Archives de Catégorie: Auteurs japonais

Récits de la paume de la main

Titre original : Tenohira no shosetsu

Auteur : Yasunari Kawabata
Traducteur : Anne Bayard-Sakai & Cécile Sakai

Date de parution : 2001

Résumé : En marge de ses grands livres comme La Danseuse d’Izu, Les Belles Endormies ou Tristesse et Beauté, Yasunari Kawabata (prix Nobel de littérature en 1968) écrivit aussi de très courtes histoires : souvenirs d’enfance ou d’adolescence, instants de vie saisis au vol, vignettes érotiques à mi-chemin du rêve et de la réalité. Et il les rassembla sous le titre énigmatique de Récits de la paume de la main.
Une jeune femme, dans une soif infinie d’amour, veut devenir l’exacte réplique de l’être aimé. Deux amoureux, que la mort a enfin réunis, vont dialoguer et joindre leurs voix. Une jeune mariée succombe à l’instant où son époux se met à prier pour elle. Des vieillards nourrissent une couvée d’oiseaux sauvages, et dans leur geste renaissent la beauté, le rituel, la gravité du Japon d’autrefois… (Source : Babelio)

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Pourquoi les Récits de la paume de la main ? Par hasard. J’ai trouvé le titre accrocheur et ma connaissance de la littérature japonaise se limitant à Yoko Ogawa, je me suis dit pourquoi pas. En plus de cela, on a ici affaire à un recueil de nouvelles, à priori parfait pour découvrir un auteur.

On ne peut pas toujours avoir la main heureuse, et j’ai eu beaucoup de mal à finir les Récits de la paume de la main. Il doit bien y avoir une soixantaine de nouvelles, très courtes mais jamais des nouvelles ne m’ont parues aussi longues.

J’ai fini le recueil il y a quelques jours, mais je serais déjà bien incapable de dire de quoi traitent ces nouvelles. Nouvelles, qui sont d’ailleurs différentes de ce que j’ai eu l’habitude de lire dernièrement. Celles-ci ne reposent pas sur la chute, sur une situation acadabrantesque ou intense mais sur des "tranches de vie", des souvenirs, des illustrations de sentiments ou d’émotions. Plus d’une fois, la nouvelle finie, je suis resté dubitatif, imaginant que l’auteur avait voulu dire quelque chose sans que je puisse en saisir le sens ou la raison.

Le style n’est pas mauvais du tout (on est quand même à un tout autre niveau que L’amour est déclaré), mais déroutant, très précieux, dépouillé. On a ici affaire au Prix Nobel de littérature de 1968,  pas à Jo le Clodo (ou Attila, ou au roi d’Orcanie. Mais je m’égare)
Pour le coup, il y a une frustration à lire des textes dont on voit qu’ils sont profonds, invitent à la réflexion sur la mort, la beauté,…, sont bien écrits mais laissent tellement de marbre qu’ils arrachent un bâillement toutes les deux pages.

De mémoire, je dirais qu’il y a bien 4, 5 nouvelles qui sont sorties du lot. Tout en étant incapable de résumer leur contenu.


La petite pièce hexagonale

La petite pièce hexagonale - couvertureAuteur : Yoko Ogawa
Traductrice : Rose-Marie Makino-Fayolle

Résumé : Dans les vestiaires d’une piscine, une jeune femme est soudain attirée par une inconnue pourtant banale, effacée et silencieuse. Quelques jours plus tard, elle croise à nouveau l’inconnue qui marche dans la rue accompagnée d’une vieille dame et, fascinée, elle les suit à travers la ville jusqu’à une loge de gardien au milieu d’un parc. A l’intérieur, les deux femmes sont assises sur des chaises, elles semblent attendre leur tour. La plus âgée se lève, entre dans une haute armoire hexagonale : la petite pièce à raconter…

Étrange et obsédante, cette courte histoire fait appel à la poésie et à l’imaginaire pour évoquer les mystères de l’introspection, de la confession et de la psychanalyse.

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Voilà longtemps que je n’avais pas lu, et encore plus longtemps pour Yoko Ogawa. Et je ne pouvais trouver meilleur livre pour reprendre. Même en prenant mon temps, il aura été trop vite terminé.

Court (je serais incapable de dire le nombre de pages, la petite pièce hexagonale fait partie d’une lecture sur liseuse), avec toujours ce style inimitable, voilà encore un livre qui se lit tout seul, sans efforts.

Le plus fort, c’est qu’en soi la petite pièce hexagonale n’a pas vraiment d’histoire (au sens d’une héroïne, des péripéties, une fin,….) Juste une tranche de vie, rythmée par différents personnages croisant la narratrice. Son rapport à son ex petit-ami qu’elle déteste tant sans raison apparente, cette femme qu’elle croise à la piscine et dont elle n’arrive pas à se détourner, là aussi sans raison apparente, et qui la mène à cette petit pièce hexagonale.

Pièce où les gens entrent pour… parler. "Gardée" par deux personnes qui la transportent de ville en ville, mais sans jamais s’immiscer dans la vie des visiteurs. Les gens entrent dans la pièce, y parlent et en sortent. La pièce est simple mais l’exutoire qu’elle représente est puissant.

L’histoire est tout aussi simple, sans rebondissements ni suspense. Mais elle captive. Il faut quand même avoir un sacré style pour que ça fonctionne. Si ce livre-ci me paraît légèrement mineur par rapport à d’autres œuvres de Yoko Ogawa, elle n’en demeure pas moins révélatrice d’un style envoutant, apaisant et extrêmement plaisant à lire.

Et puis finalement, une histoire comme celle-ci ne s’explique pas, elle se ressent.


Tristes revanches

Auteur : Yoko Ogawa

Editeur : Actes Sud
Collection : Babel

4e de couverture : Une jeune femme entre dans une pâtisserie pour acheter un gâteau d’anniversaire à son fils mais il est mort depuis longtemps. Dans l’arrière-boutique, une vendeuse pleure en silence.
Une romancière vit dans un appartement donnant sur un jardin potager qui regorge de légumes, de surprenants légumes…
Un journaliste arrive dans un hôtel sur lequel il doit écrire un article. Dans sa chambre s’est installée une femme. Elle s’en va aussitôt mais ne quitte pas les abords de l’hôtel. Elle rôde en portant un curieux fardeau.
Une maroquinière confectionne pour une chanteuse de bar un sac délicat et précieux dans lequel la belle va déposer son cœur : étrange excroissance, difformité fragile posée non pas à l’intérieur mais à l’extérieur de sa cage thoracique…
Dans chacune de ces onze nouvelles, un détail, parfois infime, évoque la précédente ou annonce la suivante pour former un ruban, une spirale, une chaîne soutenant la trame du livre et créant ainsi une subtile mise en abîme.

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Lire un roman de Yoko Ogawa c’est déjà un grand plaisir. Lire un recueil de 11 nouvelles, c’est renouveler ce plaisir 11 fois de suite.

C’est même plus que ça puisque chaque nouvelle est liée à une autre (la précédente en général) à travers un objet, une personne, un lieu ou même une référence à la nouvelle en elle-même. Cela donne une impression d’harmonie d’autant plus précieuse que chaque lien est différent des autres par sa nature ou sa complexité.

Yoko Ogawa démontre bien qu’en plus d’avoir un style proche de la perfection elle maîtrise pleinement l’art de la construction du récit. Et sait manier l’art de la nouvelle avec ses codes, son efficacité et son intensité pour, à partir de chaque pépite, créer une œuvre cohérente et dont la force est enrichie par chaque nouvelle la composant.

J’ai maintenant l’impression de me répéter, mais cette auteur a un des plus beaux styles que je connaisse (et les meilleurs traducteurs du coup, toujours difficile de faire l’exacte part des choses) plus le don du choix de ses sujets. Chaque nouvelle est différente des autres grâce aux histoires assez… singulières, poétiques ou même morbides. Ce qui n’est pas sans rappeler un certain Tim Burton ; la beauté, la poésie dans l’étrange. Si l’on ajoute les structures des nouvelles, elles aussi très variées ; la chute sur laquelle tout repose, la "tranche de vie",… impossible de s’ennuyer. je n’en dévoilerai pas plus !

Intensité, diversité, étrangeté : un autre cocktail gagnant !


La Marche de Mina

Auteur : Yoko Ogawa

4e de couverture: Après le décès de son père, alors que sa mère part suivre une formation professionnelle, la petite Tomoko, douze ans, va passer un an chez son oncle et sa tante. Tout dans la belle demeure familiale est singulièrement différent de chez elle : sa cousine Mina passe ses journées dans les livres et collectionne des boîtes d’allumettes illustrées qui lui inspirent des histoires minuscules ; un hippopotame nain vit dans le jardin ; l’oncle a des cheveux châtains, il dirige une usine d’eau minérale et sa mère se prénomme Rosa.
A travers la littérature étrangère, les récits de Rosa sur son Allemagne natale et la retransmission des Jeux olympiques de Munich à la télévision, Tomoko découvre l’au-delà de son archipel, un morceau d’Europe et une autre réalité.

Hommage aux amitiés rêveuses de l’enfance, La Marche de Mina est un roman d’initiation combinant  étrangeté et tendresse, nostalgie et ironie insouciante.

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C’est toujours un tel plaisir de retrouver Yoko Ogawa…
La marche de Mina n’est que le quatrième livre de cet auteur que je lis/engloutis/déguste (Rayer la mention inutile) mais chaque ouvrage confirme qu’elle est un auteur estampillé "Valeur sûre".

Si je n’ai pas retrouvé le côté chef-d’oeuvre de Cristallisation secrète ou Le musée du silence, La marche de Mina n’a cependant pas démérité. Yoko Ogawa est fidèle à ce qui semble être un thème fétiche : Les souvenirs. Et nous entraîne cette fois aux côtés de Tomoko, la jeune narratrice, à la découverte d’une famille assez étonnante avec laquelle elle passera un an et nous quelques heures.

Chaque personnage est parfaitement défini : Mr Kobayashi, le fidèle et discret jardinier-homme de main (Aucune parenté avec Usual Suspects à priori), Madame Yoneda,la vieille gouvernante quasi soeur de Grand-Mère Rosa la germano-japonaise qui donne une touche multi-culturelle à la famille, la tante, discrète et amatrice de coquilles (dans les textes), l’oncle, personnage à la fois protecteur, mystérieux et pas aussi blanc qu’il n’y paraît, Pochiko, l’hippopotame nain, mascotte de ce beau monde, et bien sûr Mina, l’enfant tellement fragile et intelligente.

C’est le Japon des années 70 qui est ici mis en scène, la nostalgie de l’enfance avec un air de Pagnol (J’ai l’impression de dire ça pour tous les romans d’initiation,…). Le regard de Tomoko apporte une touche nouvelle par rapport à ce que j’avais connu, une candeur et une innocence, qui petit à petit, s’estompent et commencent à voir que la vie n’est peut-être pas si rose qu’elle en a l’air.

En revanche, le thème parle moins qu’à l’habitude. Le genre du roman d’initiation était peut-être un cadre trop strict pour un style si puissant ? Au fond, ce n’est pas si grave, car ouvrir un livre de Yoko Ogawa c’est aller à la rencontre de cette écriture si reconnaissable, délicate, sensible qui enveloppe dès que le regard se pose sur la première ligne. Je remercie également que la traduction soit à la hauteur.

Le personnage principal (Mina) est aussi celui qui m’a le moins touché. Les personnages gravitant autour d’elle m’ont paru nettement plus intéressants, moins approfondis mais du coup plus dans la subtilité. Comme quoi, une santé fragile et un goût prononcé pour la littérature n’attirent pas forcément la sympathie ! (Ou quoique ce soit d’approchant.) Dommage que le titre porte son nom finalement.

A titre plus personnel, je suis soulagé d’avoir eu quelques critiques envers un livre de Yoko Ogawa, la peur d’avoir perdu tout esprit critique pour ses livres a finalement disparu.
Une fois le livre fermé, une seule envie ; en ouvrir un autre (du même auteur, of course) et retrouver cette ambiance si spéciale, presque palpable.

"Sur les murs des pièces, les livres s’alignaient presque jusqu’au plafond. Ils se tenaient là, tranquilles, sans manifester leur présence par des cris, sans arborer non plus de décorations voyantes. Même si de l’extérieur ils ne ressemblaient à rien d’autre qu’à des boîtes carrées, il en émanait une beauté égale à celle générée par les sculptures ou les poteries. Alors que la signification des mots gravés page après page était profonde au point de ne pas pouvoir en réalité tenir dans cette boîte, n’en laissant rien paraître, ils attendaient patiemment d’être ouverts par quelqu’un. J’en vins à ressentir du respect pour leur persévérance."
p. 78


Auprès de moi toujours

Auteur : Kazuo Ishiguro

Résumé: Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham dans les années quatre-vingt-dix ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l’idée qu’ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelles raisons les avait-on réunis là ?Bien des années plus tard, Kath s’autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Avec Ruth et Tommy, elle prend peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n’a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d’adultes.

Kazuo Ishiguro traite de sujets qui nous touchent de près aujourd’hui : la perte de l’innocence, l’importance de la mémoire, ce qu’une personne est prête à donner, la valeur qu’elle accorde à autrui, la marque qu’elle pourra laisser.

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Bon livre, qui se lit "comme du petit lait".

Le style, simple, agréable et sans chichis y est pour quelque chose.

La construction aussi.

Trois parties du livre, trois étapes d’une vie : Hailsham (J’ai toujours envie de l’écrire Hellshame bizarrement…), les Cottages et la vie ensuite. L’avantage, c’est que toute l’histoire est racontée par Kathy H., la narratrice alors qu’elle est déjà adulte. On n’a donc pas à lire le point de vue de Kathy enfant, ado et adulte mais plutôt d’elle faisant un bilan de ce qu’elle a vécu jusqu’à présent (Avec tous les avantages de la narratrice revenant sur des événements qui ne l’avaient pas marqué au moment où ils sont arrivés, etc…)

L’histoire enfin, bien ficelée. Je suis amateur de ce genre de récits ; Anticipation, SF… Auprès de moi toujours a cette différence de ne pas expliquer d’entrée tous les rouages du système et de jouer sur  le point de vue de ceux qui sont (des victimes) au cœur de ce système. Original et très plaisant ! Les voir se commencer à se poser des questions, à avoir des réponses au compte-gouttes, à formuler des théories.., et le tout dans la résignation la plus totale (Peut-on d’ailleurs parler de résignation, c’est juste que les choses… sont comme ça et puis c’est tout)

Il m’est quand même arrivé d’être peu lassé par moments (Surtout pendant la partie enfance) de ces relations compliquées  entre le trio de personnages Kathy-Ruth-Tommy (Copine/pas copine, dispute/réconciliation/re-dispute mais ça-n’est-plus-comme-avant, etc..). Sans doute dû à quelques longueurs dans le récit. (Après je n’avais pas entre les mains la version poche, mais un livre style pavé, ça a peut-être joué ?)

Petite précision : J’ai vu le film, ce qui m’a donné envie de lire ce livre. Heureusement, j’ai attendu quelque temps, ce qui fait que je n’avais plus tous les détails en tête. Principalement les lieux en fait, et quelques personnages.  Le livre est bien plus complexe (Normal ceci dit), que ce soit sur le système en lui-même que sur les rapports entre personnages. Les deux supports se complètent assez bien finalement. Et lire le livre m’a donné envie de revoir le film (Bonjour, le cercle vicieux…)

Un dernier mot vis-à-vis du titre français, qui colle mal au contenu du livre et selon moi pas très bien traduit. Je préfère le titre anglais – Never let me go (dont je ne raffole pas non plus mais bon.)

Le livre est déjà bien connu, donc je n’ai peut-être pas besoin de le conseiller ? ;-)

Alors vous attendez, même si vous ne le savez pas vraiment, vous attendez le moment où vous vous rendrez compte que vous êtes réellement différent d’eux ; que, dehors, il y a des gens comme Madame, qui ne vous détestent pas et ne vous souhaitent aucun mal, mais qui frissonnent néanmoins à la seule pensée de votre existence – de la manière dont vous avez été amené dans ce monde et pourquoi – et qui redoutent l’idée de votre main frôlant la leur. La première fois que vous vous apercevez à travers les yeux d’une personne comme celle-là, c’est un instant terrifiant. C’est comme vous entrevoir dans un miroir devant lequel vous passez chaque jour de votre vie, et soudain il vous renvoie autre chose, une image troublante et étrange.


Cristallisation secrète

Auteur : Yoko Ogawa

Résumé: L’île où se déroule cette histoire est depuis toujours soumise à un étrange phénomène : les choses et les êtres semblent promis à une sorte d’effacement diaboliquement orchestré. Quand un matin les oiseaux disparaissent à jamais, la jeune narratrice de ce livre ne s’épanche pas sur cet événement dramatique, le souvenir du chant d’un oiseau s’est évanoui tout comme celui de l’émotion que provoquaient en elle la beauté d’une fleur, la délicatesse d’un parfum, la mort d’un être cher. Après les animaux, les roses, les photographies, les calendriers et les livres, les humains semblent touchés : une partie de leur corps va les abandonner.
En ces lieux demeurent pourtant de singuliers personnages. Habités de souvenirs, en proie à la nostalgie, ces êtres sont en danger. Traqués par les chasseurs de mémoires, ils font l’objet de rafles terrifiantes…
Un magnifique roman, angoissant, kafkaïen. Une subtile métaphore des régimes totalitaires, à travers laquelle Yoko Ogawa explore les ravages de la peur et ceux de l’insidieux phénomène d’effacement des images, des souvenirs, qui peut conduire à accepter le pire.

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Sur cette île, qui n’a pas de nom, des choses et des êtres vivants disparaissent. Mais ils ne font pas que disparaître : On en oublie jusqu’au souvenir, à la sensation qu’ils procuraient. C’est une disparition complète, rendue d’autant plus terrible qu’il n’y a aucune révolte de la part des habitants de l’île (Sans nom connus du lecteur, excepté un personnage surnommé « R ») Et c’est aussi cela qui m’a frappé : La résignation.

Jusqu’à présent nous avons accepté toutes les disparitions. Même celles de choses très importantes enfouies dans notre souvenir, irremplaçables, nous n’avons pas été trop embarrassés et n’avons pas trop souffert non plus. Nous pouvons accueillir n’importe quelle cavité vous savez.

Et lorsque par exemple, les oiseaux disparaissent, les habitants eux-mêmes font disparaître leurs oiseaux, leurs livres consacrés aux oiseaux, les images, etc…

Quand j’ai sous les yeux des objets disparus, mon cœur s’agite énormément. Comme si quelque chose de dur et épineux était lancé soudain au milieu d’un paisible marais. Il se forme des rides, un tourbillon se crée au fond et la boue remonte. C’est pourquoi nous sommes bien obligés de brûler les objets, de les jeter à la rivière ou de les enterrer, afin de les éloigner le plus possible de nous.

Et parce que cela ne suffit pas, la toute puissante police secrète s’occupe de rendre les disparitions totales. Ainsi que de faire disparaître ces gens qui eux n’oublient pas.

Parce que la première mission de la police secrète était de faire respecter les disparitions.

Au niveau de la structure, une (agréable) surprise : Il se trouve que la narratrice est romancière. Yoko Ogawa a eu l’heureuse idée d’introduire un roman dans le roman, celui de la narratrice. Et cette seconde histoire est tout aussi terrible que la première (plus courte aussi)

L’écriture est apaisante, douce, ce qui déteint avec le terrible univers qui y est dépeint.  Cela m’a permis, dès la première page de rentrer dans le roman.

Une douce absurdité, un terrible univers. Fascinant, beau, déchirant, poétique. Les adjectifs ne manquent pas.

Un coup de cœur comme celui-ci n’arrive pas tous les jours. Ce roman est exceptionnel. Et cette critique est loin de lui faire honneur. Je le conseille vivement.

Et si les mots disparaissent, que va-t-il se passer ?


Le musée du silence

Auteur : Yoko Ogawa

Résumé: Un jeune muséographe vient d’entrer en fonction dans un manoir aux confins du monde. Sous la direction d’une vieille femme plutôt étrange, il devra recenser, agencer, mettre en scène une véritable collection d’objets, de reliques du quotidien, de vestiges d’une intimité disparue et pourtant soutirée depuis des années aux défunts du village voisin. Car ces objets ont un seul point commun : ils furent tous volés quelques heures après la mort de leur propriétaire…
Empreintes du temps qui passe, variations autour de la mémoire, accumulations, obsessions : la mission de cet homme est complexe car Le musée du silence devra être à la hauteur des souvenirs de la vieille dame.

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Nouvelle claque pour le fan (grandissant) que je suis de Yoko Ogawa !

Un univers différent, un même style époustouflant.

Le musée du silence est un huis-clos sublime à l’histoire originale et poétique. Tout se déroule dans ce manoir et ses environs, où le narrateur, un muséographe, arrive et découvre en même temps que le lecteur cet univers si spécial et la mission (tout aussi étrange) qu’on lui a donné.

Le huis-clos est amplifié par le fait que toute tentative de contact avec l’extérieur n’a aucun résultat. Le narrateur écrit quelques lettres à son frère ou veut lui rendre visite, le lecteur n’en aura aucun écho retour. Lorsqu’on s’aventure hors de ce manoir, jusqu’au monastère par exemple, on tombe sur des moines ayant fait vœu de silence, et pour ce qui se passe au village on se heurte à la violence du monde extérieur (Meurtres, etc.. Je ne veux pas trop en dévoiler.) tout en restant dans les pas des habitants du manoir.

Cet espace fermé et surtout cette mission si particulière de musée autour des objets des défunts crée une ambiance bien particulière (Certains pourraient dire morbide, mais le terme est bien trop péjoratif et restrictif). La mission va même plus loin puisqu’il faut aller collecter les objets des nouveaux défunts.

On retrouve un thème qui semble cher à Yoko Ogawa ; La mémoire, le devoir de mémoire, les souvenirs, l’oubli… Collecter l’objet d’un défunt pour lui éviter l’oubli total.

Un objet résumé d’une vie.

Une autre chose qu’on retrouve : Aucun personnage, aucun lieu n’a de nom. Et cela participe sûrement à cette ambiance intemporelle.

Une chose dans ce livre m’a, curieusement, fait penser à Un roi sans divertissement :  Dans ce village plusieurs meurtres ont lieu (Des meurtres, un village perdu.. je n’irai pas plus loin dans la comparaison…C’était juste une impression durant la lecture.), qui fait sentir le manoir comme un endroit à part, un havre de paix entièrement tourné vers une mission. Ce côté… (Je ne vais pas dire « mortel » tout le roman a un rapport avec la mort…) Bref, cette partie prend plus d’ampleur plus tard dans le roman et tient en haleine jusqu’à… la fin du livre.

Les personnages (Compliqués, attachants, angoissants, hypnotisants…), ce musée et tout ce dont il est dépositaire, cet univers à part fait de mémoire, de mort, de meurtres, de poésie, d’intimité, et évidemment ce style, tout est réuni pour un superbe roman. Pour tout dire, ma gorge s’est serrée quand j’ai vu que j’étais sur la dernière page. J’adore avoir cette sensation et pourtant j’avais délibérément pris mon temps pour bien "déguster" (Oui, oui, ça peut paraître pédant, mais un livre de cet auteur se déguste ! Et ouais !)

Est-il besoin de préciser que je le recommande vraiment beaucoup ?

Le vaste manoir, plongé dans le silence, était environné de ténèbres bien trop épaisses. Nous étions à l’écart e la foule, et nous nous serrions les uns contre les autres comme un groupe de poussières d’étoiles rejetées en bordure du ciel. Je ne pouvais imaginer ce qu’il y avait de l’autre côté des ténèbres, pour autant, cela ne me faisait pas peur. Parce que nous partagions la même passion pour les objets hérités des défunts et que, grâce à cela, nous avions établi des liens solides. Je savais que, dans la mesure où nous étions à la recherche de ces objets avec tendresse, aucun de nous, glissant sur le bord, ne serait avalé par les ténèbres.


Une parfaite chambre de malade

Auteur : Yoko Ogawa

Résumé: Une jeune femme vient de confier sa grand-mère à une institution médicalisée. Dépendante, silencieuse et immobile, la vieille dame semble peu à peu s’effacer de toute réalité. Dans la mémoire et l’inconscient de sa petite-fille, la solitude est immense…Une jeune fille apprend que son frère, malade, doit passer les derniers mois de sa vie à l’hôpital. Jour après jour elle lui rend visite et leur intimité s’accroît, au rythme des saisons, dans la quiétude de la chambre blanche.
Dans ces deux nouvelles, Yoko Ogawa n’évoque pas simplement la douleur de la mort ou la violence de la maladie, elle explore un sas très particulier ce passage de la vie à l’absence qui induit un remarquable accomplissement des sentiments avant leur inscription dans la mémoire.

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Une parfaite chambre de malade : Deux courts romans (ou deux longues nouvelles), un plaisir de lire.

On suit d’abord une jeune femme dont le frère tombe gravement malade et dont l’issue est fatalement certaine.
Dans La Désagrégation du papillon on suit une autre jeune femme qui doit mettre sa grand-mère avec qui elle vivait, en maison de retraite à cause de la démence sénile dont celle-ci souffre.

Deux histoires, un thème et une ambiance bouleversants. Avec cette écriture toujours aussi paisible mais qui porte en elle des sujets terribles et qui remuent le lecteur. (Mais comment fait-elle ?)
Au final les deux histoires se mêlent, se ressemblent, se complètent parfaitement. Car les points communs abondent entre ces deux situations.  La Désagrégation du Papillon va peut-être plus loin dans "l’abstrait".

Ce ne sont pas de ces histoires où les péripéties et retournements de situation  n’arrêtent pas. Je ne sais pas si je me souviendrai de tout ce qui se passe dans ces nouvelles. En revanche, il restera une ambiance, un univers. La maladie, l’absence, l’oubli, la souffrance sont comme murmurés à l’oreille du lecteur. Ce qui n’empêche pas la présence d’une note plus dure voire dérangeante.

Yôko Ogawa est vraiment un auteur à découvrir, elle a ce petit "truc" qui fait les grands écrivains.

Pas de longue critique cette fois, il suffit de lire et se laisser porter par la puissance de cette écriture !

Elle a déjà oublié comment faire pour m’envoyer des signaux. Elle a oublié toutes sortes de choses très rapidement. Par exemple, le temps, les noms, l’appétit, la douleur, la parole. Pendant ce temps-là, son corps s’est flétri, s’est recroquevillé comme un foetus. Elle cherche à retourner quelque part. Dans une mémoire certaine, impossible à décrire comme la sensation du liquide amniotique. Une mémoire qui vous recueille comme la mer quand tout devient lourd à porter. Elle s’apprête à entrer dedans. Et elle abandonne ce dont elle n’a pas besoin. Par exemple, la prière, les mots, les larmes, moi.


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