Archives mensuelles : mai 2012

Freakonomics

Réalisateurs : Indiqués ici

Date de sortie DVD : 15 mai 2012
Distribué par Zylo

Synopsis : Le bakchich généralisé à l’école permet-il d’avoir de meilleures notes ? Le prénom choisi par vos parents forge-t-il votre destin ? Les lutteurs de sumo sont-ils véritablement au dessus de tous soupçons ? …
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’économie, sans oser le demander, Freakonomics vous le révèle. (Source : Allociné)

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Freakonomics traite comme son nom l’indique d’économie (ou d'"économie saugrenue", comme le dit la traduction du DVD). Le documentaire se divise en plusieurs documentaires réalisés par différentes personnes et reliées entre elles par des interviews de Steven Levitt et Stephen Dubner (les auteurs du livre dont ce documentaire est adapté) présentant le sujet et son pourquoi.

On passe ainsi sur le thème des parents suivi du mini-documentaire posant la question de l’influence des prénoms sur la vie des gens, le thème de la triche et le mini-documentaire sur la corruption dans le milieu des sumos, le thème des causes à effets, ou de l’incitation, etc…

Ils prennent ainsi des thèmes généraux en les développant avec un sujet plus précis. Le concept est  intéressant, à la mesure des sujets traités. On peut, en revanche, se sentir étranger au sujet sur les sumos ou sur la différence de prénoms entre les communautés noires et blanches aux Etats-Unis. Le documentaire a ainsi un côté très americano-centré.

On n’aime ou on n’aime pas ! (Bon, personnellement j’ai trouvé tout cela très intéressant..) Mais le but du documentaire est atteint : Que les gens se posent des questions, excercent leur esprit critique. Comme dans l’interrogation quant à la forte baisse de la criminalité aux Etats-Unis sur une période donnée : Remettre en cause les arguments des politiciens et en avancer une nouvelle, d’ailleurs assez étonnante.

De même que pour les avis exprimés, ou les méthodes utilisées, chacun se fera son opinion. Tout en appréciant la différence de style des différentes parties de Freakonomics, qui casse la routine du documentaire.

Pour finir, une précision utile : Bien que documentaire sur l’économie, pas de chiffres assommants ou de discours hermétiques ; un ton simple et intelligent.


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Moonrise Kingdom

Réalisateur : Wes Anderson

Acteurs : Edward Norton, Bruce Willis, Bill Murray, Frances McDormand, Jason Schwartzman , Kara Hayward, Jared Gilman, Bob Balaban

Synopsis : Dans les années 60, sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, deux jeunes amoureux prennent la fuite. Toute la ville se mobilise pour les retrouver… (Source : Allociné)

Bande annonce

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Attention : Film d’exception.

Un film du réalisateur de La Vie Aquatique et À bord du Darjeeling Limited , cela laissait déjà présager du bon. Wes Anderson met ici la barre au dessus et livre de l’exceptionnel.

Un scénario solide, un casting parfait, une musique magnifique et surtout une réalisation à tomber (manière de filmer, ambiance, idées, tout quoi…)

L’histoire est centrée sur deux enfants, leur amour, leur fuite et ses retombées.
Un film avec des enfants pour héros, on sent le sujet déjà vu. Wes Anderson ajoute son ingrédient secret et change la donne. Les enfants, leurs discours, leurs pensées, leurs actions, tout est d’une sincérité et d’un sérieux tel… qu’on oscille sans cesse entre amusement et stupéfaction.

C’est ce qui caractérise le film tout entier. Tout y est si décalé, surréaliste, voire absurde, toujours attachant et bourré d’énergie et en même temps mettant les émotions à jour avec une grande simplicité. C’est ici l’innocence de l’enfance qui mène la danse. Le film arrive également à n’avoir aucun temps mort entre la mise en situation, la fuite, l’après-fuite. Impossible de décrocher.

Les deux jeunes acteurs sont fabuleux et crèvent l’écran, Jared Gilman étant d’ailleurs assez étonnant. Les enfants en général, scouts & Co arrivent de manière générale à bien faire éclater le brio du scénario. Niveau adultes, il n’y a pas à rougir : Un Edward Norton à contre-emploi, excellent en chef scout, un Bruce Willis aussi loin de Die Hard en policier gentil mais triste, Bill Murray qui n’a plus rien à prouver de toute façon, et cet acteur que je ne connais pas (Bob Balaban), génial en narrateur en duffle-coat rouge/bonnet vert…

Et la musique ! Pas facile d’en parler, mais celle-ci est splendide. Jusque dans le générique de fin.

Pour tout dire, dès que je suis sorti de la salle, je n’avais qu’une envie ; y retourner.

Bref, gros coup de cœur. (Et, fait assez rare pour être noté : 10/10 sur Sériebox !)


El Chino

Réalisateur : Sebastián Borensztein

Avec : Ricardo Darín, Muriel Santa Ana, Ignacio Huang, Enric Cambray, Iván Romanelli,…

Date de sortie du DVD : 19 juin 2012
Distribué par Zylo

Synopsis : L’histoire insolite d’un Argentin et d’un Chinois unis par une vache tombée du ciel. Jun débarque mystérieusement en Argentine. Perdu et ne parlant pas un mot d’espagnol, il tombe littéralement sur Roberto, quincaillier maniaque et célibataire grincheux, qui le recueille malgré lui. Ce grain de sable dans la vie très réglée de Roberto va peu à peu le conduire, de situations absurdes en drôles de coïncidences, à changer imperceptiblement…(Source : Allociné)
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Etrange (et attachante) comédie (dramatique) qu’El Chino.

Le pitch d’abord : Roberto, un quincaillier argentin grognon et maniaque, vit seul et ça lui va très bien comme ça. Roberto n’aime pas les clients qui lui cherchent des poux, il n’aime pas que les boîtes de clous qu’on lui envoie contiennent moins qu’indiqué sur la boîte, et il collectionne dans les journaux les nouvelles les plus absurdes comme autant de preuves au non-sens de la vie.

Sa routine est brisée le jour où par un concours de circonstances assez extraordinaire, un chinois entre dans sa vie. On suit donc pendant le film la cohabitation de Roberto et de Jun, chacun ne comprenant pas un traître mot de ce que l’autre raconte. Évidemment, au contact de ce nouvel arrivant, l’ours bougon change petit à petit (très légèrement, ce n’est pas non plus une transformation incroyable). La formule est connue et, preuve ici, fonctionne toujours.

On n’explose pas de rire, on ne pleure pas, on sourit et on apprécie. El Chino est tout en nuances, en légèreté, avec un humour parfaitement dosé et des situation burlesques juste là où il faut.. La situation incongrue combinée au quotidien d’un homme ordinaire fait mouche. Et si il y a 2, 3 moments où j’ai pu sentir une longueur, lorsque la fin arrive (au bout d’1h25) je n’ai pas pu m’empêcher d’être déçu de sa venue si prompte.

En plus de ça, on sent une réalisation appliquée comme on en voit peu dans des comédies dramatiques de ce gabarit. L’acteur principal, très connu en Argentine, campe à merveille le gars bougon mais attachant, le peu d’acteurs gravitant autour de lui étant tout aussi talentueux

El Chino gagne à être connu : Une excellente surprise et pour le coup un grand merci à Cinetrafic et à Zylo

El Chino : Bande annonce

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Rhum Express

Réalisateur : Bruce Robinson

Avec : Johnny Depp, Aaron Eckhart, Michael Rispoli, Amber Heard, Richard Jenkins, Giovanni Ribisi,…

Date de sortie du DVD : 24 avril 2012
Distribué par la Metropolitan Filmexport

Synopsis : Paul Kemp, un romancier, vient travailler à Porto Rico en tant que journaliste pour le San Juan Daily News, un journal sur le point de fermer. Entre son amour pour l’alcool et ses drôles de collègues, Paul Kemp est rapidement mêlé à de sordides trafics. (Source : Allociné)
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Rhum Express est adapté du livre Rhum Express de Hunter S. Thompson, père du « journalisme gonzo ». Livre découvert dans les cartons de l’auteur par Johnny Depp himself, qui a poussé son ami écrivain à sortir le livre puis à en faire une adaptation au cinéma.

La présence de l’acteur (pour une fois débarrassé de tout maquillage burtonien) n’est donc pas dûe à son seul caractère "bankable". Et pour ce que ça vaut, Johnny Depp est une fois de plus excellent, jouant parfaitement l’homme neuf, bien que déjà imbibé, mais qui finit par se laisser entraîner par l’ambiance du Porto Rico des années 60.

C’est ce que je retiens du film au final. L’ambiance de l’époque, du lieu sont au rendez-vous, pas de doute possible. De même que les acteurs, tous excellents, retranscrivent bien leur auto-destruction, leur cupidité, leur désespoir,…

Procédé assez classique, on pénètre en même temps que le personnage principal dans cet univers, et avec lui dans le journal qui l’embauche bien qu’étant au bord du gouffre. Avec le journal, ses employés : le photographe sympathique mais désabusé, le "journaliste", lui complètement détruit par l’alcool et la drogue (et qui pour se relaxer écoute de discours d’Hitler, normal quoi !). Il croise également une belle jeune femme et avec elle un monde de cupides hommes d’affaires bien décidés à s’enrichir grâce aux belles plages du pays,… Bref une galerie de personnages, qui à défaut d’être originaux arrivent à remplir le film.

Seulement, l’ambiance et les personnages ne suffisent pas à faire un film. Plusieurs choses ne suivent, hélas, pas. Le scénario, bien qu’il arrive grâce à ses 2 heures à immerger le spectateur, semble ne pas savoir où aller. Le style de vie débauché, les escroqueries immobilières, l’avenir du journal, la jeune femme rencontrée,… tout se mêle mais la mayonnaise ne prend pas. Du coup, le rythme manque, et moi je décroche assez régulièrement.

Le personnage de Johnny Depp, figure de l’auteur Hunter S. Thompson, est aussi difficile à cerner. Deux théories : Soit l’homme est tellement compliqué qu’un film ne peut de toute façon pas retranscrire toutes ses facettes (pourtant toutes imbibées de rhum), soit à l’image de l’histoire le scénariste ne savait pas où il allai.

Rhum Express reste un film agréable (En 2 heures, il y avait moyen de décrocher, le film gagne son pari là-dessus au moins) mais n’arrive pas à dépasser ce stade. L’opération DVDTradic de Cinétrafic m’aura au moins permis de découvrir ce film, merci donc !

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Dark Shadows

Réalisateur : Tim Burton

Avec :  Johnny Depp, Eva Green, Michelle Pfeiffer, Helena Bonham Carter, Chloe Moretz, Bella Heathcote,…

Synopsis : Ce long-métrage relate les mésaventures fantastiques de la famille Collins, vivant dans l’immense et sinistre demeure de Collinwood, et dont l’un des principaux membres n’est autre que le redoutable vampire Barnabas. (Source: Wikipédia)

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Après le décevant Alice au pays des merveilles, j’attendais Tim Burton au tournant, avec un certain optimisme puisque Dark Shadows a su éviter la 3D. Là aussi, le film est une adaptation, mais d’un soap des années 60-70, apparemment culte aux Etats-Unis.

Pour faire court : Ca fait bien plaisir de revoir un film aussi burtonien. Que ce soit sur l’histoire, l’ambiance ou la présence de certains acteurs, pas de doute c’est un film de Tim.

Pour commencer, le scénario est solide. Barnabas Collins, vivant au 18e dans l’opulence et l’amour, voit sa vie bouleversée lorsqu’il éconduit la servante (Eva Green. Oui, oui le bonhomme a éconduit Eva Green. Oserai-je parler d’incohérence ?). Bref, mauvaise idée puisqu’elle se révèle être une sorcière qui, entre autres choses, fait de lui un vampire. A ce point-là de l’histoire, 15 minutes du film sont passées. Tim Burton a eu l’excellente idée de vite arriver au moment où, deux siècles plus tard, le sieur Collins sort de sa boîte. Il retrouve une famille en déclin dans un château en ruines, et une sorcière qui n’a pas pris une ride mais qui a eu l’affreuse idée de se teindre en blonde.
A partir de là, il n’a de cesse de restaurer la grandeur de jadis. Tout en découvrant la joie des années 70.

La famille Collins et son entourage sont assez intéressants. Si la cheffe de famille (Michelle Pfeiffer) est relativement normale, sa fille est une ado typique et son neveu dit toujours voir sa mère (décédée bien sûr). Pour le reste, une psy alcoolique (Helena Bonham Carter) squatte le manoir familial ainsi qu’une nouvelle gouvernante qui semble avoir quelques secrets. Pour compléter le tableau, le frère de la boss familiale, bien que celui-ci soit un brin transparent. Personnellement, j’aurais apprécié une famille plus déjantée que ça, mais on ne peut pas tout avoir…

Le décalage 18e/Années 70 est évidemment une des ficelles comiques du film, mais dont n’abuse pas Tim Burton (un petit air des Visiteurs lorsque Barnabas découvre la télévision peut-être). Une des autres ficelles étant la personnalité et le langage délicieusement daté de Barnabas.

Car si le scénario est assez riche pour tenir le film, celui-ci repose tout de même sur Barnabas et son génial interprète (Mr Depp of course). Aidé par son habituel tartinage de maquillage, l’acteur fait des merveilles. (La VO est bien sûr fortement recommandée). Eva Green est aussi excellente en sorcière névrosée.

Dans cette comédie horrifique moderno-gothique, Tim Burton est dans son élément. Il réussit à créer une ambiance particulière où la patte du maître est visible au premier coup d’oeil. L’impression aussi que Tim Burton s’est beaucoup plus lâché que dans Alice au pays des merveilles.

Bref, du bon Burton.


Le voyage fantastique

Auteur : Isaac Asimov
Traducteur : Robert Latour

4e de couverture : Qu’une équipe chirurgicale se précipite au secours d’un blessé, quoi de plus normal ?
Ce qui l’est moins, c’est que dans le cerveau de l’homme qu’on a voulu assassiner s’est formé un caillot qui ne peut être atteint de l’extérieur. Et le sort du monde dépend de cet homme…
Or, en ce lointain futur, la science réalise d’extraordinaires "réductions", tant sur les êtres-vivants que sur les choses : alors, à bord d’un sous-marin microscopique, s’embarquent des médecins de la taille d’une bactérie…
Et pour eux commence un voyage fantastique dans les tours et détours du système circulatoire du blessé. Ils ont soixante minutes pour réussir. Au-delà, l’état de réduction prendra fin.
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Le voyage fantastique est différent des autres romans ou nouvelles que j’ai pu lire d’Isaac Asimov, notamment car l’idée de départ n’est pas du maître de la S-F. (et puis ça ne se passe pas dans l’espace, mais dans le corps humain… "Il était une fois la vie" revisité en somme),

« Mon roman Le voyage fantastique fut publié en 1966. C’était, en réalité, la novélisation d’un film dont le scénario avait été écrit par quelqu’un d’autre. J’avais suivi d’aussi près que possible les péripéties de l’intrique, ne modifiant que les inconséquences scientifiques les plus insupportables. Je n’ai jamais été satisfait de ce roman – bien qu’il ait très bien marché – simplement parce que je n’ai jamais eu l’impression qu’il était vraiment de moi. » Isaac Asimov.

Asimov a ensuite écrit Destination cerveau avec toute la liberté dont il avait besoin. Pour ma part je n’ai vu ni le film ni lu le deuxième roman.

Quant au voyage fantastique, agréable à suivre, un peu plus difficile à lire, il est sympathique sans être inoubliable.

Le style clair d’Asimov et sa maîtrise des dialogues permet de garder l’attention pendant toute l’histoire et en dépit du caractère scientifique très affirmé du roman.

Pour faire simple : afin de secourir un homme, une équipe de scientifiques et un agent secret sont miniaturisés et, à bord d’un sous-marin sont injectés dans le patient pour détruire un caillot dans le cerveau. Ils ont 60 minutes (après quoi, ils reprennent leur taille normale), ce qui est sensé être suffisant, mais bien évidemment tout un tas de péripéties les retardent. Péripéties qui, du coup, permettent d’accroître le suspense au fur et à mesure que l’histoire et le chronomètre avancent.

Au niveau des personnages, rien de très original : l’agent secret qui n’a pas autant de connaissances scientifiques que les autres mais compense par son courage et son humour, le scientifique aussi doué qu’asocial, sa jolie assistante,…

La difficulté se trouve dans tout le vocabulaire biologique, inhérent à l’histoire. Pas toujours facile de suivre certaines choses, mais c’est finalement comme Dr House ; on ne comprend pas 100% de tout ce fatras médical mais ça n’empêche pas d’apprécier.
D’autant qu’Asimov a eu la bonne idée de structurer le roman par les différentes zones traversées par l’équipage : le cœur, les capillaires, la plèvre, le poumon,… On a aussi droit à ce qui se passe dans la salle d’opération à l’extérieur du corps. Une prise de recul qui permet de respirer.

Cette non-originalité des personnages (qui a permis à mon pauvre cerveau se se concentrer afin de suivre le vocabulaire scientifique) est largement contrebalancée par l’originalité de l’histoire elle-même.

C’est sûrement prêter à l’auteur une intention qu’il n’avait pas, mais le résultat est là et c’est tout ce qui compte !


Au prix du papyrus

Auteur : Isaac Asimov
Traducteur : Monique Lebailly

4e de couverture: S’il est un auteur de science-fiction que tout le monde a lu, et pour cause, c’est Isaac Asimov, l’inventeur des trois lois de la robotique, l’auteur de la série Fondations. Avec ce recueil, il nous propose un inédit, deux nouvelles des années 50 qui n’avaient jamais été reprises en volume ainsi que neuf textes écrits entre 1976 et 1982. Un régal.
Et si [on] avait dû comprimer le récit de la création du monde de quinze milliards d’années à six jours à cause du prix, bien évidemment exorbitant, du papyrus.
Quant à la mémoire totale, est-ce bien une bonne idée ? Et l’immortalité, récompense réelle ou cadeau empoisonné ? Sans oublier le problème délicat de la lévitation et celui plus délicat de la rotondité de la Lune…

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Et oui un autre recueil de nouvelles ! Et de S-F. Et d’Isaac Asimov. Et je n’arrive pas encore à m’en lasser.

Ici, neuf nouvelles qui n’ont aucun lien entre elles. Réunies ici à la va-comme-j’te-pousse et classées par ordre alphabétique (pourquoi pas après tout…). Heureusement pour aider à s’y retrouver, Isaac Asimov a la bonne idée d’expliquer, brièvement, le pourquoi du recueil et ensuite écrit une explication au début de chaque nouvelle, histoire que le lecteur s’y retrouve. Cette petite touche personnelle fait bien plaisir et apporte une ‘implication de l’auteur que je suis loin de bouder !

Écrites à des époques différentes, de taille différente (de deux pages à une quarantaine) ou écrites à des fins différentes (des commandes pour tel ou tel magazine, pour Hollywood aussi,…) on retrouve des thèmes classiques de S-F, qu’Asimov réussit toujours à rendre particulièrement intéressants par ses réflexions ou la manière dont il les aborde : la lévitation, le voyage vers la Lune, Dieu (ou du moins une entité supérieure assez particulière), une nouvelle policière également,…

Toujours agréables, avec une écriture simple, efficace, intelligente avec une fine touche d’humour, bref du Asimov tout craché.

Un petit focus sur quelques unes de ces nouvelles :

La première et aussi la plus courte, donne à la fois le nom au recueil et le ton pour le reste. Comme une façon de se réhabituer au style et à l’univers d’Asimov.

Une société totalement isolée, repliée sur elle-même, détestant et méprisant les planètes voisines qui a élevé au rang de science suprême la cuisine moléculaire. Un homme a fait le Tour de ces planètes, et moins obtus que le reste de ses concitoyens essaie de changer les mentalités à travers le grand concours culinaire de la planète. Une des meilleurs nouvelles du recueil et une fin savoureuse.

La nouvelle sur la lévitation est également excellente. Surtout lorsque le phénomène touche un physicien qui se trouve confronté à la méfiance générale de ses collègues. Tout l’humour et ce côté "je pense à tout et j’appuie là où il faut".

Après, je ne crierai pas au génie pour toutes les autres, mais globalement ce recueil est bien agréable à lire !


La joueuse de go

Auteur : Shan Sa

4e de couverture : Depuis 1931, le dernier empereur de Chine règne sans pouvoir sur la Mandchourie occupée par l’armée japonaise. Alors que l’aristocratie tente d’oublier dans de vaines distractions la guerre et ses cruautés, une lycéenne de seize ans joue au go. Place des Mille Vents, ses mains infaillibles manipulent les pions. Mélancolique mais fiévreuse, elle rêve d’un autre destin. "Le bonheur est un combat d’encerclement." Sur le damier, elle bat tous ses prétendants.
Mais la joueuse ignore encore son adversaire de demain : un officier japonais dur comme le métal, à peine plus âgé qu’elle, dévoué à l’utopie impérialiste. Ils s’affrontent, ils s’aiment, sans un geste, jusqu’au bout, tandis que la Chine vacille sous les coups de l’envahisseur qui tue, pille, torture.

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La joueuse de Go de Shan Sa est juste… exceptionnel. Mon premier contact avec la culture chinoise et une belle découverte littéraire.

Pas de moment nécessitant de se familiariser avec le livre Dès le début, l’essentiel saute aux yeux grâce à divers ingrédients.

D’abord, un style simple mais délicieusement addictif, mélangeant avec brio fluidité et poésie, composé de phrases courtes, sans fioritures qui sont d’autant plus percutantes. A tel point qu’on en vient à en relire certaines pour bien apprécier. Poignant.

La structure même du livre ensuite, des chapitres très courts (il y en a environ 90, c’est dire) qui impulsent un rythme très dynamique à la lecture (très dangereux quand on applique la stratégie du "Allez, encore un chapitre et j’arrête. Ah trop court, allez encore un…") Ces chapitres alternent le point de vue de la joueuse de go, chinoise vivant en Mandchourie et du "joueur inconnu", lui étant officier de l’armée japonaise. Les deux protagonistes se rencontrant vers le milieu du livre.

Cette alternance permet de rendre beaucoup plus vivante et complète la situation en Asie de l’est à cette époque. Le point de vue de l’envahisseur et de l’envahi, du japonais et du chinois, de ces deux cultures à la fois proches et différentes.
C’est toute la complexité des rapports entre personnes, traditions de la société, événements politico-militaires qui sont abordés grâce à toute une galerie de personnages liés principalement à la joueuse de go ; ses rapports amoureux avec deux jeunes révolutionnaires chinois, son amitié avec une fille prisonnière des traditions archaïques de sa famille paysanne, sa sœur si malheureuse en mariage,… et l’officier japonais qui petit à petit se rapproche d’elle et de son univers.

Univers, justement, si violent et plein de conflits mais qui se retrouvent mis à l’écart lorsque la joueuse se met à jouer au go sur la place de sa ville. Jeu qu’il n’est pas du tout nécessaire de connaître avant la lecture tellement l’auteur réussit à retranscrire tout l’esprit qui habite ce jeu :

Sur un damier carré, les pions se disputent les 361 intersections constituées par 19 lignes horizontales et 19 lignes verticales. Les deux joueurs se partagent ainsi cette terre vierge et comparent à la fin l’étendue des territoires occupés. Je préfère le go aux échecs pour sa liberté. Dans une partie d’échecs, les deux royaumes, avec leurs guerriers cuirassés, s’affrontent face à face. Les cavaliers de go, virevoltants et agiles, se piègent en spirale : l’audace et l’imagination sont ici les vertus qui conduisent à la victoire.

Le go se moque du calcul, fait affront à l’imagination. Imprévisible comme l’alchimie des nuages, chaque nouvelle formation est une trahison. Jamais de repos, toujours sur le qui-vive, toujours plus vite, vers ce qu’on a de plus habile, de plus libre, mais aussi de plus froid, précis, assassin. Le go est un jeu de mensonge. On encercle l’ennemi de chimères pour cette seule vérité qu’est la mort.

Bref, le style est magnifique et subtil, l’histoire riche, la culture et l’histoire passionnants. La fin magnifique également, ce qui ne gâte rien.


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