Archives mensuelles : décembre 2011

A Dangerous Method

Film de David Cronenberg

Avec : Viggo Mortensen, Keira Knightley, Michael Fassbender, Vincent Cassel, Sarah Gadon,…

Synopsis : Sabina Spielrein, une jeune femme souffrant d’hystérie, est soignée par le psychanalyste Carl Jung. Elle devient bientôt sa maîtresse en même temps que sa patiente. Leur relation est révélée lorsque Sabina rentre en contact avec Sigmund Freud… (Source : Allociné)
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Le moins qu’on puisse dire sur A Dangerous Method c’est que c’est un film bavard.

Des psys parlant de leurs méthodes (Assez dangereuse est-il besoin de préciser), de leurs patients, de leurs visions de la psychanalyse, de leurs propres rêves, des psys parlant avec leurs patients, des patients qui influencent des psys, des psys qui doutent, des doutes qui font naître des ruptures,…

Les discussions de Freud et Jung côtoient l’aventure de Jung et de Sabina Spielrein, patiente-collaboratrice-consoeur-maîtresse-amie,…
Si l’adultère de Jung a une place essentielle dans le film, l’évolution des rapports entre Jung et Freud est tout aussi intéressante.

Niveau interprétation, rien à dire : Un Michael Fassbender impeccable (Une fois de plus) en Carl Jung tiraillé entre sa vie privée mouvementée empiétant sur sa vie professionnelle qui l’est tout autant, Viggo Mortensen également, très bien en patriarche sûr de lui,  très catégorique dans ses croyances et Keira Knightley, et bien… fait sa part de travail.

La réalisation en elle-même est très classique, effacée et finalement très théatrale. Et conséquence de l’effacement de la forme, le fond prend son essor. Les dialogues  prennent le premier rôle, au risque sans doute de perdre l’attention du spectateur. Heureusement la puissance du thème (La psychanalyse, pas l’adultère), la force des rapports entre les protagonistes et les discussions entre psychanalystes empêchent toute somnolence.

Si A Dangerous Method n’est pas le film de l’année il s’en sort brillamment et avec ses 1h40 réussit à ne pas paraître trop long.

Il peut aussi être intéressant de voir A Dangerous Method et Shame dans un court laps de temps, histoire d’être une thématique Michael Fassbender/sexualité !


La Marche de Mina

Auteur : Yoko Ogawa

4e de couverture: Après le décès de son père, alors que sa mère part suivre une formation professionnelle, la petite Tomoko, douze ans, va passer un an chez son oncle et sa tante. Tout dans la belle demeure familiale est singulièrement différent de chez elle : sa cousine Mina passe ses journées dans les livres et collectionne des boîtes d’allumettes illustrées qui lui inspirent des histoires minuscules ; un hippopotame nain vit dans le jardin ; l’oncle a des cheveux châtains, il dirige une usine d’eau minérale et sa mère se prénomme Rosa.
A travers la littérature étrangère, les récits de Rosa sur son Allemagne natale et la retransmission des Jeux olympiques de Munich à la télévision, Tomoko découvre l’au-delà de son archipel, un morceau d’Europe et une autre réalité.

Hommage aux amitiés rêveuses de l’enfance, La Marche de Mina est un roman d’initiation combinant  étrangeté et tendresse, nostalgie et ironie insouciante.

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C’est toujours un tel plaisir de retrouver Yoko Ogawa…
La marche de Mina n’est que le quatrième livre de cet auteur que je lis/engloutis/déguste (Rayer la mention inutile) mais chaque ouvrage confirme qu’elle est un auteur estampillé "Valeur sûre".

Si je n’ai pas retrouvé le côté chef-d’oeuvre de Cristallisation secrète ou Le musée du silence, La marche de Mina n’a cependant pas démérité. Yoko Ogawa est fidèle à ce qui semble être un thème fétiche : Les souvenirs. Et nous entraîne cette fois aux côtés de Tomoko, la jeune narratrice, à la découverte d’une famille assez étonnante avec laquelle elle passera un an et nous quelques heures.

Chaque personnage est parfaitement défini : Mr Kobayashi, le fidèle et discret jardinier-homme de main (Aucune parenté avec Usual Suspects à priori), Madame Yoneda,la vieille gouvernante quasi soeur de Grand-Mère Rosa la germano-japonaise qui donne une touche multi-culturelle à la famille, la tante, discrète et amatrice de coquilles (dans les textes), l’oncle, personnage à la fois protecteur, mystérieux et pas aussi blanc qu’il n’y paraît, Pochiko, l’hippopotame nain, mascotte de ce beau monde, et bien sûr Mina, l’enfant tellement fragile et intelligente.

C’est le Japon des années 70 qui est ici mis en scène, la nostalgie de l’enfance avec un air de Pagnol (J’ai l’impression de dire ça pour tous les romans d’initiation,…). Le regard de Tomoko apporte une touche nouvelle par rapport à ce que j’avais connu, une candeur et une innocence, qui petit à petit, s’estompent et commencent à voir que la vie n’est peut-être pas si rose qu’elle en a l’air.

En revanche, le thème parle moins qu’à l’habitude. Le genre du roman d’initiation était peut-être un cadre trop strict pour un style si puissant ? Au fond, ce n’est pas si grave, car ouvrir un livre de Yoko Ogawa c’est aller à la rencontre de cette écriture si reconnaissable, délicate, sensible qui enveloppe dès que le regard se pose sur la première ligne. Je remercie également que la traduction soit à la hauteur.

Le personnage principal (Mina) est aussi celui qui m’a le moins touché. Les personnages gravitant autour d’elle m’ont paru nettement plus intéressants, moins approfondis mais du coup plus dans la subtilité. Comme quoi, une santé fragile et un goût prononcé pour la littérature n’attirent pas forcément la sympathie ! (Ou quoique ce soit d’approchant.) Dommage que le titre porte son nom finalement.

A titre plus personnel, je suis soulagé d’avoir eu quelques critiques envers un livre de Yoko Ogawa, la peur d’avoir perdu tout esprit critique pour ses livres a finalement disparu.
Une fois le livre fermé, une seule envie ; en ouvrir un autre (du même auteur, of course) et retrouver cette ambiance si spéciale, presque palpable.

"Sur les murs des pièces, les livres s’alignaient presque jusqu’au plafond. Ils se tenaient là, tranquilles, sans manifester leur présence par des cris, sans arborer non plus de décorations voyantes. Même si de l’extérieur ils ne ressemblaient à rien d’autre qu’à des boîtes carrées, il en émanait une beauté égale à celle générée par les sculptures ou les poteries. Alors que la signification des mots gravés page après page était profonde au point de ne pas pouvoir en réalité tenir dans cette boîte, n’en laissant rien paraître, ils attendaient patiemment d’être ouverts par quelqu’un. J’en vins à ressentir du respect pour leur persévérance."
p. 78


Shame

Film de Steve McQueen

Avec : Michael Fassbender, Carey Mulligan, James Badge Dale, Nicole Beharie,…

Synopsis : Le film aborde de manière très frontale la question d’une addiction sexuelle, celle de Brandon, trentenaire new-yorkais, vivant seul et travaillant beaucoup. Quand sa soeur Sissy arrive sans prévenir à New York et s’installe dans son appartement, Brandon aura de plus en plus de mal à dissimuler sa vraie vie… (Source : Allociné)

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Poussé par la curiosité, les bonnes critiques et le duo Michael Fassbender/Carey Mulligan, je n’ai pas trop attendu pour aller voir Shame.

Veni Vedi Amavi (NB : Avant toute réclamation, je ne connais rien au latin !)

Brandon a un bon métier, un bon appartement (Quoiqu’un peu spartiate. Le côté fashion du minimalisme peut-être.) mais Brandon n’a pas vraiment l’air épanoui. Et le problème est très clair sans ambigüité. Son addiction au sexe lui bouffe la vie. Tout est bon pour céder à la tentation ; Rencontres (tarifées ou non), porno, masturbation,… Le sexe rythme sa vie du lever au coucher. Pas facile à gérer. Encore plus lorsque débarque Sissy, la petite soeur, qui amène avec elle son lot de problèmes.

Encore moins facile de gérer les problèmes de l’autre quand on est complètement dépassé par les siens. Du coup, Brandon fait comme le film, il passe à côté. Elle ne demande que son aide, qu’à être rassurée. Lui, ne demande qu’une chose : qu’on lui fiche la paix. Avec toutes les conséquences qui en découlent.

Pour mettre en valeur cette histoire, deux atouts énormes : Michael Fassbender, magistral, charismatique,…Pas la peine de développer. De l’autre côté Steve McQueen, et sa réalisation sombre, déroutante, troublante, ses séquences longues, ses dialogues concis et ses séquences sans discours qui suggèrent avec efficacité.

Steve McQueen réussit à créer une ambiance, aidé par B.O magnifique. Bref, Shame est parfaitement maîtrisé. Mr McQueen réussit, avec un sujet aussi fort et tout en utilisant des images aussi explicites à ne pas tomber dans le sordide ou le vulgaire.

Steve McQueen donne envie de voir Hunger, Carey Mulligan montre qu’elle sait choisir ses films (Avec Drive, 2011 aura été une excellente année pour elle !) et Michael Fassbender continue de prouver son talent.

Quant à la fin, elle fut à la hauteur de ce que j’attendais d’un film de ce genre. La cerise sur le gâteau.

Est-il besoin de dire que je recommande Shame ?


Time Out

Film d’Andrew Niccol

Avec : Justin Timberlake, Amanda Seyfried, Cillian Murphy, Olivia Wilde, Matthew Bomer, Alex Pettyfer, Johnny Galecki,…

Synopsis : Dans un futur proche, le gène de la vieillesse a été supprimé et le temps est devenu une valeur marchande : les riches vivent donc éternellement, pendant que les autres doivent négocier leur immortalité. Un jeune qui n’a pas pu empêcher la mort de sa mère se voit contraint de fuir un groupe de policiers corrompus. (Source : Allociné) ———-

Pour appâter le spectateur, il y avait matière.
Du lourd d’abord : Andrew Niccol, le réalisateur des excellents Lord of War et Bienvenue à Gattaca (Sans oublier scénariste du culte Truman Show) et un synopsis qui aurait pu faire passer le film dans le top 10 des meilleurs films de SF.
Et du bonus : Johnny Galecki (The Big Bang Theory), Matthew Bomer (Chuck, White Collar), Cillian Murphy (Qu’on ne présente plus),…

Le problème avec un concept aussi bon et un réalisateur qui l’est (normalement) tout autant, c’est que ça occasionne de grandes attentes.

Et finalement,…. ben… oui mais non.

Un monde (Le nôtre dans un futur plus ou moins proche) où les humains ont été modifiés génétiquement, et où passé 25 ans, le vieillissement s’arrête et chacun doit gagner sa vie, au sens propre. Un café coûte 4 minutes de vie, un trajets en bus, 2h, etc… Bien évidemment, les pauvres, regroupés dans certaines zones géographiques  n’ont jamais plus d’une journée de vie sur (ou devant) eux tandis que les plus riches sont immortels et jouent au poker à coup de centaines d’années. Naviguant entre ces deux mondes, les "Gardiens du Temps" s’occupent de faire régner l’ordre.
Et là intervient un petit grain de sable interprété par Justin Timberlake (Pas mauvais !) qui est très très triste que sa maman soit morte dans ses bras à cause de l’augmentation du ticket de bus et décide de jouer à Robin des Bois. Une jolie jeune femme se joint à lui (Amanda Seyfried, erreur de casting.) et là commence le joyeux massacre du génial concept.

Il y avait quand même là une mine d’or pour un film de haut-vol, non ? Que ce soit sur l’environnement socio-économique, politique, etc… que sur les réflexions philosophiques ici résumées à "Tu as 100 ans, mais as-tu réellement vécu ?"… ou "Même pour être immortel, je ne sacrifierais pas un seul être humain."

Tout commençait bien pourtant, la situation était mise en place avec simplicité. Voir Olivia Wilde mère de Justin Timberlake faisait sourire (Et oui, tout le monde s’arrête de vieillir à 25 ans.) Seulement pour faire un film, au bout d’un moment il faut qu’il se passe quelque chose (Enfin dans ce genre de films-ci) et c’est là que le bât blesse.

Un scénario qui manque de rythme, pas toujours très crédible et brouillon (La faute autant à certains acteurs, je ne citerai pas Alex Pettyfer ou Amanda Seyfried qu’à la réalisation sans personalité.). Bref un pauvre Bonnie & Clyde sans aucune subtilité qui ne fait qu’effleurer du petit doigt le potentiel du film.

Tout n’est pas à jeter pourtant, quelques scènes laissaient entrevoir ce qu’aurait pu un excellent Time Out.

Le pire est sans doute la frustration de penser qu’il y avait vraiment matière à faire quelque chose de tellement mieux que ça.

Bon, je n’aurais peut-être pas été si dur dans d’autres circonstances mais là… Il y a des choses qu’on ne peut pas pardonner.
Sans attentes particulières, j’aurais sans doute pu dire que le film n’était pas mal (J’essaie de trouver du positif !)

Ah si, j’ai trouvé Matthew Bomer vraiment excellent (Mais le pauvre est trop vite écarté du scénario… Dommage)


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