Cristallisation secrète

Auteur : Yoko Ogawa

Résumé: L’île où se déroule cette histoire est depuis toujours soumise à un étrange phénomène : les choses et les êtres semblent promis à une sorte d’effacement diaboliquement orchestré. Quand un matin les oiseaux disparaissent à jamais, la jeune narratrice de ce livre ne s’épanche pas sur cet événement dramatique, le souvenir du chant d’un oiseau s’est évanoui tout comme celui de l’émotion que provoquaient en elle la beauté d’une fleur, la délicatesse d’un parfum, la mort d’un être cher. Après les animaux, les roses, les photographies, les calendriers et les livres, les humains semblent touchés : une partie de leur corps va les abandonner.
En ces lieux demeurent pourtant de singuliers personnages. Habités de souvenirs, en proie à la nostalgie, ces êtres sont en danger. Traqués par les chasseurs de mémoires, ils font l’objet de rafles terrifiantes…
Un magnifique roman, angoissant, kafkaïen. Une subtile métaphore des régimes totalitaires, à travers laquelle Yoko Ogawa explore les ravages de la peur et ceux de l’insidieux phénomène d’effacement des images, des souvenirs, qui peut conduire à accepter le pire.

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Sur cette île, qui n’a pas de nom, des choses et des êtres vivants disparaissent. Mais ils ne font pas que disparaître : On en oublie jusqu’au souvenir, à la sensation qu’ils procuraient. C’est une disparition complète, rendue d’autant plus terrible qu’il n’y a aucune révolte de la part des habitants de l’île (Sans nom connus du lecteur, excepté un personnage surnommé « R ») Et c’est aussi cela qui m’a frappé : La résignation.

Jusqu’à présent nous avons accepté toutes les disparitions. Même celles de choses très importantes enfouies dans notre souvenir, irremplaçables, nous n’avons pas été trop embarrassés et n’avons pas trop souffert non plus. Nous pouvons accueillir n’importe quelle cavité vous savez.

Et lorsque par exemple, les oiseaux disparaissent, les habitants eux-mêmes font disparaître leurs oiseaux, leurs livres consacrés aux oiseaux, les images, etc…

Quand j’ai sous les yeux des objets disparus, mon cœur s’agite énormément. Comme si quelque chose de dur et épineux était lancé soudain au milieu d’un paisible marais. Il se forme des rides, un tourbillon se crée au fond et la boue remonte. C’est pourquoi nous sommes bien obligés de brûler les objets, de les jeter à la rivière ou de les enterrer, afin de les éloigner le plus possible de nous.

Et parce que cela ne suffit pas, la toute puissante police secrète s’occupe de rendre les disparitions totales. Ainsi que de faire disparaître ces gens qui eux n’oublient pas.

Parce que la première mission de la police secrète était de faire respecter les disparitions.

Au niveau de la structure, une (agréable) surprise : Il se trouve que la narratrice est romancière. Yoko Ogawa a eu l’heureuse idée d’introduire un roman dans le roman, celui de la narratrice. Et cette seconde histoire est tout aussi terrible que la première (plus courte aussi)

L’écriture est apaisante, douce, ce qui déteint avec le terrible univers qui y est dépeint.  Cela m’a permis, dès la première page de rentrer dans le roman.

Une douce absurdité, un terrible univers. Fascinant, beau, déchirant, poétique. Les adjectifs ne manquent pas.

Un coup de cœur comme celui-ci n’arrive pas tous les jours. Ce roman est exceptionnel. Et cette critique est loin de lui faire honneur. Je le conseille vivement.

Et si les mots disparaissent, que va-t-il se passer ?

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