Hannah Arendt

Réalisateur : Margarethe von Trotta

Acteurs : Barbara Sukowa, Axel Milberg, Janet McTeer, Julia Jentsch, Ulrich Noethen, Michael Degen,…

Résumé : 1961- Hannah Arendt, philosophe juive allemande respectée, est envoyée à Jérusalem par le New Yorker pour assister au procès d’Adolf Eichmann, criminel de guerre nazi responsable de la déportation de millions de juifs, et accouche d’un concept, la banalité du mal qui provoque l’ire des rescapés de la Shoah. Son obstination et l’exigence de sa pensée se heurtent à l’incompréhension de ses proches et provoquent son isolement. (Source : Wikipédia)

Bande-annonce

Il est des films qu’on va voir pour se vider la tête et d’autres pour la remplir. Mais que ce soit l’un ou l’autre on attend toujours de passer un bon moment.

C’est le cas avec Hanna Arendt, mais (quoi, un « mais » qui arrive aussi tôt !) le film s’enferme dans un classicisme tel, qu’on voit les 2h passer.

Le propos est toujours là, intéressant d’ailleurs, quoique légèrement différent de ce que j’attendais. Je pensais avoir affaire à une levée de boucliers sur la théorie de la banalité du mal, prenant pour point de départ le procès d’Eichmann. Hanna Arendt le décrit plus comme un bureaucrate qui ne pensait pas qu’un véritable nazi. Mais les réactions très fortes de la communauté juive sont plutôt sur le fait que la philosophe a mis en cause le rôle de leaders juifs dans l’importance des nombre de victimes de l’Holocauste. Le contenu est le même, mais j’ai trouvé le message brouillé.

Je ne vais pouvoir aborder que le fond car là où le film pêche (de mon point de vue évidemment) c’est sur la forme. Tout est très propre, terriblement classique, aucun acteur n’est spécialement éblouissant (Barbara Sukowa est excellente ceci dit) et le montage est même assez décevant. Ce manque de prise de risque, de traitement même légèrement original fait que le film ne me restera sans doute plus en mémoire dans quelques…allez… années.

Un film comme celui-ci a pour but, je pense, de permettre à chacun d’aborder cette période de la vie d’Hanna Arendt et la théorie développée par celle-ci. Seulement, j’aurais aimé plus de développements, plus d’explications sur certaines choses (par exemple sur quoi, concrètement s’appuie-t-elle pour mettre en cause des leaders juifs) et moins sur d’autres (sa relation avec Heidegger, mal mise en valeur).

Le contenu du film est bien sûr intéressant, et il est particulièrement fort sur la… susceptibilité qui peut accompagner toutes les réflexions (ou autres) qui peuvent être faites de l’Holocauste et de ses conséquences. On a vite fait d’être taxé d’antisémite, encore aujourd’hui, et d’autant plus à l’époque. Là-dessus, le film touche juste.

Hanna Arendt se situe aussi dans un cadre privé. Ce sont les réactions de l’entourage d’Hanna Arendt que l’on a. Les réactions extérieures seront expédiées en quelques coups de fils vite interrompus, et quelques piles de lettres. A l’inverse, le développement est fait sur les amis qui restent des amis, ceux qui s’éloignent car trop butés sur des convictions qui ne reposent que sur des préjugés et… Hum. Bref, le film ne permet pas de développer tout le contexte historique pourtant révélateur le plus souvent de certaines réactions.

Hanna Arendt est sympathique (le film hein. Je ne me permettrais pas de jugement sur la personnalité de la philosophe !) mais j’en attendais plus que ça. Un petit documentaire d’1h serait aussi bien, voire plus instructif. Et aurait l’avantage de ne pas « mentir », dans le sens où sur les réactions, les comportements, relations entre les personnages, même si le tout est documenté, on reste dans une certaine interprétation. Ca dérange ou pas bien sûr, mais lorsque le film se déroule avec un angle plus privé, cette interprétation peut être un peu plus gênante.

Je suis tout de même bien content de l’avoir vu, le film reste tout de même agréable et instructif. Le monologue d’Hanna Arendt, à la fin, particulièrement prenant. On voit que ses détracteurs restent de toute façon sur leurs positions mais qu’à l’inverse, les étudiants sont prêts à… penser, tout simplement.

4 réflexions sur “Hannah Arendt

  1. J’ai très envie de voir ce film. Ta chronique fait renaître mon intérêt pour ce film qui aborde un sujet très intéressant. Excellente chronique comme d’habitude ! Je viendrais en reparler avec toi quand je l’aurai vu🙂

  2. Je ne suis, évidemment, pas d’accord.🙂

    Le film est doublement risqué sur le fond et sur la forme, pour reprendre le déroulé de ton article :
    – plutôt que de centrer sur la femme Hannah Arendt (la très grande majorité des réalisateurs se serait laissée embarquer dans une analyse pseudo-psychologique sur ses relations avec Heidegger), le personnage principal est la pensée à travers la figure d’Arendt. Et là comme ça, j’ai pas beaucoup d’exemples comparables…
    – plutôt que de reprendre le parcours bien balisé des biopics, qui suivent une manière de filmer et de jouer immuable (permettant à l’acteur principal de bien figurer sur la liste des prix d’interprétation l’année suivante ; l’interprétation, vraiment chouette, de Barbara Sukowa n’est pas spectaculaire parce que le film ne veut justement pas être un spectacle), Margarethe Von Troppa ne s’exonère pas d’enjeux cinématographiques et construit son film à partir de fils cohérents. Qu’il puisse paraître au premier coup d’œil que les scènes de discussions intellectuallo-bourgeoises qui inaugurent le film manquent d’intérêt et sur le fond et sur la forme, je peux le comprendre. Mais c’est la force du film de créer une opposition subtile entre ces scènes banales et la violence des réactions suscitées par « Eichmann à Jérusalem », entre les scènes apparemment un peu lourdes sur la jeunesse d’Hannah Arendt et les archives – véridiques – du procès Eichmann.

    Pour faire une parenthèse Tintinophile (une sorte de combo personnelle ^^), si l’on ne voit jamais Tintin écrire (de mémoire, mise à part Tintin en Amérique), c’est parce qu’il est particulièrement difficile de montrer quelqu’un écrire, plus encore d’en faire un enjeu. Imaginer un film qui se centre sur l’activité de philosopher, ça relève a priori du pari absolument intenable. Si le film n’est pas particulièrement explicatif vis-à-vis des concepts philosophiques, c’est justement parce qu’il cherche à montrer ce que c’est que philosopher, la violence que c’est face à soi, et le danger face aux autres.

    Ouais en fait, plus j’y réfléchis, et plus je kiffe ce film. Bon après on va m’accuser de pas être tout à fait être impartial par rapport à❤ Hannah Arendt❤

    PS : pour mieux se renseigner sur la pensée d'Hannah Arendt, d'te façon, mieux qu'un documentaire d'une heure, faut lire ses livres. Pas cher, pas cher !

    • Je trouve le film autant centré sur la femme que sur la pensée qu’elle véhicule, on a tellement de moments personnels notamment entre elle et son mari, qu’on a bien compris qu’elle n’était pas dénuée de sentiments^^
      Après je suis d’accord qu’un film là-dessus n’était de toute façon pas simple. J’en attendais juste plus, ou différent. Sa relation à Heidegger est intéressante aussi (et je ne dis pas ça à cause de ma lointaine et furtive approche d’Heidegger !) mais là j’ai trouvé que ça manquait de force.

      Mais t’inquiètes pas, le film est bien quand même ! :p Ah, par contre, elle fumait autant Hannah Arendt ? J’ai cru que le film était produit par les grandes entreprises de tabac.

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