les petits détails, à guetter les incohérences,… et là, j’avoue que j’ai quelques petits doutes nécessitant (comme c’est dommage) un autre visionnage.

Ah, j’allais oublier la grande surprise du film. D’un thriller de Fincher, j’attendais du suspense mais de l’humour pas du tout. On n’est pas dans l’humour à la Toto mais de l’humour cynique toujours bien dosé et qui fait alterner une salle entre silence (admiratif bien sûr) et rires. On n’en est pas à se taper les mains sur les cuisses mais c’est suffisamment étonnant pour être signalé.

Rêves de garçons

Titre original : Boy heaven

Auteur : Laura Kasischke

Date de parution : 2009

Résumé : A la fin des années 1970, trois pom-pom girls quittent leur camp de vacances à bord d’une Mustang décapotable dans l’espoir de se baigner dans le mystérieux Lac des Amants. Dans leur insouciance, elles sourient à deux garçons croisés en chemin. Mauvais choix au mauvais moment. Soudain, cette journée idyllique tourne au cauchemar. (Source : Livraddict)


 

Il est arrivé le Kasischke qui ne m’a pas transporté. Qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas dit (ou écrit), la lecture a été agréable. Laura Kasischke a un style étonnant, fait de simplicité et de drogue (douce) rendant impossible de s’éloigner trop longtemps du livre en cours.

Seulement cette fois, malgré le style, l’histoire ne m’a pas ému plus que ça. La faute en partie à l’histoire ; ce camp de cheerleaders en pleine forêt, ces intrus-harceleurs, bref cette histoire qui ne demande qu’à être adaptée au cinéma pour devenir un film de série Z.

L’ambiance est bonne, nerveuse et la tension monte petit à petit. Mais là-dessus aussi j’espérais mieux, la faute cette fois à la narratrice que rien de tout cela n’inquiète vraiment. Cette attitude est contagieuse et il n’y a que vers la fin où j’aurais presque eu peur de sursauter en tournant la page. La faute également à la présence beaucoup trop forte de flash-backs qui cassent cette tension naissante. Flash-backs intéressants, bien écrits, tout ça tout ça… mais là, dans le contexte… non.

A noter tout de même la dernière phrase, assez savoureuse.

Les revenants

Titre original : The Raising

Auteur : Laura Kasischke

Date de parution : 2011

Résumé : Une nuit de pleine lune, Shelly est l’unique témoin d’un accident de voiture dont sont victimes deux jeunes gens. Nicole, projetée par le choc, baigne dans son sang, et Craig, blessé et en état de choc, est retrouvé errant dans la campagne. C’est du moins ce qu’on peut lire dans les journaux mais c’est une version que conteste Shelly. Un an après, Craig ne se remet toujours pas. Il ne cesse de voir Nicole partout… Serait-il possible que, trop jeune pour mourir, elle soit revenue ?(Source : Amazon)


 

Eh beh quelle lecture mes aïeux… Pas au sens de lecture flamboyante qui marque à vie, mais de voyage inattendu à la fois très agréable et bien mené.

Je pensais que Les revenants serait une sorte de récit sociologique ayant pour sujet la mort, sur fond de campus, de sororité et autres joyeusetés.
Au final… oui c’est bien ça. Mais la facette thriller se greffe avec une telle discrétion sur le tout que ça force l’admiration.

Les revenants est quand même un bon pavé. Mais le style simple et fichtrement efficace ainsi que la structure narrative (simple et fichtrement efficace) de Laura Kasischke font merveille. Beaucoup d’indices, de pistes, de détails, de personnages qui se croisent, dans le passé, le présent et l’avenir. Bref, un paquet d’informations à emmagasiner. Et tout en douceur s’ils vous plaît. Toutes ces informations tournant ayant un point commun : le personnage (décédé) de Nicole Werner. Et des campus américains bien sûr (Bon, deux points communs…). Lieux tellement propices à toutes sortes d’histoires et d’intrigues…

Je ne vais pas épiloguer plus longtemps. Je dirai juste que Laura Kasischke a un talent certain (efficace et simple, est-il besoin de le préciser), qui m’a fait passer un très bon moment avec ses revenants.

Gravity

Réalisateur : Alfonso Cuarón

Acteurs : Sandra Bullock, George Clooney, Ed Harris

Résumé : Pour sa première expédition à bord d’une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky qui effectue son dernier vol avant de prendre sa retraite. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’univers. (Source : Cinétrafic)

Bande-annonce

Un autre excellent cru 2013.

Qui n’a pas entendu parler de Gravity ? Le pitch est simple. Des astronautes font leur job dans l’espace, dansent la macarena, bref la routine. Mais, évidemment un pépin (ou plutôt des milliers de pépins lancés à 80 000 km/h) arrive et les deux survivants doivent… survivre et donc regagner la Terre. Pas besoin d’aller plus loin, on peut d’ailleurs reprocher à Gravity son scénario un peu trop simple mais celui-ci recèle plus de trésors que prévu et l’enrobage est juste… magnifique (plein les z’oreilles et plein les mirettes).

Parlons donc esthétique, effets spéciaux et plans. Bref, le visuel. Là, pas de doute, c’est magnifique, époustouflant, fantastique, vertigineux, tourneboulifiant et fantastibuleux. Et, parce qu’il faut le reconnaître, la 3D mérite ici largement sa place. Comme quoi, tout arrive. Alfonso Cuarón sait s’en servir, sait se servir de l’environnement vide et angoissant, sait nous balancer des plans admirables (jusqu’à la scène de fin, très forte).

Gravity oppresse, Gravity angoisse et le silence n’en est que plus terrible. Même si pour le coup, moins de musique et plus de silence aurait sans doute aidé encore plus à l’immersion. Je chipote un peu car un film qui immerge autant le spectateur (par le spectateur j’entends votre serviteur of course), c’est rare. On n’est pas dans un bête film dans l’espace. Ici, l’environnement est véritablement mis en valeur.

Je passerai très rapidement sur les interprètes dans la mesure où ils ne sont que deux + 1 voix (c’est Ed Harris en même temps. Merci générique). Sandra Bullock est bluffante (d’autant plus quand on voit que son autre film 2013 est la comédie Les flingueuses. Cette femme est un caméléon). Bref, bluffante de sobriété et de talent. George Clooney est parfait dans son rôle, même en étant bien moins présent. D’autant qu’Alfonso Cuarón a l’excellente idée de le rappeler à notre bon souvenir.

Là où Gravity est intéressant, c’est sur le cheminement qu’il fait prendre. Le film se termine, on se remet des émotions ressenties durant 1h30 (court et intense), on se dit que quand même c’est un putain de beau film. Puis, on se dit que bon, l’héroïne a quand même bien la poisse mais que le scénario est ptête un brin faiblard. Mais bon, c’est une histoire de survie, dans l’espace, ça réduit pas mal le champs des possibles surtout quand le film joue autant la carte du réalisme. Ah, le réalisme… là on se dit que quand même la fin est un peu bancale et qu’il y a quand même des grosses ficelles (mais que c’est un putain de beau film).
Finalement, on réfléchit à d’autres éléments, d’autres plans. A cette femme qui a un passé qui se trouve mêlé très discrètement à sa mission (tout le truc de lâcher prise qui revient à au moins 2 occasions, de tourner la page, de renaître, d’évoluer. Et avec ces deux derniers verbes je pense que ceux qui ont vu le film comprendront).

Gravity est magnifique (est-ce que je l’ai déjà dit ?), son scénario n’est certes pas son point fort, comporte certaines bancalités (ça se dit ça ?), mais tout film ne peut s’appeler Prisoners. D’autant que celui-ci a aussi ses p’tites cachotteries. La fin est certes assez discutable, plus de noirceur aurait été sympa. Mais bon…
Là où j’ai un peu peur c’est sur le rendu de Gravity sur petit écran et en 2D. Est-ce que ça ne va pas trop réduire l’intensité du film ?

En tout cas, ça m’a soufflé et je n’en demandais pas plus.

Pis c’est bête mais dans le générique de fin, Alfonso Cuarón remercie David Fincher. Et ça m’a fait plaisir.

Ah, voici d’autres excellents articles sur le film : Gravity par Smellslikerock et Gravity par Tix et Mickdeca

Prisoners

Réalisateur : Denis Villeneuve

Acteurs : Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Maria Bello, Melissa Leo, Paul Dano,…

Synopsis : Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l’irréparable… (Source : Cinétrafic)

Bande-annonce

Dans les films, si on aime que la force soit mise au service du juste, c’est parce qu’on aime la force, pas le juste. Pourquoi préfère-t-on les histoires de vengeance aux histoires de pardon ? Parce que les hommes ont une passion pour le châtiment. Voir le juste frapper, et frapper fort est un spectacle dont on ne se lassera jamais et qui ne crée aucune culpabilité.  Tonino Benacquista. Malavita

C’est le passage du livre Malavita (dont je vais aller voir l’adaptation très très bientôt et dont j’attends beaucoup beaucoup) qui m’est venu à la sortie du film (oui, quand je sors du ciné, des passages de livre me viennent à l’esprit,… c’est un don, qui suis-je pour lutter contre ça ?).

Bon, plus sérieusement (car le sujet n’invite pas à la poilade généralisée), Prisoners est un de mes meilleurs films 2013. Venant du réalisateur d’Incendies (un autre film à voir. Et oui j’aime les parenthèses), il aurait été étonnant de devoir se contenter d’un thriller basique.

Car Prisoners est tellement (tellement) plus que ça. Le pitch est très simple ; deux petites filles sont enlevées. La police est sur le coup (« Écoutez, laissez la police faire son travail, dès que j’aurai de plus amples informations croyez bien que vous en serez les premiers informés » comme dirait le commissaire Bialès), mais l’enquête n’avance pas vite et le père d’une des deux prisoners décide de prendre les choses en main. C’est à partir de là que le film prend toute son ampleur et dévoile un drame psychologique d’une complexité et d’une richesse qui n’ont d’égal que l’excellente construction du scénario.

La question du film (entre autres choses) est de savoir si on fait confiance à la justice des hommes. Clairement, dans le cadre du personnage de Hugh Jackman, pas du tout. Le personnage est de toute façon assez particulier, religieux, survivaliste, très carré. Ce qui n’empêche pas de pouvoir s’identifier à lui. La religion est d’ailleurs présente dans le film mais suffisamment discrète pour ne pas détourner le propos. Il s’agit aussi pour Denis Villeneuve de brouiller un maximum la frontière entre victime et bourreau. C’est clair pour certains personnages et beaucoup moins pour d’autres. Bref, ça aborde et ça questionne la morale, l’humanité, la foi, les limites de chacun,…

Je l’ai déjà mentionné, mais je le redis, Prisoners est l’excellent aboutissement du suspense et du psychologique. Et réussit à être captivant durant 2h30, avec un pic d’adrénaline sur la fin qui a dû me faire louper un ou deux battements de coeur. Niveau suspense, les pistes et suspects se succèdent, à charge de l’inspecteur Loki de s’y retrouver entre deux tics nerveux. On peut avoir l’impression de brouillon dans les pistes mais…
La partie psychologie et toutes ses facettes sont, elles, représentés par les différents personnages et leurs réactions. Je n’en dis pas plus, mais chaque personnage a son utilité.

Évidemment, le personnage le plus ambiguë, extrême et (donc) intéressant est M. Dover (Hugh Jackman). Sa fille est enlevée, il ne veut pas rester chez lui à regarder les news. On peut comprendre. Il décide donc d’agir, à défaut de toujours réfléchir. Ca aussi, on peut comprendre. Mais pas tout non plus. Faut dire qu’il y va plus avec la tête du marteau qu’avec le dos de la cuillère.

En parler sur des pages serait vain (et ennuyeux) mais Prisoners réussit à s’inscrire dans la lignée des meilleurs thrillers américains et à y apporter beaucoup (dont la petite touche canadienne). Bon courage aux réalisateurs qui voudront s’attaquer aux histoires d’enlèvement à l’avenir.

J’expédie en vitesse tout le talent du casting, de Hugh Jackman, Jack Gyllenhaal, Paul Dano, Melissa Leo,…
Et je mentionnerai enfin la nécessité de revoir le film pour bien comprendre toutes les pièces du puzzle (ce qui n’empêche pas de comprendre et aimer le film dès le premier visionnage).
J’ajouterai tout de même, pour ceux qui aimeraient quand même savoir les défauts du film, que je n’en ai pas vraiment trouvé.