Les noces clandestines

Auteur : Claire-Lise Marguier

Date de parution : 2013

4e de couverture : « La séquestration n’avait pas été préméditée. Tout au moins au début. Pour dire vrai, tout ce qui m’a conduit est un enchaînement de hasards; quand vous auriez cru à ma volonté de nuire ou à une part de perversité, vous vous seriez fourvoyés.
Je n’ai aucunement l’intention de vous détromper. Mais je peux vous raconter. »

———–

Premier roman adulte (et deuxième roman tout court) de l’auteur, Les noces clandestines fait partie de ces livres qui semblent vous dire : « Ben ouais, je suis un concentré de belle écriture et de style admirable. Faut t’y faire. Maintenant profite. »

La thématique abordée dans le livre n’est pas des plus faciles. En bref, un homme, professeur d’histoire, enlève un jeune sans-abri et le garde séquestré dans une petite pièce chez lui. Voilà pour l’histoire basique. Mais qui va beaucoup plus loin.

Ce qui est assez troublant, c’est qu’avec un style brillant, l’auteur brouille les frontières du bien ou du mal et concentre l’attention sur le rapport entre les deux personnages. Rapidement, il est impossible de dire qui a l’ascendant sur qui et qui manipule qui. Tout est dans l’ambivalence entre les deux hommes, dans la sensualité aussi, tellement bien décrite qu’on n’arrive pas à s’arrêter de lire, prisonnier de cette petite pièce rouge avec les deux personnages.

C’est l’ambiguïté qui domine le récit, la question de savoir si l’un va se faire attraper et si l’autre va réussir à s’enfuir est mineure. C’est le ravisseur qui raconte et  le lecteur qui ressent. Pour en arriver là, faut quand même avoir une sacrée plume. Comme l’écrit l’auteur :

Quant à moi, je me tenais à distance raisonnable des livres, ainsi que je l’avais toujours fait, conscient du danger qu’ils représentent, ne lisant que le strict minimum et ne commettant jamais l’erreur de croire au caractère inoffensif du insignifiant d’entre eux. En lire la première ligne vous asservit jusqu’à la dernière, et même longtemps après. Entre leurs pages, vous n’êtes plus maître de vous-même ; vous vous abandonnez sans conditions à l’esprit d’une plume plus forte que vous, susceptible de vous emmener dans des travers sombres et glauques, de vous faire admettre des idées fausses sans que vous ne cilliez.

C’est exactement ça. A ceci près qu’à aucun moment, le roman ne sombre dans le scabreux ou le glauque. Autant de finesse psychologique, délivrée par le biais du ravisseur, ça laisse admiratif. Lorsqu’on a affaire à un huis-clos, il vaut mieux avoir un cador aux manettes. C’est le cas ici. C’est difficile à décrire, mais avec un style aussi simple et maîtrisé, on a l’impression que Claire-Lise Marguier pourrait s’attaquer à n’importe quel sujet.

Je ne résiste pas à ajouter une dernière citation :

J’aurais pu le priver de nourriture, l’attacher à la tuyauterie du lavabo, le torturer à le faire hurler. Cette conscience de mon pouvoir me donnait l’illusion de la charité. J’aurais pu, mais je ne le faisais pas. Cela faisait de moi le meilleur homme de la planète, et lui en sortait toujours vainqueur.

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4 réflexions sur “Les noces clandestines

  1. La plume de l’auteur est admirable et le livre se lit d’une traite. Effectivement qui des deux protagonistes a l’ascendant sur l’autre, le lecteur ne saurait le dire. Cependant je suis resté un peu distant face à cette histoire que je ne trouve pas très crédible. Pour moi le séquestré avait de nombreuses occasions de s’échapper…mais le propose est sûrement ailleurs. Peut-être avais je envie d’une histoire plus développée.

    • J’aurais également aimé plus de développement sur le séquestré, de la même façon qu’on a le point de vue du ravisseur.
      Pour les nombreuses occasions de s’échapper je suis d’accord. Ne serait-ce que la soirée où le ravisseur invite des amis. Mais il m’a semblé que justement le séquestré ne voulait pas s’en aller, qu’il prenait ce kidnapping comme un moyen d’expier ses fautes.

  2. J’adoooorrree ta critique, tu as exprimé exactement ce que j’ai ressenti aussi à la lecture de cet excellent roman. J’espère que tu découvriras un jour Le faire ou mourir (son roman qualifié pour ados), il était déjà extraordinaire ! Cette auteure a une sacrée plume ! Mazette ! Je vais venir le récupérer cet après-midi… pour le prêter à quelqu’un d’autre…
    Petite parenthèse : ton article n’apparait pas dans mes notifications sur wordpress… why ? Alors que je suis abonnée !

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