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Prisoners

Réalisateur : Denis Villeneuve

Acteurs : Hugh Jackman, Jake Gyllenhaal, Maria Bello, Melissa Leo, Paul Dano,…

Synopsis : Dans la banlieue de Boston, deux fillettes de 6 ans, Anna et Joy, ont disparu. Le détective Loki privilégie la thèse du kidnapping suite au témoignage de Keller, le père d’Anna. Le suspect numéro 1 est rapidement arrêté mais est relâché quelques jours plus tard faute de preuve, entrainant la fureur de Keller. Aveuglé par sa douleur, le père dévasté se lance alors dans une course contre la montre pour retrouver les enfants disparus. De son côté, Loki essaie de trouver des indices pour arrêter le coupable avant que Keller ne commette l’irréparable… (Source : Cinétrafic)

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Dans les films, si on aime que la force soit mise au service du juste, c’est parce qu’on aime la force, pas le juste. Pourquoi préfère-t-on les histoires de vengeance aux histoires de pardon ? Parce que les hommes ont une passion pour le châtiment. Voir le juste frapper, et frapper fort est un spectacle dont on ne se lassera jamais et qui ne crée aucune culpabilité.  Tonino Benacquista. Malavita

C’est le passage du livre Malavita (dont je vais aller voir l’adaptation très très bientôt et dont j’attends beaucoup beaucoup) qui m’est venu à la sortie du film (oui, quand je sors du ciné, des passages de livre me viennent à l’esprit,… c’est un don, qui suis-je pour lutter contre ça ?).

Bon, plus sérieusement (car le sujet n’invite pas à la poilade généralisée), Prisoners est un de mes meilleurs films 2013. Venant du réalisateur d’Incendies (un autre film à voir. Et oui j’aime les parenthèses), il aurait été étonnant de devoir se contenter d’un thriller basique.

Car Prisoners est tellement (tellement) plus que ça. Le pitch est très simple ; deux petites filles sont enlevées. La police est sur le coup ("Écoutez, laissez la police faire son travail, dès que j’aurai de plus amples informations croyez bien que vous en serez les premiers informés" comme dirait le commissaire Bialès), mais l’enquête n’avance pas vite et le père d’une des deux prisoners décide de prendre les choses en main. C’est à partir de là que le film prend toute son ampleur et dévoile un drame psychologique d’une complexité et d’une richesse qui n’ont d’égal que l’excellente construction du scénario.

La question du film (entre autres choses) est de savoir si on fait confiance à la justice des hommes. Clairement, dans le cadre du personnage de Hugh Jackman, pas du tout. Le personnage est de toute façon assez particulier, religieux, survivaliste, très carré. Ce qui n’empêche pas de pouvoir s’identifier à lui. La religion est d’ailleurs présente dans le film mais suffisamment discrète pour ne pas détourner le propos. Il s’agit aussi pour Denis Villeneuve de brouiller un maximum la frontière entre victime et bourreau. C’est clair pour certains personnages et beaucoup moins pour d’autres. Bref, ça aborde et ça questionne la morale, l’humanité, la foi, les limites de chacun,…

Je l’ai déjà mentionné, mais je le redis, Prisoners est l’excellent aboutissement du suspense et du psychologique. Et réussit à être captivant durant 2h30, avec un pic d’adrénaline sur la fin qui a dû me faire louper un ou deux battements de coeur. Niveau suspense, les pistes et suspects se succèdent, à charge de l’inspecteur Loki de s’y retrouver entre deux tics nerveux. On peut avoir l’impression de brouillon dans les pistes mais…
La partie psychologie et toutes ses facettes sont, elles, représentés par les différents personnages et leurs réactions. Je n’en dis pas plus, mais chaque personnage a son utilité.

Évidemment, le personnage le plus ambiguë, extrême et (donc) intéressant est M. Dover (Hugh Jackman). Sa fille est enlevée, il ne veut pas rester chez lui à regarder les news. On peut comprendre. Il décide donc d’agir, à défaut de toujours réfléchir. Ca aussi, on peut comprendre. Mais pas tout non plus. Faut dire qu’il y va plus avec la tête du marteau qu’avec le dos de la cuillère.

En parler sur des pages serait vain (et ennuyeux) mais Prisoners réussit à s’inscrire dans la lignée des meilleurs thrillers américains et à y apporter beaucoup (dont la petite touche canadienne). Bon courage aux réalisateurs qui voudront s’attaquer aux histoires d’enlèvement à l’avenir.

J’expédie en vitesse tout le talent du casting, de Hugh Jackman, Jack Gyllenhaal, Paul Dano, Melissa Leo,…
Et je mentionnerai enfin la nécessité de revoir le film pour bien comprendre toutes les pièces du puzzle (ce qui n’empêche pas de comprendre et aimer le film dès le premier visionnage).
J’ajouterai tout de même, pour ceux qui aimeraient quand même savoir les défauts du film, que je n’en ai pas vraiment trouvé.


Mud : Sur les rives du Mississippi

Réalisateur : Jeff Nichols

Acteurs : Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland, Reese Witherspoon, Sarah Paulson, Sam Shepard, Michael Shannon,…

Synopsis : Ellis et Neckbone, 14 ans, découvrent lors d’une de leurs escapades quotidiennes, un homme réfugié sur une île au milieu du Mississipi. C’est Mud : un serpent tatoué sur le bras, un flingue et une chemise porte-bonheur.  (Source : Allociné)

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Matthew McConaughey et Reese Witherspoon dans le même film ? Serait-ce la dernière comédie romantique du moment ? Que nenni, c’est "seulement" le petit dernier de Jeff Nichols (mais si, le brillant réalisateur de l’excellent Take Shelter)

Take Shelter et Mud sont très différents l’un de l’autre, et pourtant j’ai cru sentir une "patte Jeff Nichols" sur sa manière de traiter du quotidien américain des "petites gens", ici du sud des Etats-Unis. Une vision réaliste, un brin bourrue, sans chichis ni déformation. Les personnages sont brut de décoffrage, chacun empêtré dans ses soucis quotidiens et ses affres sentimentaux.

Mud c’est bien plus qu’une rencontre Tom Sawyer/Robinson Crusoé. C’est le croisement de relations, certaines courtes et intenses, d’autres longues et asymétriques. Le rapport qu’entretient Mud et les deux garçons (bon, l’un plus que l’autre coincé dans son rôle d’acolyte) est d’ailleurs plutôt bien mise en valeur. Une sorte de besoin réciproque de l’autre, l’un d’un contact hors de son île, l’autre de croire qu’un couple ça peut fonctionner. L’un qui mûrit, l’autre qui grandit.

A ce niveau-là, les ficelles sont assez visibles ; la relation Ellis/May trouve un lointain écho à la relation Mud/Juniper, de même que l’idéal "Mud/Juniper" est une façon pour Ellis d’équilibrer le couple délabré que forment ses parents. Mais, au final, ça a fonctionné pour moi. Chaque rouage trouve parfaitement sa place. Mud, c’est un peu la comédie romantico-réaliste rencontrant le film initiatique.

En plus de ça, Jeff Nichols sait se servir de son environnement, les paysages parfaitement mis en valeur ajoutent un charme indéniable au tout . Ajoutez à ça une musique qui sait à la fois être discrète et parfaitement contribuer à l’atmosphère du film. Et surtout, surtout, Jeff Nichols sait s’entourer d’excellents acteurs. McConaughey montre que le bronzage lui va bien, qu’il peut garder une chemise propre durant une longue durée sur une île déserte, bref Matthew, jouer le vieux baroudeur in love, il sait faire. A côté, Tye Sheridan en impose et prouve qu’il dispose d’un bon jeu en plus d’une bonne tête.

Allez, le paragraphe nuance… Mud souffre de quelques longueurs. Pas sur des scènes qui s’éterniseraient ou des scènes en trop. Juste une impression générale. Avec cette histoire, durer 2h était peut-être un poil trop ambitieux. De même que si j’ai bien accroché à l’histoire, aux rapports entre chacun, je ne suis pas sorti de la salle des étoiles plein les mirettes. (et oui, 26 ans, déjà blasé. Si c’est pas triste ça…)

Bon, au final je pensais avoir plus à en dire. Mais lorsqu’on a abordé l’entremêlement de relations amoureuses (ou non) teinté d’innocence envolée sur fond de Mississipi, on a tout dit !

Mud est un très bon film (pas le film de l’année pour ma part, mais la barre est placée très haut) et ça fait bien plaisir d’en voir des comme ça. Le film confirme également tout le talent de Jeff Nichols. Voilà un p’tit gars à suivre !


Le Passé

Réalisateur : Asghar Farhadi

Acteurs : Bérénice Béjo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa,…

Synopsis : Après quatre années de séparation, Ahmad arrive à Paris depuis Téhéran, à la demande de Marie, son épouse française, pour procéder aux formalités de leur divorce. Lors de son bref séjour, Ahmad découvre la relation conflictuelle que Marie entretient avec sa fille, Lucie. Les efforts d’Ahmad pour tenter d’améliorer cette relation lèveront le voile sur un secret du passé. (Source : Allociné)

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Le Passé fait regretter les films qu’on adore ou qu’on déteste. Des avis extrêmes mais qui au moins ont le mérite de déclencher une réaction nette.

Le Passé, ici, n’est pas simple et empoisonne les relations d’une famille recomposée. Des non-dits, principalement, qui empêchent d’avancer. Il faut l’arrivée d’un ex-mari (l’excellent Ali Mosaffa. Belle barbe aussi) pour que petit à petit les langues se délient. L’arrivée d’Ahmad n’est au fond qu’un prétexte pour avoir un médiateur, car le personnage est bien réduit à ce rôle. Une fois que des voiles se sont levés, le personnage est doucement poussé vers la sortie par Asghar Farhadi. Dommage, moi je l’aimais bien.

En fait, c’est même le seul personnage pour lequel j’ai vraiment eu de la sympathie. Frustrant quand on sait que le film entier repose uniquement sur ses personnages, leurs relations, leurs non-dits, leurs frustrations et leurs sentiments. Sentiments bien refoulés, puisque le tout manque parfois d’émotion et pour certains de conviction.

Il faut reconnaître au Passé d’avoir un scénario qui prend le temps de dérouler l’intrigue et d’amener des révélations au compte-goutte. Et en 2h il y a le temps (bon j’ai regardé ma montre une fois, au bout d’1h30). Asghar Farhadi maîtrise son scénario et ça se sent. Au risque peut-être de parfois paraître trop maîtrisé. Le monsieur est taquin, et, comme pour Une séparation, prive le spectateur d’une fin nette laissant une situation mi-résolue, mi-à résoudre. Bon, moi j’aime ça, et puis ça colle bien avec cette ambiance  de réalisme qui enveloppe tout le film.

L’autre point appréciable c’est la réalisation elle-même : des scènes longues, qui prennent le temps de faire ou dire les choses et qui ne vont pas nécessairement droit à l’essentiel. Pour équilibrer, on a "heureusement" des personnages parfois tête-à-claques (Marie est excédée, certes, mais ya-t-il vraiment besoin de gueuler sur monsieur son chéri parce qu’il ne trouve pas les clés ? C’est quand même pas sa faute d’abord) et compliqués. Je ne développe pas cet aspect, chacun se fait sa propre idée en fonction de l’écho que trouve l’histoire en chacun.

Au niveau de leurs interprètes, de la justesse. Toutefois, le couple Bérénice Béjo / Tahar Rahim m’a laissé indifférent, au point que n’importe quel (hypothétique ! :p) accident/rupture/etc. ne m’aurait pas spécialement dérangé. A titre personnel, toutes ces scènes à l’intérieur d’une voiture en train de rouler m’ont toujours fait craindre le pire. En même temps, avec cette caméria braquée sur le profil du conducteur ou du passager, je suis désolé, dans les séries TV c’est souvent annonciateur d’un accident imminent ! Allez je ne vais pas être de mauvaise foi, la relation Ahmad/Lucie (la fille à problèmes de Marie) fonctionne, elle, très bien. Le courant passe entre celle-ci et l’ex-beau-père et ça, ça fait plaisir.

Bref, un bon film tout de même et qui est surtout l’occasion de montrer qu’un film français d’Asgar Farhadi c’est bien aussi même si moi je préfère quand ça se passe en Iran.


Take Shelter

Take Shelter afficheRéalisateur : Jeff Nichols

Acteurs : Michael Shannon, Jessica Chastain, Tova Stewart, Shea Whigham,…

Synopsis : Curtis LaForche mène une vie paisible avec sa femme et sa fille quand il devient sujet à de violents cauchemars. La menace d’une tornade l’obsède. Des visions apocalyptiques envahissent peu à peu son esprit. Son comportement inexplicable fragilise son couple et provoque l’incompréhension de ses proches. Rien ne peut en effet vaincre la terreur qui l’habite… (Source : Allociné)

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Take Shelter est sorti en 2011 mais le festival Télérama m’aura permis de le découvrir. (Très) bonne chose de faite !

Le synopsis est déjà accrocheur. Le père de famille aimant/aimé/bon boulot/amis/etc. qui commence à voir des orages que personne d’autre (que le spectateur) ne voit et se met à faire des cauchemars convoquant Les Oiseaux, L’Armée des morts ou La Route, tous ayant en commun la tempête. Bref, Curtis se met à flipper et logiquement, afin de faire face et protéger sa famille, décide (entre autres) la construction d’un abri anti-tempête dans son jardin. Cauchemars, hallucinations,… tout ne pourrait être que le fruit d’un esprit malade et qui se pense comme tel (les antécédents familiaux auraient d’ailleurs plutôt tendance à le confirmer).

Là où Jeff Nichols fait très fort, c’est le traitement de choc qu’il applique à son histoire. Tout y est traité avec justesse et subtilité. Les cauchemars de Curtis quant à eux sont assez anxiogènes et sont amplifiés par le réalisme du film.

C’est finalement assez dur d’en parler correctement mais Take Shelter est un équilibre parfait entre les visions de Curtis, tempêtes "virtuelles"/réelles, nuées d’oiseaux, cauchemars, et événements réels… Mais comme il le dit lui-même, ce sont plus que des rêves, ce sont des sensations. Commence-t-il à devenir fou ou… autre chose ? La réaction du personnage est d’ailleurs emblématique de cette ambivalence. Celui-ci va voir un psy, se documente sur la maladie mentale, bref essaie de comprendre mais dans le même temps ne peut contrôler ce qu’il vit et subit de plein fouet leur influence. La réaction de sa femme sera elle impressionnante et permettra de rester concentré sur Curtis et le mal qui le ronge.

Pour le reste, tout est impeccable ; lumière, cadrage, effets spéciaux, interprétation (Michael Shannon, Jessica Chastain juste parfaits), réalisation et scénario. Scénario qui réussit à finir sur une note (à mon sens) tout aussi parfaite, et qui pour le coup m’aura donné quelques frissons. Tout est empreint d’une subtilité exemplaire.

Take Shelter, film cataclysmique, drame paranoïaque, petit film indépendant dramatique et/ou fantastique par petites touches ? Cohabitation, superposition, mélange des genres, Take Shelter n’a pas l’ambition d’un The Master mais est incontestablement un excellent cru.

On peut aussi parler de ces angoisses quant aux dérèglements climatiques, économiques, de la peur de ne pouvoir protéger sa famille, mais ce serait un peu long.  Après tout, le meilleur moyen d’en prendre plein les mirettes c’est de le voir ! Fortement conseillé ;)


The Deep Blue Sea

The Deep Blue Sea afficheRéalisateur : Terence Davies

Avec : Rachel Weisz, Tom Hiddleston, Simon Russell Beale, Ann Mitchell,…

Synopsis : Dans les années 50 à Londres, une femme au foyer de milieu aisé décide de quitter son époux pour son amour de jeunesse, un pilote de la Royal Air Force. (Source : Seriebox)

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Que les choses soient bien claires d’entrée de jeu. Je suis allé voir The Deep Blue Sea car il y avait la ravissante, l’exquise, la talentueuse, la… Bref, il y a Rachel Weisz. Et je l’assume ! ;)

Le scénario de la femme quittant son mari fortuné pour retrouver l’homme qu’elle aime, n’était pas en soi un vibrant appel au visionnage, mais sait-on jamais après tout ? Ça donnait aussi l’occasion de voir Tom Hiddleston autrement qu’en Loki et son joli costume (Thor, The Avengers,… pour ceux qui ne connaîtraient pas).

The Deep Blue Sea est adapté d’une pièce de théâtre et ça se sent. La réalisation est du coup très… théâtrale, les répliques et les acteurs tout pareil. Il y a indéniablement une ambiance propre au film, aidée par une lumière bien reconnaissable (intimiste, chaude, bref jouant un vrai rôle) et une réalisation très conventionnelle au mieux, un peu surannée au pire. Une fois qu’on s’est fait à ce côté traditionnel et théâtral, le film se passe plutôt bien, même si certaines ficelles utilisées sont assez too much. Le miroir entre la scène de début et de la scène de fin est bien gentil mais un poil plus de subtilité n’aurait pas fait de mal.

Le film bénéficie également d’un bon casting (assez restreint qui plus est) entre Rachel Weisz (pour tous les adjectifs déjà cités) et Tom Hiddleston qui a surtout la bonne tête de l’emploi plus qu’un talent extraordinaire (mais qui  se défend bien, il faut le reconnaître). Simon Russell Beale, qui joue le mari trompé et abandonné, apporte un ton juste à ce personnage au final assez attachant.

Pour le reste, il faut bien entendu accrocher à l’histoire de cette femme qui abandonne une vie plate avec un mari pas bien folichon qu’elle semble apprécier plus qu’aimer (la séparation aura ses bons côtés et permettra au mari trompé de dévoiler sa bonté) et qui tombe amoureuse d’un homme qui s’avérera l’être moins qu’elle. Elle fera avec, mais tout de même : grosse désillusion. Pour le reste, allez voir le film, le festival Télérama le permet.

Au final, un peu déçu par The Deep Blue Sea (je suis en tout cas beaucoup moins enthousiaste que Les Inrocks ou Télérama. J’apprécierai sûrement Die Hard 5 bien plus qu’eux, ça équilibre…), les acteurs sont bons (surtout Rache…. d’accord, j’arrête), mais l’histoire, certes sympathique sans être tourneboulifiante, de même que la réalisation un brin classique/vieillotte (rayez la mention inutile) ont fait que mon temps de cerveau disponible ne l’a pas été durant les 1h38 du film. Mais en partie, et c’est déjà pas mal après tout.


The Master

The Master - afficheRéalisateur : Paul Thomas Anderson

Avec : Philip Seymour Hoffman, Joaquin Phoenix, Amy Adams, Laura Dern, Jesse Plemons, Ambyr Childers,…

Synopsis : Freddie, un vétéran, revient en Californie après s’être battu dans le Pacifique. Alcoolique, il distille sa propre gnôle et contient difficilement la violence qu’il a en lui… Quand Freddie rencontre Lancaster Dodd – « le Maître », charismatique meneur d’un mouvement nommé la Cause, il tombe rapidement sous sa coupe…  (Source : Allociné)

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Intriguant, déroutant, The Master.

Avant toute chose, il convient de rendre honneur à Joaquin Phoenix. On dit souvent d’un acteur qu’il est excellent ou qu’il est habité son personnage. Joaquin Phoenix est, ici, un cran ou deux au-dessus, livrant une performance extraordinaire, métamorphosé aussi bien dans son physique, sa démarche, sa façon de parler,… tout. Face à lui, Philip Seymour Hoffman et Amy Adams ne déméritent pas, mais il leur est difficile de faire face. Leur talent trouve aussi écho dans un autre registre, avec des personnages plus froids, calculateurs et magnétiques.

Prenons tout de même les choses dans l’ordre.

Avant tout, impossible de ne pas avoir dans The Master une grande maîtrise de la part de Paul Thomas Anderson. Plans impeccables, musique immersive, lumière, tout est maîtrisé de bout en bout. Là-dessus, pas de soucis, Mister Anderson gère bien la partie réalisation. On sent une volonté de livrer un Grand Film avec tous les moyens qui vont avec.

Après (et un après, qui sonne comme un mais), la partie scénario m’a laissé plus dubitatif. Plus de 2h de film, il faut du contenu, mais là aussi il y a de la matière tout va bien. Par contre, le tout m’a semblé un peu décousu et bancal avec une amplification au fur et à mesure que le film avançait. Et cet aspect-là m’a plus gêné.
Le lien entre les deux personnages principaux n’est pas non plus très évident, on voit ce que le personnage de Joaquin Phoenix tire de celui de Philip Seymour Hoffman, la réciproque m’a paru plus obscur.

A propos de ces personnages d’ailleurs, (j’y inclus celui d’Amy Adams, la femme du Master, secondaire dans la distribution, centrale dans l’histoire), ceux-ci font définitivement la force du film. Freddie (Joaquin Phoenix), homme totalement détruit par la guerre, complètement paumé, rempli de violence et de désespoir qui se détruit doucement mais sûrement. Lancaster "The Master" Dodd est bien plus ambigüe, et on touche là le sujet des sectes. Le rapport entre les deux personnages est d’ailleurs particulièrement fort, bien plus que le sort des vétérans (via Freddie) ou comment monter une secte en 10 leçons (via Lancaster). La première séance entre les deux hommes, où Freddie doit répondre aux questions sans cligner des yeux est tellement forte qu’elle en devient vite insoutenable.

Au final, un film fort, un casting impeccable mené par le vrai Master, dit mister Phoenix mais un scénario qui a vraiment peiné à m’emporter.


La Chasse

Réalisateur : Thomas Vinterberg

Avec : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp, Lasse Fogelstrøm, Susse Wold, Anne Louise Hassing, Lars Ranthe, Alexandra Rapaport,…

Synopsis : Après un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s’applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s’illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l’hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité. (Source : Allociné)

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La Chasse a un impact direct sur le spectateur : il invite à abandonner tout espoir en l’Homme (plus qu’en l’enfant, qui de toute façon n’a pas encore trouvé le bouton "On" de son cerveau).

Le synopsis est simple : la fille du meilleur ami de Lucas l’accuse (plus ou moins) d’attouchements sexuels (celui-ci travaille comme assistant d’école maternelle. L’impact n’aurait sans doute pas été le même s’il avait travaillé en maison de retraite). Aucune ambiguïté sur la vérité/le mensonge, le film ne joue par sur ce registre.
Évidemment, effet de boule de neige, une pincée de maladresse de la patronne de l’école, un entretien transpirant d’incompétence avec la charmante tête blonde et la connerie ambiante fait le reste, le pauvre Lucas est lynché (au figuré) par toute la communauté, ses "amis" comme les autres. Seul une poignée d’irréductible résiste encore et toujours à l’envahisseur.

Pour jouer le dit Lucas, Mads Mikkelsen (Prix d’interprétation masculine 2012 à Cannes pour La Chasse), qui mérite amplement ce prix et livre ici une magnifique prestation. Juste, fragile et intense.
De même que Thomas Vinterberg livre un film soigné, un cadrage et une photographie irréprochables.

Les quelques écueils qui font que La Chasse est un très bon film au lieu d’atteindre l’excellence, touchent au scénario et plus particulièrement les comportements des personnages. Quand on sait que le film s’attache surtout sur ce point et met de côté tout le judiciaire/policier,… (laissant le job aux téléfilms américains du dimanche), c’est dommage.

On peut admirer le côté stoïque du personnage, qui sort finalement assez peu de ses gonds, mais un poil plus de vigueur n’aurait pas été de trop, surtout quand on voit la bande d’abrutis peuplant sa charmante bourgade. Quelques petits coups classiques de représailles auraient également pu être évités, une mère déconcertante lors d’une scène en particulier, m’enfin rien de bien méchant.

La Chasse n’est heureusement pas à court d’idées et la fin est à la hauteur du sujet. On aurait tout de même espéré un scénario un chouilla plus travaillé.


360

Réalisateur : Fernando Meirelles

Avec : Anthony Hopkins, Jude Law, Rachel Weisz, Ben Foster, Jamel Debbouze, Maria Flor, Gabriela Marcinkova, Katrina Vasilieva,
Dinara Droukarova, Vladimir Vdovichenkov, Johannes Krisch, Juliano Cazarré,…

Synopsis : Relecture moderne et dynamique de la pièce La Ronde, d’Arthur Schnitzer. Une histoire d’amour chorale où les destins de personnages d’horizons différents s’entrecroisent. (Source : Allociné)

Divers : (Cinquième) adaptation à l’écran de La Ronde d’Arthur Schnitzler.

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360 me fait basculer dans le club des fans de Fernando Meirelles. Heureuse coincidence, j’ai vu La Cité de Dieu il n’y a pas si longtemps. Si les deux films sont extrêmement différents au niveau des thèmes abordés ils mettent en revanche en lumière, chacun à leur manière, le talent et la maitrise de Fernando Meirelles.

360 fait aussi partie de tous ces films reposant sur une formule simple, très courante et, lorsqu’elle a un bon réalisateur aux manettes, très efficace. Je m’explique ! Le film livre un aperçu de ce que j’appelle des "tranches de vie" de différents personnages qui sont tous plus ou moins en connexion les uns avec les autres. Bidule est amoureux de Truc mariée avec Machin qui bosse pour Trucmuche qui rencontre Bidulechouette qui est la soeur de…etc, etc… Bref, le film-puzzle par excellence.
Une grande diversité évidemment rassemblée autour d’un thème commun, parfaitement retranscrit par la phrase "Un jour, un sage a dit : "Si un autre chemin s’offre à toi, n’hésite pas"

Un synopsis développé n’est pas possible et n’aurait pas beaucoup d’intérêt. Les histoires se valent et tiennent bien la route, tout comme les personnages.

Il est bon de savoir que la bande originale est parfaite, très agréable et extrêmement bien choisie. Ou le casting, qui rassemble des acteurs de nationalité différentes et qui sont tous 1- très bien choisis (mine de rien, c’est essentiel) 2- ont tous un excellent jeu. Et qui rassemble des célébrités (Rachel Weisz, Anthony Hopkins, Ben Foster, Jamel Debouzze,…) et des acteurs moins connus mais tout aussi talentueux (Gabriela Marcinkova, Maria Flor, Vladimir Vdovichenkov,…)

La diversité des nationalités est aussi au centre du film qui fait alterner des scènes entre Paris, Vienne, Londres, Denver,… 360 est donc à voir en VO puisque chacun s’exprime dans sa langue, voir essaie d’en apprendre une autre.

Les prises de vue, les jeux de caméra, les choix de réalisation, et le rythme sont irréprochables. Bref, vous l’aurez compris, je ne vois pas de réel défaut à 360.
Si ce n’est cette formule usée que j’ai cité au début, mais, pour moi, qui fonctionne bien ici. Ou peut-être, toujours lié à ce schéma, une certaine artificialité dans le montage. C’est vrai que j’aurai sûrement plus de mal à me souvenir de 360 dans quelque temps, à l’inverse d’un autre film comme La Cité de Dieu.


Cosmopolis

Réalisateur : David Cronenberg

Avec : Robert Pattinson, Jay Baruche, Paul Giamatti, Samantha Morton, Kevin Durand, Juliette Binoche, Sarah Gadon, Mathieu Amalric,…

Synopsis : Dans un New York en ébullition, l’ère du capitalisme touche à sa fin. Eric Packer, golden boy de la haute finance, s’engouffre dans sa limousine blanche. Alors que la visite du président des Etats-Unis paralyse Manhattan, Eric Packer n’a qu’une seule obsession : une coupe de cheveux chez son coiffeur à l’autre bout de la ville. Au fur et à mesure de la journée, le chaos s’installe, et il assiste, impuissant, à l’effondrement de son empire. Il est aussi certain qu’on va l’assassiner. Quand ? Où ? Il s’apprête à vivre les 24 heures les plus importantes de sa vie. (Source: Allociné)

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Pas facile d’en parler. Pour la simple et bonne raison que je ne pense pas avoir compris tout le film.

Le plus bizarre c’est que j’ai aimé Cosmopolis.

Un type, génie multi-milliardaire de la finance, sillonne la ville en limousine, à travers émeute, problèmes de circulation divers et ses rencontres, dans et hors de la voiture, avec toutes sortes de personnages, et comme but : aller chez le coiffeur. Avec ça, on ne touche qu’à l’aspect le plus terre-à-terre du film.

J’aimerais dire que l’essentiel est ailleurs, dans les dialogues, les idées, les réflexions. Bon, je le dis. Mais sans vraiment pouvoir l’argumenter. Le site Excessif critique beaucoup mieux que moi cet aspect.

Le film a "quelque chose" pourtant. Un petit truc qui, pour ma part, l’a rendu quasi hypnotisant. Par l’attitude de ses personnages décalés, à l’air souvent complètement stone et détaché du monde, qui parlent de choses qui doivent sans doute parler à eux seuls. La photographie aussi, a été une part de l’ambiance étrange de Cosmopolis. Et ces rappels à la réalité, entre deux dialogues interminables (ce qui n’est pas forcément péjoratif hein !).

Indéniablement, il y a une "patte" (après, je suis loin de connaître assez David Cronenberg pour dire que je reconnais la sienne), plus que pour A Dangerous Method.

Niveau acteur, je ne parlerai que de Robert Pattinson, très crédible dans son rôle. Le seul problème du film pour les acteurs c’est qu’il ne laisse pas vraiment libre cours à leur créativité. La palette d’expressions est assez étroite. Conséquence de ce détachement général. D’autant que les rôles se succèdent assez vite durant les 1h48 que dure le film. Du coup seul le bon Robert parvient à s’exprimer (Ah si Mathieu Amalric apporte une belle touche de folie). C’est un peu le souci du film d’ailleurs (toujours pour moi hein ! La personne qui a quitté la salle assez rapidement n’a semble-t-il pas le même avis bizarrement). Pourtant, la priorité n’est pas donné qu’aux dialogues, la réalisation, les décors et les costumes, tout semble très soigné.

Bref, pour une raison que j’ignore, j’ai aimé Cosmopolis mais David Cronenberg tire tout de même un peu trop sur la corde. Un bon quart d’heure de moins n’aurait pas été un mal. Dommage d’ailleurs puisque la dernière scène et la confrontation avec Paul Giammati est assez excellente.

Le film tout entier est plein de surréalisme, de décalage, amplifié par cette limousine où se déroule une bonne partie du film et qui ne laisse passer aucun bruit venant de l’extérieur. Une sorte de bulle protectrice.

La critique est faite à chaud, cette fois, mais Cosmopolis mérite sans doute un deuxième visionnage (pas au cinéma, faut quand même pas pousser, d’autant que Spiderman et La part des anges font la queue), de s’y attarder un peu,d’en lire des analyses… Content de l’avoir vu en tout cas. Ca permet aussi de mieux apprécier l’extrême diversité d’opinion des critiques. Apparemment, Cosmopolis, on aime ou on déteste.


Rhum Express

Réalisateur : Bruce Robinson

Avec : Johnny Depp, Aaron Eckhart, Michael Rispoli, Amber Heard, Richard Jenkins, Giovanni Ribisi,…

Date de sortie du DVD : 24 avril 2012
Distribué par la Metropolitan Filmexport

Synopsis : Paul Kemp, un romancier, vient travailler à Porto Rico en tant que journaliste pour le San Juan Daily News, un journal sur le point de fermer. Entre son amour pour l’alcool et ses drôles de collègues, Paul Kemp est rapidement mêlé à de sordides trafics. (Source : Allociné)
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Rhum Express est adapté du livre Rhum Express de Hunter S. Thompson, père du « journalisme gonzo ». Livre découvert dans les cartons de l’auteur par Johnny Depp himself, qui a poussé son ami écrivain à sortir le livre puis à en faire une adaptation au cinéma.

La présence de l’acteur (pour une fois débarrassé de tout maquillage burtonien) n’est donc pas dûe à son seul caractère "bankable". Et pour ce que ça vaut, Johnny Depp est une fois de plus excellent, jouant parfaitement l’homme neuf, bien que déjà imbibé, mais qui finit par se laisser entraîner par l’ambiance du Porto Rico des années 60.

C’est ce que je retiens du film au final. L’ambiance de l’époque, du lieu sont au rendez-vous, pas de doute possible. De même que les acteurs, tous excellents, retranscrivent bien leur auto-destruction, leur cupidité, leur désespoir,…

Procédé assez classique, on pénètre en même temps que le personnage principal dans cet univers, et avec lui dans le journal qui l’embauche bien qu’étant au bord du gouffre. Avec le journal, ses employés : le photographe sympathique mais désabusé, le "journaliste", lui complètement détruit par l’alcool et la drogue (et qui pour se relaxer écoute de discours d’Hitler, normal quoi !). Il croise également une belle jeune femme et avec elle un monde de cupides hommes d’affaires bien décidés à s’enrichir grâce aux belles plages du pays,… Bref une galerie de personnages, qui à défaut d’être originaux arrivent à remplir le film.

Seulement, l’ambiance et les personnages ne suffisent pas à faire un film. Plusieurs choses ne suivent, hélas, pas. Le scénario, bien qu’il arrive grâce à ses 2 heures à immerger le spectateur, semble ne pas savoir où aller. Le style de vie débauché, les escroqueries immobilières, l’avenir du journal, la jeune femme rencontrée,… tout se mêle mais la mayonnaise ne prend pas. Du coup, le rythme manque, et moi je décroche assez régulièrement.

Le personnage de Johnny Depp, figure de l’auteur Hunter S. Thompson, est aussi difficile à cerner. Deux théories : Soit l’homme est tellement compliqué qu’un film ne peut de toute façon pas retranscrire toutes ses facettes (pourtant toutes imbibées de rhum), soit à l’image de l’histoire le scénariste ne savait pas où il allai.

Rhum Express reste un film agréable (En 2 heures, il y avait moyen de décrocher, le film gagne son pari là-dessus au moins) mais n’arrive pas à dépasser ce stade. L’opération DVDTradic de Cinétrafic m’aura au moins permis de découvrir ce film, merci donc !

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