Avenue des Géants

Auteur : Marc Dugain

4e de couverture : Al Kenner serait un adolescent ordinaire s’il ne mesurait pas près de 2,20 mètres et si son QI n’était pas supérieur à celui d’Einstein. Sa vie bascule par hasard le jour de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Plus jamais il ne sera le même. Désormais, il entre en lutte contre ses mauvaises pensées. Observateur intransigeant d’une époque qui lui échappe, il mène seul un combat désespéré contre le mal qui l’habite.
Inspiré d’un personnage réel, Avenue des Géants, récit du cheminement intérieur d’un tueur hors du commun, est aussi un hymne à la route, aux grands espaces, aux mouvements hippies, dans cette société américaine des années 60 en plein bouleversement, où le pacifisme s’illusionne dans les décombres de la guerre du Vietnam.

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Avenue des Géants appartient à cette catégorie de livres captivants, qui peuvent, grâce à un style sobre et efficace, entraîner le lecteur où ils veulent. Jusqu’à créer un lien avec un personnage dépourvu d’empathie. Et qui « grâce » à cela, porte un regard des plus perçants et particuliers sur une période emblématique des États-Unis.

On suit Al Kenner à deux époques de sa vie. D’abord, à partir du jour où tout a commencé, soit la mort de JFK. Ensuite lorsque bien des années plus tard, le bon Al est en prison, dans un quotidien rythmé par les visites d’une femme. Une partie à la troisième personne, une autre à la première, « rédigée » par Al. Le rythme insufflé par cette structure du récit combine à la traditionnelle alternance des points de vue garde toute sa force. D’autant qu’en soi le récit est plutôt lent, et ce jusqu’à une poussée d’adrénaline sur la fin. Une fin en apothéose pour un livre qui a su distiller tout du long le quotidien et les pensées d’un homme plutôt singulier.

Même si le personnage principal est doté d’une personnalité complexe, d’une intelligence supérieure à Einstein et d’un foie qui prend très cher, Marc Dugain nous immerge aussi dans la culture hippie de ces années-là, livrant les points de vue de chacun. Dont celui du personnage principal :

« Votre mouvement était fondé sur une grave erreur d’appréciation quant à la nature profonde de l’homme. L’homme ne naît pas bon pour être ensuite corrompu par la société. C’est un reptile poursuivi par une civilisation à laquelle il essaye en permanence d’échapper. Et vos putains de mièvreries ont conduit au même résultat que les idéologies que vous avez combattues. » p 178

Avenue des Géants est, sans conteste, un roman d’une grande richesse. Et, même quand le personnage est inspiré d’un tueur en série (ne faites aucune recherche sur lui si vous voulez lire le livre), fait le choix de fouiller la psychologie du psychopathe plutôt que de s’intéresser aux meurtres même. Aucun gore ou sensationnel, juste une réalité, romancée certes, mais aussi crue et qui sonne authentique. C’est lorsqu’on essaie de comprendre les actes, les pensées d’Al Kenner, d’éprouver quelque chose pour lui, qu’on se rend compte du talent de l’écrivain.

A titre d’anecdote, j’ai, tout au long du livre, eu l’impression d’avoir affaire à un auteur américain, tant l’atmosphère du pays, la manière d’écrire et les personnages rencontrés m’ont fait penser aux éléments caractéristiques de cette littérature.

Deux petites citations sur la littérature de la part d’Al Kenner, assez révélatrices de l’esprit du bonhomme :

« Les bons critiques comprennent que la promenade de l’auteur autour du sujet est plus essentielle que l’essence du sujet. Il est là, l’authentique voyage de la littérature. Si on devait se taper des milliers de pages juste pour ce qui doit être dit, dites-moi quel serait l’intérêt ? » p 16-17

« Pourquoi les gens écrivent-ils ? Souvent parce qu’une sourde vanité les rend fiers de leurs malheurs et qu’ils veulent les partager avec le reste de l’humanité parce que, au fond, ils sont trop lourds pour eux. […] Avoir des lecteurs leur donne le sentiment d’être moins seuls dans l’inconvénient d’une promiscuité assommante avec des gens bien intentionnés. Souvent aussi, ils écrivent pour laisser une trace de leur pauvre petite vie » p 89

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2 réflexions sur “Avenue des Géants

  1. C’est complètement ça ! je suis ravie qu’il t’ait plu à ce point ! Oui moi aussi j’ai eu l’impression de lire un auteur américain…

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